Gardasil: un vaccin controversé

Anne Caroline Desplanques
Collaboration spéciale

À compter de septembre, les jeunes Québécoises de 9 à 14 ans recevront le vaccin Gardasil contre le virus du papillome humain (VPH), responsable de 70% des cas de cancer du col de l'utérus. Cependant, depuis l'annonce officielle, en avril, plusieurs groupes s'interrogent sur la fiabilité du vaccin autant que sur son coût faramineux.

La campagne de vaccination contre le VPH coûtera 50 millions pour l'année 2008-2009 aux contribuables québécois. Mise en oeuvre par Québec, la campagne est financée par Ottawa et s'ajoutera au calendrier de vaccination scolaire entre la quatrième année du primaire et la troisième année du secondaire.

Selon les études cliniques, Gardasil (c'est le nom du vaccin) serait efficace dans une proportion de 96 à 100% pour lutter contre quatre types de VPH responsables de 90% des verrues génitales et d'environ 70% des cancers de l'utérus. La Dre Diane Francoeur, présidente de l'Association des obstétriciens et gynécologues du Québec, est impressionnée par de tels résultats. Pour elle, ce vaccin représente un progrès pour la santé des femmes comparable à la commercialisation de la pilule contraceptive.

Plusieurs groupes communautaires demeurent toutefois sceptiques. Directrice du Réseau québécois d'action pour la santé des femmes (RQASF), Lydya Assayag ne fera pas vacciner ses filles. Sa décision est irrévocable. «Dans l'état actuel des connaissances sur ce vaccin, il est hors de question que je fasse un chèque en blanc sur la santé de mes enfants.»

Au États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) a dénombré pas moins de 1824 réactions indésirables au vaccin, dont des décès dans les heures qui ont suivi l'injection. Il n'a cependant pu être clairement établi que ces morts étaient directement liées au vaccin, tout comme pour les 13 cas de syndrome de Guillain-Barré, une maladie du système nerveux, qui se sont déclarés.

Crise artificielle?

Le RQASF s'est joint à plusieurs autres organismes, dont le Regroupement des maisons de jeunes du Québec (RMJQ), pour réclamer un moratoire sur la campagne de vaccination contre le VPH. Rejeté par Québec, «ce moratoire visait non pas à refuser en bloc le vaccin, mais à prendre un temps de réflexion», comme l'explique Céline Morin, directrice du RMJQ.

Ces organismes communautaires accusent le gouvernement ainsi que Merck Frosst, qui a mis au point et commercialise le vaccin, de créer un climat de peur injustifié. «On laisse entendre qu'il y a urgence et que ne pas vacciner ses enfants, c'est être des parents indignes,» souligne Céline Morin.

Or, pour Lydya Assayag, il n'y a pas lieu d'inquiéter la population avec un virus qui, dans la majorité des cas, est bénin. «La plupart des personnes l'éliminent naturellement sans même savoir qu'elles ont été contaminées, c'est comme un rhume.»

L'Agence de santé publique canadienne estime en effet que 80% des infections au VPH contractées à un jeune âge sont éliminées sans traitement au bout d'un an et demi.

Au Canada, le cancer du col de l'utérus est au 13e rang des cancers les plus mortels. Concrètement, on dénombre 1500 nouveaux cas au pays chaque année et 400 décès. Certes, chaque nouveau cas est dramatique, d'autant plus que le cancer du col utérin est très mutilant, comme le rappelle Diane Francoeur. Mais d'un point de vue épidémiologique, ce sont des chiffres très faibles qui ne justifient pas un investissement majeur et urgent, selon Miriam Hivon, spécialiste en santé publique au Groupe de recherche interdisciplinaire en santé de l'Université de Montréal. Elle ajoute que le vaccin Gardasil est le plus cher de toute l'histoire de la vaccinologie.

Le Dr Alain Poirier, directeur national de la Direction de la santé publique, défend bec et ongles cette campagne. «C'est vrai qu'il n'y a pas d'urgence, mais c'est le premier cancer contre lequel on a un vaccin, donc il faut en profiter.» Il estime également que sur le plan coût-efficacité, ce vaccin permettra de faire des économies puisqu'il diminuera le fardeau financier que représente non seulement le traitement des femmes atteintes du cancer du col utérin, mais surtout celui engendré par les examens médicaux, les dépistages négatifs et autres traitements liés aux VPH.

Le Dr Poirier n'a cependant pas été en mesure de fournir des chiffres précis quant aux dépenses engendrées actuellement par le VPH. C'est là où le bât blesse, selon Miriam Hivon. Pour elle, les études coût-efficacité demeurent faibles et insuffisantes pour justifier une telle dépense.

À retenir

> Juillet 2006: Santé Canada approuve l'utilisation du vaccin Gardasil.

> Février 2007: le Comité consultatif national de l'immunisation (CCNI) recommande l'utilisation de Gardasil pour les filles et les femmes de 9 à 26 ans.

> Octobre 2007, dans son budget annuel, Ottawa accorde 300 millions aux provinces et aux territoires afin de les aider à mettre sur pied des programmes d'immunisation contre le VPH.

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