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Trouble de stress post-traumatique: un calmant sur quatre pattes

Quand Julie Marcotte a vu Bernie la première... (PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE)

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Quand Julie Marcotte a vu Bernie la première fois, elle a pleuré. De joie, de soulagement.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

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Sophie Allard
La Presse

Julie Marcotte est incapable de dormir sur ses deux oreilles. Dans le tiroir de sa table de chevet, elle cache un couteau. Sous son lit, un bâton de baseball. Elle fait des terreurs nocturnes. Elle ne sort presque plus, craintive en présence d'inconnus. Ancienne militaire, elle souffre d'un trouble de stress post-traumatique (TSPT). Un mal qui, l'espère-t-elle, sera diminué par la présence de Bernie, un bouvier bernois qu'elle accueillera chez elle à l'été.

« Nous offrons des chiens, non pas aux personnes qui ne peuvent voir, mais à celles qui ont trop vu. Nous recevons 20 demandes par jour, nous avons une bonne liste d'attente. Depuis un an, nous avons formé 30 chiens », indique Solange Barbara, présidente de la Fondation Asista, à Laval, spécialisée dans les chiens d'assistance pour trouble de stress post-traumatique. De plus en plus d'anciens combattants frappent à sa porte.

La plupart des vétérans sont marqués par les horreurs qu'ils ont vues ou vécues lors de missions. Pas Julie. Elle reste plutôt marquée par de l'intimidation qui a culminé par un événement traumatique, une atteinte à sa personne. Elle a cru qu'elle allait mourir. « J'étais en mode survie. »

C'était en 1998. Elle a quitté l'armée en 2003, souffrant de migraines et de douleurs au dos. Jamais elle n'a parlé de cet événement avant 2014, moment où l'horreur a refait surface sans prévenir. Diagnostic : trouble de stress post-traumatique et symptômes dépressifs. « J'ai été hospitalisée pendant six jours, mon dos a barré et mes symptômes, déjà présents, sont depuis amplifiés. » Elle fonde aujourd'hui beaucoup d'espoir sur Bernie.

En quoi peut aider un chien d'assistance ? « Il tire du sommeil la personne qui fait un cauchemar, il veille sur elle jour et nuit. Il l'aide à regagner confiance, à sortir de la maison, à briser l'isolement, dit Solange Barbara. Le chien ne remplace ni le médecin ni la médication, mais c'est un moyen d'aider. »

Comme un système d'alarme

« Dans le cas d'un trouble de stress post-traumatique, on peut croire que la présence du chien sécurise et vient calmer la personne en état d'hypervigilance. Il agirait comme un système d'alarme », affirme Sonia Lupien, spécialiste en neurosciences et directrice du Centre d'études sur le stress humain de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal. Or, les données probantes sont manquantes à ce jour.

Membre du Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale et professeure à la faculté de médecine de l'Université Laval, Claude Vincent pilote actuellement une étude qui vise à démontrer l'efficacité du chien d'assistance auprès d'individus souffrant d'un TSPT. L'Institut canadien de recherche sur la santé des vétérans et des militaires finance en partie cette étude.

Mme Vincent a rencontré une vingtaine de vétérans en compagnie de leur toutou. « Le chien d'assistance détecte l'anxiété quand la respiration de son maître s'accélère soudainement, qu'il transpire ou selon l'expression faciale, indique la chercheuse. Selon la demande, le chien peut alors coller son maître, l'inviter à le flatter. À l'extérieur, il fait l'éclaireur dans les endroits jugés menaçants. Il agit aussi comme une bulle protectrice. »

Pour valider les informations recueillies par témoignages, Claude Vincent et son équipe étudieront, sur deux ans, la qualité de vie d'une trentaine de vétérans avant l'acquisition du chien et après. À l'aide d'un questionnaire, mais aussi d'une montre de sommeil. Ils visiteront une douzaine d'écoles de chiens d'assistance au Canada pour comparer leurs méthodes. La Fondation Asista y participe.

« À ce jour, il n'y a rien dans la littérature scientifique qui nous montre que le chien d'assistance est efficace. Or, il y a une demande grandissante, et les coûts sont importants. Cette approche doit être appuyée sur des données solides. »

Son hypothèse ? Elle pense que le chien aura un impact sur la diminution des cauchemars, l'amélioration du sommeil, les intrusions cognitives, les altérations de l'humeur, l'hypervigilance et les symptômes dépressifs.

« On pense aussi que le chien peut être associé à une diminution de la prise de médicaments anxiolytiques et hypnotiques, à un plus grand confort dans les lieux publics et à une réduction du fardeau chez les proches aidants. »

Le combat d'un militant

Medric Cousineau attend les résultats de l'étude avec impatience. Capitaine retraité des Forces armées canadiennes, il a participé en 1986 à un sauvetage périlleux en mer, dont il est ressorti avec des souffrances psychologiques. Pendant des années, il a sombré.

Thai est entré dans sa vie en 2012 et, depuis, il a enfin l'impression de sortir la tête hors de l'eau. Il milite pour que les vétérans souffrant d'un TSPT aient le droit d'avoir un chien, aux frais du gouvernement. Parce que les données probantes sur l'efficacité et parce que des chiens provenant de certaines écoles ont été mal dressés, l'acquisition d'un chien n'est plus remboursée, ni les frais annuels.

En 2013, M. Cousineau, qui a fondé l'organisme Paws Fur Thought, a marché pendant 50 jours dans 50 municipalités de Nouvelle-Écosse afin d'amasser des fonds. L'objectif de cette longue marche ? Offrir 50 chiens d'assistance à d'anciens combattants. De tels chiens peuvent coûter entre 10 000 $ et 30 000 $.

Seule école spécialisée en TSPT au Québec, la Fondation Asista offre ses chiens grâce à des dons, des collectes de fonds. On y sélectionne des chiens adultes, dans les refuges ou ailleurs, et on procède à un entraînement de plusieurs semaines. On consulte la faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal à Saint-Hyacinthe pour s'assurer d'une démarche optimale. Et les bénéficiaires sont soigneusement choisis.

« Les candidats intéressés doivent présenter une ordonnance médicale d'un psychiatre ou d'un médecin. L'équipe discute avec le soignant pour confirmer si le patient est prêt à cette responsabilité et pour confirmer si l'approche est appropriée », explique Mme Barbera.

Julie Marcotte s'est qualifiée. Quand elle a vu Bernie la première fois, elle a pleuré. De joie, de soulagement. « Dès qu'il est entré dans la pièce, il s'est précipité vers moi, dit-elle. J'aime penser qu'il y a eu une connexion spéciale. J'espère qu'il m'aidera à fonctionner. »

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