Nue contre la pornovengeance

Pour Emma Holten, l'initiative visait notamment à montrer aux autres... (PHOTO TIRÉE DE TWITTER)

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Pour Emma Holten, l'initiative visait notamment à montrer aux autres victimes de ne pas avoir honte de leur corps et des abus dont elles sont la cible.

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Le cauchemar d'Emma Holten a commencé un matin d'octobre, en 2011. Quelqu'un avait usurpé l'accès à ses courriels et à son compte Facebook... et répandu à tout vent des photos d'elle, nue. Un cas classique de revenge porn, de pornovengeance. Trois ans plus tard, la jeune Danoise de 23 ans a répliqué avec le projet Consent [consentement], se dévoilant dans son plus simple appareil, cette fois par choix.

Q Comment avez-vous vécu cette expérience?

R Je me suis dit que ça allait être embarrassant, que ce serait là, quelque part, mais que ça n'aurait pas trop d'impact sur ma vie. Mais j'ai été très, très surprise de recevoir tant de messages de la part d'hommes, très négatifs, très haineux, très vindicatifs. Ça a empiré les choses, évidemment. La pornographie non consensuelle, ce n'est pas que simplement voir une femme nue; je crois qu'il y a beaucoup de gens qui veulent voir une personne qui est là contre son gré et ils trouvent ça fascinant qu'elle en souffre. C'est difficile d'expliquer d'où ça vient, mais le mot le plus simple est misogynie. C'est tirer plaisir de l'humiliation, c'est une fascination de l'humiliation. Dans les messages qui m'ont été envoyés, on me demandait comment je m'étais sentie, si mes parents étaient au courant. Ils étaient très fascinés par ma souffrance et ça, c'était vraiment bizarre.

Q Pourquoi avez-vous décidé de répliquer en publiant d'autres photos de vous nue?

R D'abord, le projet Consent n'est pas tant à propos de moi, il pose des questions. Pourquoi est-ce un si gros problème? Pourquoi des photos de femmes nues posent-elles tant de difficultés? Pourquoi les gens sont-ils si fascinés par le non-consentement? [...] C'était aussi pour moi une façon de montrer aux autres victimes qu'elles ne doivent pas avoir honte de leur corps, des abus dont elles sont victimes. De plus, sachant que la pornographie non consensuelle est souvent utilisée pour faire chanter les victimes afin d'obtenir d'elles de nouvelles photos, de l'argent, des relations sexuelles, c'était très important pour moi, si je m'exprimais publiquement, que personne ne puisse me faire chanter. Donc, les photos montrent aussi que je m'en fous, que je veux parler de quelque chose d'autre. C'est une prise de position contre ceux qui m'ont harcelée, je ne veux pas leur donner le pouvoir d'utiliser mon corps contre moi.

Q Quelles ont été les réactions?

R En général, les gens disent que c'est très courageux, que c'est un sujet important qu'ils ne connaissaient pas beaucoup. Évidemment, bien des gens n'ont pas compris l'idée des photos, mais quand j'explique que c'était très important pour moi de ne pas avoir honte de mon corps, la plupart comprennent que nous devons avoir un débat sur le corps de la femme, sur ce qu'il veut dire et pourquoi c'est si difficile pour les jeunes femmes d'avoir une sexualité sans être harcelées. [...] Je voulais susciter la discussion et je veux que les gens se questionnent sur leur propre vision des femmes, de l'internet. Je reçois 200 courriels par jour de gens qui disent que c'est merveilleux et inspirant, donc j'ai l'impression que les gens pensent que c'est bien.

Q Avez-vous des idées de solutions à la pornovengeance?

R Nous avons besoin de meilleures lois. Des lois qui exigent plus de responsabilités des sites qui publient ces photos. Beaucoup de sites, de gros sites, ont fait de l'argent avec moi, contre mon gré. Ils n'en sont pas tenus responsables en vertu des lois américaines et européennes. Je pense aussi que c'est très culturel. Nous devons demander aux jeunes, et en particulier aux jeunes garçons, comment ils réagissent quand ils voient une femme sur l'internet sans qu'elle y ait consenti.

Q Quel impact cette expérience a-t-elle eu sur vous?

R Ma vie aurait été différente si ce n'était pas arrivé. Je ferais sans doute quelque chose d'autre. Je suis à l'université en études de genres, je collabore au magazine Friktion. [...] Je me décrirais comme une militante féministe. Je fais beaucoup de choses en plus du projet Consent, dans lequel j'ai investi beaucoup de temps, j'écris sur le féminisme dans un grand journal danois, je suis impliquée dans des groupes féministes. C'est devenu une partie importante de ma vie.

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