Maroc: les pitbulls bientôt canins non grata

«Un chien, tu en fais ce que tu veux. Tu peux en faire un animal doux, comme tu... (Archives, LeDroit)

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Agence France-Presse
Fes

«Un chien, tu en fais ce que tu veux. Tu peux en faire un animal doux, comme tu peux en faire un monstre», clame Saâd Mohamed, un jeune éleveur de Fès, dans le centre du Maroc. À l'entendre, la loi en passe de bannir un certain nombre de races canines, dont le pitbull, est «injuste».

Le projet de loi est en cours d'approbation au Parlement et prévoit jusqu'à cinq ans de prison et 50 000 dirhams d'amende (7000$) à l'encontre des propriétaires de chiens dangereux. Les animaux devront en outre être rapidement remis aux services communaux, afin d'être abattus «après expiration du délai de la surveillance vétérinaire».

Devant les députés, le ministre de l'Intérieur Mohand Laenser a indiqué que les propriétaires de pitbulls étaient les premiers concernés du fait du danger que représentent ces chiens «pour la sécurité et la quiétude des citoyens», en plus de leur utilisation «à des fins criminelles».

Le gouvernement évoque également un problème de santé publique, avec les 50 000 cas de morsures recensés chaque année.

En 2006, la publication d'une circulaire n'avait pas réellement été suivie d'effets. Cette fois, les mesures s'annoncent drastiques.

Mais la nouvelle loi, Saâd Mohamed, propriétaire de Vega, une chienne de six ans, la juge pour sa part «injuste».

«Un chien, tu en fais ce que tu veux. Tu peux en faire un animal doux -c'est le cas de Vega- comme tu peux en faire un monstre», argue cet habitant de Fès.

Dans un terrain vague de la cité impériale, Saâd et ses amis, suivis par une dizaine d'adolescents de leur quartier, exhibent fièrement leurs chiens et multiplient les tours de dressage, sous le soleil printanier.

«Les pitbulls sont des chiens comme les autres. Il est vrai qu'en apparence ils peuvent faire peur, mais en réalité ils sont affectueux et aiment beaucoup jouer», avance Amine El-Fikhi, propriétaire de Guchi, un pitbull de cinq ans «déjà adopté par les habitants du quartier», selon lui.

«Quand je vais à l'école hôtelière, il m'attend devant la porte, et il m'accompagne parfois au stade pour voir les matches de foot», ajoute M. Fikhi.

«Véritable désastre»

Lui aussi insiste sur l'importance du dressage, qui ne doit pas avoir pour vocation de faire du chien un animal de combat. «Il n'a jamais mordu quelqu'un parce que je l'ai bien dressé depuis sa naissance!», s'exclame-t-il.

Ces propriétaires semblent vivre la loi à venir comme un crève-coeur.

Dans un récent entretien au quotidien Le Soir Échos, le président du «Club du chien berger allemand» (CCBA), Karim Laraki, a évoqué «un véritable désastre pour tout le monde canin». «N'aurait-il pas été plus judicieux de promulguer une loi contre les abus et agissements crapuleux?», s'est-il interrogé.

Allongée sur un canapé, dans le grand salon de la maison où elle habite avec son fils Saâd, Nezha El-Amrani caresse affectueusement Vega.

«Je ne la livrerai jamais aux autorités pour qu'elle soit abattue. C'est quelque chose d'inimaginable pour moi. Vega n'est pas seulement un membre de la famille, elle est comme ma fille», dit-elle.

«Ceux qui possèdent les chiens sont les responsables en premier lieu», insiste Mme El-Amrani, qui réclame que la mesure d'abattage soit supprimée.

Aucun chiffre officiel n'existe au Maroc pour permettre de déterminer le nombre de propriétaires de chiens dangereux. La liste des races visées, elle, sera bientôt fixée par voie réglementaire.

D'après le projet de loi, est «entendu par chien dangereux, tous les chiens qui se distinguent, au regard de leur race ou de leurs caractéristiques morphologiques, par une agressivité présentant un danger pour l'Homme».

Le nombre de chiens au Maroc est estimé à quelque deux millions, un chiffre plutôt faible rapporté au 34 millions d'habitants que compte le royaume.

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