La vétérinaire répond: prévenir la douleur

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Si votre animal de compagnie présente une attitude anormale, n'attendez pas et consultez votre médecin vétérinaire sans tarder

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Sarah Annie Guénette
La Presse

«Comment va Frimousse à la maison?» «Eh bien docteur, Frimousse n'a jamais vraiment monté les escaliers ou sauté sur les lits. Je dois la prendre dans mes bras pour les escaliers et même les sofas depuis qu'elle est toute petite...» Ou encore: «Depuis un certain temps, Saucisse semble plus calme... Elle ne monte plus sur mes jambes comme elle le faisait quand j'arrivais de travailler. Quand j'essaie de la prendre, elle hurle de douleur!»

Ce type de conversation entre un médecin vétérinaire et le propriétaire d'un animal de compagnie est beaucoup plus fréquent qu'on pourrait le croire. Mais pourquoi ? En fait, le problème a comme origine cette capacité qu'ont chiens et chats à tellement bien cacher les symptômes de leur douleur que le propriétaire n'y voit que du feu et croit que son animal est tout simplement plus calme qu'il ne l'était auparavant.

Pour compliquer les choses, les signes cliniques de la douleur chronique varient beaucoup d'une espèce à l'autre et même d'un individu à un autre. Pourtant, du manque d'appétit à l'apparition de diarrhée, de vomissements à une attitude soudainement plus calme, en passant par une tendance à uriner dans la maison, à crier durant les manipulations, à se cacher, à se tenir le dos rond ou à dormir beaucoup plus qu'à l'habitude, les animaux présentent généralement une myriade de signes lorsqu'ils sont en douleur. Il faut simplement apprendre à les déceler. Parce qu'en traitant la douleur rapidement, il est possible d'éviter que le cercle vicieux de la douleur chronique s'installe.

Dans les circonstances malheureuses où l'on doit gérer une douleur déjà existante, il est primordial de tenter de déterminer si la situation vient tout juste d'apparaître ou si au contraire, comme dans le cas de Frimousse, nous avons affaire à la Grande Douleur avec laquelle l'animal a appris à vivre, mais qui nuit à sa qualité de vie depuis très longtemps. 

Chez les humains, c'est le genre de situation que l'on retrouve chez les multifracturés, les hernies discales, les névrites de toutes sortes, etc. Pour mieux comprendre la douleur des animaux, il est toujours judicieux de se référer à une situation comparable chez l'humain adulte, qui est capable de dialoguer. Car ne l'oublions pas, les animaux sont des êtres vivants possédant les mêmes systèmes de perception de douleur que l'être humain, mais qui sont incapable d'en verbaliser la sensation, du moins en termes humains.

Comme la majorité des études sur la douleur réalisées au profit des humains sont effectuées sur des animaux, le médecin vétérinaire et le propriétaire peuvent tout de même se faire une bonne idée du niveau de douleur que vit l'animal en se référant à une pathologie similaire connue chez l'humain.

Une fois chez votre médecin vétérinaire, différents examens (radiographies, analyses sanguines, pression sanguine, analyse d'urine, etc.), permettront de trouver avec précision l'origine de la douleur. Ensuite, en conjonction avec l'état temporel de la douleur, un protocole de contrôle de cette dernière sera déterminé. Ce protocole intégrera plusieurs aspects du mal et c'est cette interdigitation des traitements qui assurera le succès. Ce type d'approche se nomme « analgésie multimodale » et inclut les traitements pharmaceutiques (pilules à proprement parler), les corrections mécaniques réalisées grâce à la chirurgie et les approches alternatives.

Les molécules pharmaceutiques constituent le premier abord à la question. Encore aujourd'hui, de nouvelles molécules continuent d'être découvertes et offrent une grande variété d'approches de traitement qui passent par les anti-inflammatoires (COX-1 ou COX-2), les morphiniques (synthétiques ou non), les antidépresseurs, les gabaergiques de ce monde, certains antibiotiques qui démontrent des aptitudes favorables, des sédatifs en applications locales ou systémiques, les caïniques (lidocaïne, marcaïne, benzocaïne), les cannabinoïdes (dérivés du cannabis), les produits phénolés (eugénol et propophol) et bien d'autres.

Les corrections chirurgicales aborderont quant à elles l'élimination de la composante mécanique du problème. Grâce à une utilisation judicieuse de produits anesthésiants (perte de conscience), analgésiants (perte de la perception douleur) et de blocs locaux-régionaux (perte de la perception de la douleur dans les nerfs), la chirurgie soulagera les douleurs de compression (hernie discale), de frottement (articulations anormales), de déchirement, de fracture osseuse, de luxation articulaire et bien d'autres.

Finalement, les voies alternatives sont aussi des options à considérer. Les molécules nutraceutiques, le laser, l'acupuncture, la physiothérapie, l'ostéopathie, la massothérapie, la kinésiologie, l'injection de cellules souches, le TENS (stimulation mécanique qui induit la relâche de morphine endogène) et bien d'autres ne sont que quelques exemples d'approches thérapeutiques de plus en plus prometteuses.

Bref, si votre animal de compagnie présente une attitude anormale, n'attendez pas et consultez votre médecin vétérinaire sans tarder. Vous éviterez ainsi à votre animal de devoir cohabiter avec une maîtresse tout particulièrement désagréable qui se nomme « Douleur »... Dans le prochain article, nous aborderons les options offertes dans les hôpitaux vétérinaires pour contrôler la douleur.

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