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Sauver son épicerie pour sauver le village

Le maire de Saint-Pierre-les-Becquets, Jean-Guy Paré, devant les... (Photo: François Roy, La Presse)

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Le maire de Saint-Pierre-les-Becquets, Jean-Guy Paré, devant les rayons vides de l'épicerie du village, qui a fermé au mois d'avril. Il s'est joint à d'autres Becquetois pour fonder une coopérative d'alimentation, qui devrait ouvrir à l'automne.

Photo: François Roy, La Presse

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Après 38 ans de loyaux services, Jean-Noël Mayrand, l'épicier de Saint-Pierre-les-Becquets, a pris sa retraite. En avril dernier, son magasin a fermé ses portes, laissant les habitants sans aucun marché d'alimentation et un édifice commercial vide en plein coeur de ce village situé au sud de Trois-Rivières.

L'histoire aurait pu s'arrêter là. Mais à Saint-Pierre, on a vite compris que laisser partir l'épicerie, c'était mourir un peu. Pour trouver un supermarché digne de ce nom, les habitants de Saint-Pierre doivent parcourir 15 km. Le village compte 1200 habitants. L'été, avec les vacanciers et quelques résidents saisonniers, il y en a quelques centaines de plus. La population est vieillissante. Certaines personnes n'ont ni voiture ni parenté pour aller acheter les provisions dans une ville voisine. Face à ce problème, la mairie a formé un comité et s'est mise à étudier la possibilité de créer une coopérative d'alimentation.

Il y a eu un grand rassemblement à l'église au printemps. «Il y avait 300 personnes : ça faisait longtemps que le curé n'avait pas vu tant de monde», confie le maire de Saint-Pierre, Jean-Guy Paré. Avec ses collègues, il a expliqué le projet. Le prix de la carte de membre a été fixé à 300$, ce qui n'est pas rien dans un village comme Saint-Pierre.

Cette cotisation, que les membres ne paient qu'une seule fois, permet d'amasser une bonne mise de fonds. Assez pour ensuite obtenir des subventions et intéresser les bannières en alimentation à se lancer dans l'aventure.

L'équipe de la coop a donné un peu de temps aux villageois pour penser au projet, puis s'est lancée dans la sollicitation directe. Le maire a lui-même fait du porte-à-porte. Sa femme aussi. Le taux de participation a été très fort : on a vendu 370 cartes de membre, pour un comptant de 111 000$. «Les gens comprenaient très bien l'importance de sauver l'épicerie du village», explique Michel Dussault, vice-président de la coopérative. «Un monsieur avait refusé d'acheter sa carte quand nous sommes passés chez lui, raconte-t-il. Il ne faisait jamais son épicerie à Saint-Pierre, il ne voyait donc pas l'utilité de devenir membre. Le lendemain, il est venu avec ses 300 $. Il n'avait pas dormi de la nuit. Pour lui, c'était devenu un geste de solidarité communautaire.»

Certains ont eu la solidarité plus forte encore. M. Mayrand, l'épicier retraité, a investi une importante partie de la vente de son commerce dans la coopérative. Il compte aussi y faire du bénévolat dès que le commerce sera ouvert.

La valeur du supermarché

Un village qui perd son épicerie meurt un peu, croit Michel Dussault. «Ça aurait été d'une tristesse infinie de voir le local vide», confie-t-il au milieu de l'épicerie aux rayons dégarnis, qui devrait rouvrir ses portes à l'automne.

Cela aurait aussi entraîné de tristes conséquences. «Une ville perd son épicerie, ensuite c'est l'école qui ferme, puis les autres commerces», explique Guy Provencher, de la Coopérative de développement régionale, pour la région du Centre-du-Québec-Mauricie. «La première chose que tu sais, dit-il, les gens ne veulent plus s'y établir.»

Le maire abonde ne ce sens : «Si on avait perdu notre épicerie, on aurait été considéré comme une municipalité dévitalisée, explique Jean-Guy Paré. La valeur du prix des maisons de Saint-Pierre aurait automatiquement baissé de 10% à 15%.»

Une «municipalité dévitalisée» est une ville en perte de vitesse. Le taux de chômage y est élevé et les revenus familiaux sont parmi les plus faibles de la province. La population vieillit et les jeunes préfèrent s'installer ailleurs. Au Québec, 152 villes ou villages figurent sur la triste liste officielle des municipalités dévitalisées, que le gouvernement a établie d'après leur indice de développement.

Saint-Pierre-les-Becquets ne s'y trouve pas et compte sur la nouvelle épicerie pour s'en éloigner. Le bâtiment est actuellement inoccupé. La coopérative a en main une somme suffisante pour pouvoir le rénover sans l'éloigner du marché de proximité de M. Mayrand. L'épicier répondait aux petits désirs de ses clients. C'est ce qui faisait qu'on trouvait à Saint-Pierre-les-Becquets des litchis, des artichauts et des mangues, à longueur d'année.

Le commerce emploiera une vingtaine de personnes, dont un boucher à temps plein qui devra savoir faire les saucisses au goût des clients, lesquels seront en même temps... ses patrons! La boulangerie sera aussi de retour, pour que ça sente le pain chaud dans le marché. On y fera des tourtières, des pâtés au saumon et aux patates pour ceux qui font encore «maigre et jeûne» le vendredi.

Et il y aura, dans un avenir rapproché, des conserves de tomates de Saint-Pierre. Car le maire Paré veut aussi rendre à Saint-Pierre-les-Becquets le titre de capitale de la tomate. Déjà, un projet de conserverie haut de gamme est en marche. Le village pourrait bientôt avoir une petite pizzeria-café où la tomate serait à l'honneur. Dès l'année prochaine, le village pourrait tenir un Festival de la tomate où l'on organiserait une grande corvée-conserve communautaire au moment des récoltes, comme en Italie. Est-ce que tout cela serait possible dans un village sans épicerie?

En créant une coopérative, un village peut renverser le mouvement de dévitalisation, explique Hélène Simard, présidente du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité. Plutôt qu'une fermeture en entraîne une autre et donne à la rue principale des airs de ville abandonnée, l'arrivée d'une coopérative peut inciter des entrepreneurs à profiter de son achalandage, aussi modeste soit-il. «Ça recrée une dynamique économique dans le village, dit Hélène Simard. Et ça attire les jeunes.»




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