De la pertinence des notes

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Véronique Rivest

Collaboration spéciale

La Presse

La pratique est toujours très répandue, mais continue de soulever des questions. Devrait-on noter les vins? Quelle est la différence entre un vin noté 89 et un autre noté 91?

Je ne donne pas de scores aux vins ni d'étoiles. Ce n'est pas de la paresse ni la peur de me commettre. J'oserais même dire le contraire: attribuer une note à un vin est beaucoup plus facile que de tenter de le décrire. Ce qui m'agace le plus des notes, c'est que ça n'encourage pas le consommateur à penser par lui-même. Ce n'est pas parce qu'un vin reçoit une note de 95 qu'il plaira d'emblée à tous.

Les critiques qui utilisent des notes vous diront qu'elles n'ont pas de sens seules, sans commentaire. Le problème est que lorsqu'il y a une note, très souvent les consommateurs ne lisent pas le commentaire!

La notation des vins est un phénomène récent. Elle a été utilisée ici et là au cours de l'histoire, mais n'est devenue courante qu'à partir des années 80, principalement sous l'influence du critique américain Robert Parker. Son intention était noble: démocratiser le vin et, surtout, le juger pour ses valeurs intrinsèques. Ce n'était plus exclusivement les grands châteaux ou les vins aristocratiques qui se trouvaient au haut de l'échelle. Tous les vins, y compris des vins plus modestes et moins connus, étaient jugés de la même façon.

En utilisant un système de notation sur 100, comme celui à l'école, il a rendu le vin plus facile à comprendre pour les consommateurs américains, contribuant ainsi à son essor aux États-Unis. Son influence grandissante a aussi forcé de nombreux producteurs, qui s'assoyaient sur leur réputation et ne faisaient pas toujours des vins à la hauteur, à travailler mieux et à s'améliorer. Mais lorsqu'un critique devient aussi influent que M. Parker l'a été, on court le risque de voir ses préférences personnelles dicter le style des vins.

Réalité économique

C'est devenu une réalité économique: les vins avec les plus hauts scores se vendent plus cher. De nombreux producteurs cherchent alors à obtenir les plus hautes notes des critiques les plus influents et, pour ce faire, n'hésitent pas à changer leur façon d'élaborer le vin. Lorsqu'un seul critique devient extrêmement influent, ça peut mener à une homogénéisation des styles. Un vin «parkerisé», c'est un vin très mûr, fort en alcool, au caractère crémeux et opulent. Un style de vin que Robert Parker privilégie. Des grands vins de Bordeaux qui se sont mis à afficher 14,5 ou 15 % d'alcool (même plus): résultat des changements climatiques? C'est vrai, en partie, mais c'est beaucoup plus le résultat des préférences de M. Parker.

Un autre problème, qui me convainc encore plus de la non-pertinence des scores: cette réalité économique joue aussi dans l'autre sens. Pour qu'un critique soit influent, il faut qu'il fasse vendre du vin. Si un vin a moins de 90 points, il ne se vend pas. On se met alors à donner allègrement des notes de 90 et plus à tout va. La compétition pour plus d'influence entre les critiques et les revues spécialisées pousse les scores à la hausse. C'en est devenu ridicule : des petits vins ordinaires se voient régulièrement décernés des notes de 90 et plus.

Je me rappelle quand une note de 85 dénotait un très bon vin courant. Aujourd'hui, on n'affiche même plus une telle note parce qu'elle condamnerait le vin à accumuler de la poussière sur les tablettes. Puis, il y a les abus de la part des détaillants: combien de fois ai-je vu un bon score pour un vin être repris pour le même vin d'un millésime différent?

Et que dire des médailles qu'on retrouve sur les bouteilles? Sachez qu'il y a tellement de concours de vin dans le monde que tous les vins, du moment qu'ils ont été soumis à quelques-uns de ces concours, ont gagné une médaille quelque part. Ça aussi, c'est toute une industrie.

