Assemblages contre monocépages

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Véronique Rivest

Collaboration spéciale

La Presse

Beaucoup de gens croient, à tort, que les vins issus de l'assemblage de plusieurs cépages sont de moins bonne qualité. Certains des plus grands vins du monde sont issus d'assemblages. Les grands crus de Bordeaux, par exemple, tout comme les Châteauneuf-du-Pape, de grands vins de Toscane, et bien d'autres encore.

La qualité d'un vin ne dépend pas du nombre de cépages utilisés dans son élaboration, pas plus que de sa couleur ni même de son prix. Je reviendrai sur ce dernier point.

La qualité d'un vin dépend beaucoup plus des soins apportés à la vigne, des modes de culture et de vinification. Mais avant tout, d'un terroir de qualité. On a beau planter des cépages prestigieux et leur apporter les meilleurs soins, s'ils ne sont pas cultivés dans un lieu propice, ça ne donnera pas grand-chose de bon.

Dans un bon terroir, certains cépages se suffisent à eux-mêmes. D'autres bénéficient de l'apport d'un ou de plusieurs cépages complémentaires. Par exemple, le cabernet sauvignon peut donner des vins puissants, aromatiques et complexes. Mais ils souffrent parfois d'un creux en milieu de bouche. C'est pourquoi on assemble souvent cabernet sauvignon et merlot: ce dernier est plus rond, plus pulpeux; il compense cette lacune du cabernet. Il n'y a d'ailleurs pas à Bordeaux de vin issu à 100 % de cabernet sauvignon (ou du moins, ce n'est vraiment pas chose fréquente). Même les vins qui indiquent un seul cépage sur l'étiquette, qu'ils soient d'Europe ou du Nouveau Monde, peuvent contenir jusqu'à 15 % d'une autre variété.

Toujours en prenant l'exemple de Bordeaux, les variations de sols dans la région font en sorte que le cabernet sauvignon n'est pas idéal partout. Sur les sols plus argileux et plus froids de la rive droite, il n'arrive pas toujours à pleine maturité, alors qu'il se plaît à merveille sur les sols graveleux et très drainants de la rive gauche. Du coup, on retrouve sur la rive droite plus de merlot et de cabernet franc, qui mûrissent plus tôt. Et à l'intérieur de chaque région, il y a des variations de sols qui font en sorte qu'on plante l'un ou l'autre de ces cépages.

D'autres cépages sont plus souvent vinifiés seuls. C'est le cas du pinot noir, entre autres. Ce qui ne veut pas dire que tous les vins de pinot noir sont supérieurs! Aucun cépage, ni région d'ailleurs, n'a le monopole de la qualité; il se fait du bon et du moins bon partout, et avec toutes les variétés de raisin. Mais le pinot noir est admiré pour sa délicatesse, son parfum, sa transparence. Des qualités qui tendent à disparaître lorsqu'il est assemblé avec d'autres cépages.

D'autres variétés sont vinifiées seules ou en assemblage, selon l'endroit où elles sont cultivées. Les coteaux granitiques de la vallée du Rhône septentrionale donnent de superbes syrahs. Les grands vins rouges (Hermitage, Cornas, etc.) de cette région sont presque tous élaborés uniquement avec ce cépage. Mais au sud de la vallée, les sols et le climat sont beaucoup plus variés et la syrah ne donne pas partout les mêmes résultats. Le grenache se plaît par contre très bien dans beaucoup de ces terroirs et y dépasse la syrah en surface cultivée. Et de nombreux autres cépages y trouvent aussi leur compte. Le sud de la vallée du Rhône compte du coup beaucoup plus de vins d'assemblage.

Bref, le fait qu'il s'agisse d'un vin d'assemblage ou d'un vin monocépage n'a pas en soi d'incidence sur la qualité. Ce qui compte, c'est que les cépages aient été choisis en fonction du terroir et que la viticulture et les vinifications soient conduites avec soin.

Et le prix?

Un vin à 20 $ sera presque toujours de meilleure qualité qu'un vin à 10 $. Mais un vin à 200 $? Le rapport qualité-prix des vins diminue en général quand leur prix monte. Un vin à 200 $ ne sera jamais 10 fois meilleur que le meilleur vin à 20 $ que vous ayez bu. Au-delà d'un certain prix, on entre dans le monde des produits de luxe. Tout comme les montres et les voitures.

