Libérons les hyper-parents!

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Basta. Cette tendance parentale d'en faire trop a suffisamment duré: ces trop grosses poussettes, trop nombreux cours d'éveil et autres enfants trop couvés, c'est assez. Car pensez-y: ce surinvestissement a un prix. La crise économique sonnera-t-elle le glas de l'ère des hyper-parents? Peut-être le virage est-il déjà amorcé...

C'est une première. Le nombre d'adhésions au mouvement scout grimpe en flèche, ici même au Québec.

Un détail? Il ne s'agit pas ici d'une augmentation dans les inscriptions des cours privés de mandarin, de patinage artistique ou d'éveil à la musique classique. Mais bien de cours pour apprendre à faire un feu, défaire un noeud.

 

«On s'attend à voir une augmentation de nos membres d'ici la fin de l'été. On n'a pas vu ça depuis des années», confirme Jon Wiersma, directeur de Scouts Canada.

Rien de majeur, certes, mais un petit signe parmi d'autres que le vent est peut-être en train de tourner. Dans la même veine, ce coup d'éclat l'an dernier, à la commission scolaire de Toronto: on décide de limiter la quantité des devoirs et de les interdire pendant les congés. Autre «détail» qui à fait le tour du monde.

En Écosse, un projet pilote suscite aussi beaucoup d'intérêt. Il s'agit d'une garderie nouveau genre, baptisée The Secret Garden, 100% extérieure, sans jeux de stimulation ni programme pédagogique. Beau temps mauvais temps, les enfants sont dehors, dans le bois.

Et dernier exemple, et non le moindre: alors qu'on laisse de moins en moins les jeunes circuler seuls à vélo, préférant de loin les trimballer partout en auto, voilà qu'une journaliste new-yorkaise a semé l'émoi à sur toute la planète le printemps dernier, en laissant son fils de 9 ans, seul dans le métro, retrouver son chemin comme une grand. «À entendre les commentaires, on aurait dit que je l'avais laissé dans un bassin de requins, avec des boulettes de viande dans les poches! raconte Lenore Skenazy à la blague. Mais oui, je crois avoir commencé un mouvement, ne serait-ce qu'en y mettant un nom: free-range parenting (ou l'éducation parentale libérée).»

Les chercheurs sonnent l'alarme

Voilà longtemps déjà que des auteurs sonnent l'alarme, notamment dans la littérature anglo-saxonne, dénonçant ce surinvestissement psychologique et financier des parents, et ses effets néfastes sur la jeunesse d'aujourd'hui, élevée dans la ouate et les cours organisés. The Hurried Child, l'un des premiers ouvrages à dénoncer l'hyper-parentalité, a été publié il y a 25 ans. Ont suivi une série de titres sur la question (The Overscheduled Child, The Hyper-Parenting Trap, Perfect Madness, Last Child in the Woods).

Mais voilà que depuis peu, ce sont carrément des ouvrages prônant une parentalité autre qui ont la cote (on pense ici à The Dangerous Book for Boys et The Daring Book for Girls, deux best-sellers rétro répertoriant des jeux vieux comme le monde: construire un igloo ou un arc et des flèches), sans parler des blogues de parents, souvent à mille lieues de l'hyper-parentalité ambiante. Caroline Allard, alias Mère Indigne, croit d'ailleurs avoir touché une «corde sensible» en disant tout haut ce que bien des parents pensaient tout bas. «Non, on n'est pas parfaits, et on n'est pas obligés de faire des choses extraordinaires pour être heureux. On n'a pas besoin de se poser 26 000 questions, à savoir quel atelier devrait suivre notre enfant ...»

Jen Lawrence (ex-plume du blogue Mothered Up Beyond All Recognition) le remarque tous les jours: les parents en ont assez de courir, de l'école au cours privé de maths avancées, entre le soccer et le taekwondo, pour assurer le meilleur, rien que le meilleur à leurs enfants. «On dirait qu'on s'est rendu compte que si on les laissait avoir des temps libres, ils s'en sortiraient aussi bien», dit-elle. Résultat: alors que les parcs et les cours d'école étaient jadis quasi vides après les classes, de plus en plus d'enfants y passent maintenant davantage de temps. Et la crise économique ne devrait qu'accentuer le phénomène, croit-elle. «Je crois qu'on va voir un retour vers le cocooning. Les gens vont passer encore plus de temps à la maison, par nécessité. Et les enfants ne vont rien manquer!»

Une crise, ça relativise

Carl Honoré, journaliste canadien vivant à Londres avec sa famille, est aussi de cet avis. L'auteur du Manifeste pour une enfance heureuse (Under Pressure: Rescuing Our Children from the Culture of Hyper-Parenting, récemment traduit de l'anglais), pense que la crise va peut-être relativiser certaines choses, entre autres que non, «il n'est pas possible de créer un environnement parfaitement contrôlé pour nos enfants». Forcées de se serrer la ceinture, les familles vont peut-être devoir faire des coupes dans les objets de consommation («et l'hyper-parentalité, c'est beaucoup de ça: acheter plein du meilleur de tout»), et dans les activités secondaires («les cours de ballet et de poterie»). «Oui, peut-être que cela va donner du temps et de l'espace pour des activités non organisées, tout en changeant les priorités dans les familles, moins centrées uniquement sur l'enfant», espère-t-il.

De son côté, Sonia Lupien, directrice du Centre d'études sur le stress humain de l'Hôpital Louis-H.-Lafontaine, croit que si les parents changent de style, ce sera surtout par overdose. «Tout simplement parce qu'on n'est plus capables!», dit-elle. C'est d'ailleurs le son de cloche qu'elle reçoit de la part des parents qu'elle rencontre en conférence. «Est-ce que c'est vraiment bien de crier comme une enragée: dépêche-toi d'aller au hockey! Non, je crois qu'il y a une qualité de vie perdue qu'on essaye de retrouver.» La crise économique ne serait finalement qu'un prétexte qui arrive à point, croit-elle.

Un prétexte qui forcera les hyper-parents hyper-protecteurs et hyper-contrôlants à ce certain pragmatisme, pense aussi Jennie Bristow, une blogueuse londonienne (Parents With An Attitude), qui vient de publier un article sur la question, sur le wezbine Spiked. «Si vous devez vraiment travailler, peut-être devrez-vous demander à un voisin de ramasser vos enfants à l'école...»

Mais cela étant dit, elle n'y croit pas. Pas plus que Hara Estroff Marano, rédactrice en chef de la revue américaine Psychology Today, et auteure d'un des derniers livres sur la question: A Nation of Wimps: The High Cost of Invasive Parenting. Selon cette dernière, l'hyper-parentalité est un phénomène culturel, qui ne tire pas ses origines du portefeuille des parents, mais bien de leur insécurité. «Et en ce sens, la crise économique ne va qu'accroître l'anxiété parentale», conclut-elle.

C'est à voir.

 




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