Alors, la différence entre un vin coté 89 et un autre 91? Je ne saurais y répondre. Il y a parfois un gouffre entre les notes de deux critiques différents pour le même vin. Et que dire des conditions de dégustation? Très souvent défavorables (60, 80, 100 vins ou plus dégustés en quelques heures), elles ne correspondent pas du tout à celles des consommateurs.

En fait, tout ce que j'aimerais, c'est que vous vous fassiez votre propre opinion. Et plutôt que de suivre aveuglément les scores, faites l'effort de lire un peu sur le vigneron, sa région, ses méthodes de travail. C'est correct de ne pas aimer un vin avec un score de 94 et de lui préférer un vin noté 87. Et ça m'arrive très souvent!

Château de Gourgazaud Minervois 2015... (Photo fournie par la SAQ) - image 2.0

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Château de Gourgazaud Minervois 2015

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Quatre vins à découvrir

Château de Gourgazaud Minervois 2015, 12,50 $ (22384) 13,5 %

Une valeur sûre depuis longtemps au répertoire général de la SAQ. Assemblage de syrah et de mourvèdre, il offre un nez de fruits rouges et noirs très mûrs, avec des notes d'herbes, de garrigue, et un caractère animal typique de ces deux cépages. Moyennement corsé, avec des tanins modérés mais fermes et une bonne tenue. Il profitera d'un passage en carafe et se garde très bien ouvert sur deux jours. Fait pour la table, il appelle la viande. Beaucoup de caractère pour le prix! Pour comparaison, il coûte 13,45 $ en Ontario.

Alain Lorieux Expression Chinon 2015, 18,90 $ (873257) 12,5 %

Un cabernet franc qui s'assume pleinement et qui joue allègrement dans la cour des notes végétales. Pas un végétal qui dénote une vendange pas mûre, mais ce que j'appellerais un végétal noble, que j'apprécie tellement dans ce cépage. Des arômes de cèdre, de feuille de tabac, de mine de crayon s'ajoutent à ceux de framboise. Hyper sec et très savoureux, avec une texture fine, des tanins mûrs et beaucoup de fraîcheur. Déjà délicieux, il évoluera encore certainement très bien entre cinq et sept ans. Rôti de porc et chou rouge braisé ou poulet rôti et légumes racines lui iront comme un gant. Tout comme un bon hamburger maison bien juteux.

Gaba do Xil Mencía Valdeorras 2015... (Photo fournie par la SAQ) - image 3.0

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Gaba do Xil Mencía Valdeorras 2015

Photo fournie par la SAQ

Gaba do Xil Mencía Valdeorras 2015, 19,80 $ (11861771) 13 %

On a longtemps cru que le cépage mencía s'apparentait au cabernet franc. Il peut en effet en partager le parfum et la fraîcheur, mais on sait maintenant qu'il est résolument espagnol et originaire du nord-ouest du pays, où il jouit d'une grande renaissance. Ce vin est une très bonne introduction au cépage: bourré d'arômes de fruits rouges, avec des accents de fleurs et d'herbes et une pointe d'épices. Une texture au grain fin en bouche, que je retrouve souvent dans les vins issus de sols granitiques comme c'est le cas ici, et des tanins mûrs, légers. Il profitera aussi d'un passage en carafe. À déguster avec des côtelettes d'agneau aux herbes, des keftas, voire des plats végétariens d'inspiration indienne.

Occhipinti SP68 2016, 31 $ (11811765) 12,5 %

Véritable vin de plaisir et de terroir. Une expression franche et savoureuse du sud-est de la Sicile, cet assemblage de frappato et de nero d'Avola vous mettra le sourire aux lèvres, c'est garanti. Frais, parfumé et plein de vitalité, avec tout plein d'arômes de fruits rouges croquants, de fleurs des champs et d'herbes. Hyper savoureux, juteux, et d'une immense buvabilité, mais sans manquer de complexité ni de profondeur. À servir légèrement rafraîchi et à boire avec vos meilleurs amis!




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