La grande majorité des vins de ce monde ne coûtent pas beaucoup plus qu'une trentaine de dollars à produire. Il faut bien entendu ajouter à cela un profit pour le vigneron et pour tous les autres acteurs de la chaîne de distribution. Mais après, ça devient plus une question d'offre et de demande, et de prestige. Dans les plus petits prix, on en a généralement pour son argent. Dans les prix très élevés, on paie pour beaucoup d'autres choses que la qualité du vin.

Ce qui est rassurant, c'est qu'il y a tellement de vins intéressants produits partout dans le monde. Lorsqu'un vin en particulier, ou une région, devient la cible des acheteurs et voit ses prix grimper de façon parfois absurde, on peut toujours se tourner ailleurs.

Hidden Bench Beamsville Bench Chardonnay 2013, 31,25 $ (12583047)... (Photo fournie par la SAQ) - image 2.0

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Hidden Bench Beamsville Bench Chardonnay 2013, 31,25 $ (12583047) 13,5 %

Photo fournie par la SAQ

Quatre vins à découvrir

Hidden Bench Beamsville Bench Chardonnay 2013

Excellent chardonnay de ce très bon producteur de la péninsule du Niagara. Un fruit mûr sur la poire et les agrumes, un boisé présent mais très bien dosé qui apporte du volume et de subtiles notes épicées, une acidité fraîche qui apporte de la tension et une minéralité sous-jacente. Très bel équilibre entre puissance et finesse. Savoureux, riche et tendu à la fois, il est déjà délicieux, servi autour de 10 °C, mais se bonifiera encore au moins cinq à six ans.

31,25 $ (12583047) 13,5 %

Ogier Héritages Côtes du Rhône 2015

Un exemple on ne peut plus classique de Côtes du Rhône, assemblage de grenache surtout, avec un peu de syrah et de mourvèdre. Le grenache lui apporte des arômes de fruits très mûrs et une bouche voluptueuse. La syrah apporte des notes de mûre, de violette et de poivre ainsi que de la fraîcheur. Dense et riche en bouche, avec juste ce qu'il faut de tanins pour apporter de la structure. Vin d'hiver par excellence à savourer avec des viandes braisées, un gigot d'agneau aux herbes, un couscous, un magret de canard aux mûres. Il profitera sûrement d'un passage en carafe. Garde jusqu'à six ans.

15,05 $ (535849) 14 %

Quinta di Infantado Douro 2012, 23,05 $ (10371761) 14 %... (Photo fournie par la SAQ) - image 3.0

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Quinta di Infantado Douro 2012, 23,05 $ (10371761) 14 %

Photo fournie par la SAQ

Quinta do Infantado Douro 2012

Il a ce caractère sombre des vins du Douro, à la couleur et au nez. D'une couleur violet intense, le vin tache le verre (souvent le signe d'un climat chaud) et offre des arômes de fruits noirs, de mûre, de cerise noire, de prune, avec une pointe florale et une distincte impression minérale. La bouche suit, dense, riche et mûre, mais sans aucune lourdeur, avec cette minéralité bien présente, presque crayeuse, qui apporte beaucoup de fraîcheur. Un vin sombre et dense, et pourtant si vibrant - c'est toute la beauté du Douro. Une longue finale savoureuse sur des tanins fermes, mais très mûrs et très fins. Il profitera aussi sûrement d'un passage en carafe. Garde jusqu'à 8-10 ans.

23,05 $ (10371761) 14 %

Chatons du Cèdre Cahors 2013

Ce vin a toujours figuré parmi les bons achats à moins de 15 $, mais ce 2013 me semble particulièrement bien réussi. Il a toute la couleur violacée soutenue du malbec et offre un nez dense, retenu, qui s'ouvre beaucoup à l'aération. Beaucoup de complexité à ce prix avec des arômes de terre fraîche, de graphite, de fruits noirs, une pointe florale. Dense, mûr et frais à la fois, et ce n'est que le nez! La bouche suit, pareille, tout aussi dense et mûre, mais avec beaucoup de fraîcheur, une très bonne tenue, des tanins modérés, granuleux, très fins et une finale où les saveurs se développent en crescendo. Excellent rapport qualité-prix!

13,50 $ (560722) 13 %




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