Le blues de la rentrée

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Julie Morin, son conjoint Martin ainsi que ses enfants; Loïc (en vert), Émile (en rouge) et Arnaud (en noir).

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Sophie Ouimet-Lamothe, Mario Girard
La Presse

(Montréal) Émile, 5 ans, trépigne d'impatience. Cette année, il entre à la maternelle. Il va enfin connaître ce que vit son grand frère Arnaud, qui, lui, entame sa troisième année. Leur plus jeune frangin, Loïc, 3 ans, les regarde s'éloigner avec un petit pincement au coeur. «Il me demande souvent quand il va avoir 5 ans, raconte sa maman, Julie Morin. Il est triste que ses frères l'abandonnent.»

Comme chaque année, à l'instar de milliers de familles québécoises, Julie Morin et les siens se préparent à vivre la rentrée, un concept qui a pris beaucoup d'importance au cours des dernières années et qui semble s'être bâti autour du retour en classe.«Tout d'un coup, on devient très conscients de la présence des petits, dit Diane Pacom, professeur au département de sociologie de l'Université d'Ottawa. Chaque année, la société se mobilise autour de ces jeunes. Pour moi, c'est très positif.»

Mais, malheureusement pour une bonne part des travailleurs et des élèves, la rentrée s'effectue dans le chaos et le stress. «Ce n'est pas tout le monde qui vit ça de la même façon, dit la psychologue Marie Bérubé. Tout dépend de ce qui nous attend.»

Selon les spécialistes, le stress de la rentrée frappe plus fort chez ceux qui vivent dans un contexte familial. Les facteurs sont alors plus nombreux pour les parents. «Non seulement ils vivent leur retour au travail, mais aussi la rentrée en classe de leurs enfants et tout ce que ça implique», dit Sonia Lupien, directrice du Centre d'études sur le stress humain de l'Institut Douglas.

«C'est une période assez intense, reconnaît Sophie Villeneuve, psychologue dans une école primaire à la Commission scolaire Pointe-de-l'Île. Et le matériel scolaire coûte cher.»

Julie Morin admet qu'elle doit allonger «un bon 150$ par enfant» pour l'acquisition des fournitures. «Il faut compter une grosse journée de magasinage dans des commerces bondés», dit-elle.

Qui plus est, les parents et leurs enfants peuvent se transmettre leur propre stress et faire monter la tension ambiante. «Le stress parental peut déborder sur celui des enfants et vice-versa, dit Sonia Lupien. L'enfant est extrêmement sensible à son environnement familial.»

Après un congé de maternité, Isabelle Cormier reprend ses fonctions de professeure de mathématiques au cégep de Maisonneuve. «C'est difficile de retourner au travail, parce qu'il faut changer la routine», dit-elle. La jeune maman a maintenant peur de transmettre le stress d'un horaire rigide à ses deux enfants, dont le plus vieux a 4 ans. «Ils ont été chanceux: pendant un an et demi, ils ont pu suivre leur propre rythme, reprend-elle. Là, ils n'auront plus cette liberté.»

Les enfants ont aussi leur stress

Même s'ils ont plus de difficulté à exprimer les sentiments qu'ils éprouvent, les enfants peuvent vivre un grand stress au moment de la rentrée scolaire. Des études récentes démontrent que 50% à 75% des enfants d'âge scolaire connaissent de sérieux problèmes de stress. «C'est à leur niveau, mais sur le plan de la perception, les enfants vivent cela de la même façon que les adultes», dit Marie Bérubé.

Simon Langlois, professeur de sociologie à l'Université Laval, croit que le stress infantile est atténué par l'excitation liée à la découverte. «On n'a qu'à regarder les petits garçons et les petites filles, avec leurs sacs neufs, dit-il. Ils ont beau sentir que c'est la fin des vacances, ils ont un certain plaisir à retrouver les amis et leur raconter les voyages, la plage.»

Une opinion partagée par Sophie Villeneuve. «Ils ont hâte de savoir qui va être dans leur classe, quel prof ils vont avoir», dit-elle.

D'où vient le stress?

Stress. Ce mot est sur toutes les lèvres depuis des années. On l'invoque pour une foule de raisons. Mais au fait, d'où vient-il? «Le stress provient d'une menace qui est détectée par le cerveau, explique Sonia Lupien. Cette menace envoie une réponse au corps qui se met à produire des hormones de stress. C'est cette réponse qui peut mener éventuellement au burn-out ou à la dépression.»

Au cours des dernières années, des recherches ont mené à l'identification de quatre facteurs considérés comme des menaces: la nouveauté, l'imprévisibilité, l'impression d'une perte de contrôle et l'ego menacé. On voit bien que les défis de la rentrée peuvent facilement être liés à ces facteurs.

«Cela dit, on peut stresser en anticipant des choses connues, reprend Sonia Lupien. On retourne au boulot en sachant qu'on sera malheureux. On sait déjà qu'on n'aura pas le contrôle là-dessus, de là un stress.»

«On dit souvent que l'on crée ce que l'on craint, ajoute la psychologue Marie Bérubé. Notre imagination nous fait vivre d'avance une situation. On vit le stress avant qu'il n'arrive.»

Qui dit stress, dit moyens de l'apaiser. Là-dessus on se perd en conjoncture. Mais pour Sonia Lupien, il n'y a pas 36 façons de combattre cet état néfaste et destructeur. «Pouvons-nous arrêter de dire qu'il faut stopper les stresseurs? lance-t-elle. Je ne suis plus capable d'entendre parler de spas et de détente. Si vous allez dans un spa, la Ginette qui vous stresse au bureau sera encore là lundi matin après votre massage.»

Sonia Lupien croit qu'il faut cesser de jouer à l'autruche. «La meilleure façon de régler le stress est de le ventiler au fur à mesure qu'il arrive. Il faut savoir d'où il vient. On doit le déconstruire et le reconstruire. Le cerveau veut une option. Si vous en arrivez à la conclusion que la solution c'est de changer de travail, eh bien! changez de travail», dit la chercheuse en précisant que 85% des gens qui ont des solutions de rechange ne les mettent pas en application.

«Mais le seul fait d'avoir pensé à une porte de sortie fera en sorte que votre cerveau produira moins d'hormones de stress», ajoute Sonia Lupien.

«Il faut apprendre à se protéger, pense de son côté Marie Bérubé. S'installer tous les soirs après le travail et regarder des nouvelles déprimantes à la télé, ça peut nous affecter. Ça amplifie notre malaise. Il faut savoir tasser les gens qui grugent notre énergie et plutôt s'entourer de gens positifs, qui nous font rire, qui nous entraînent sur leur terrain.»

Aussi effrayante puisse-t-elle paraître, la rentrée automnale a maintenant une concurrente de taille: la rentrée hivernale. «Je trouve que la rentrée qui suit les vacances de Noël ou le congé de mars est plus éprouvante, dit Sonia Lupien. L'avantage avec l'automne, c'est qu'on a l'énergie des vacances d'été. Le retour qu'on effectue en janvier, février ou mars est beaucoup plus difficile. Les batteries sont à plat, vous roulez depuis des mois avec les petits et les devoirs, il fait noir et froid, votre carte Visa est pleine. C'est très dur.»




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