Chêne français ou américain?

Le grand oenologue bordelais Émile Peynaud, aujourd'hui décédé, comparait... (Photos fournies par la SAQ)

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Jacques Benoit
La Presse

Le grand oenologue bordelais Émile Peynaud, aujourd'hui décédé, comparait l'utilisation du chêne, pour l'élevage des vins, à l'ajout d'épices en matière de cuisine. Il en faut, mais... pas trop! Or, en matière de chêne, les deux types les plus utilisés et les plus connus, à savoir le chêne français et le chêne américain, épicent les vins de façon fort différente.

Les fûts de chêne américain (nettement moins chers que les fûts de chêne français) sont ainsi susceptibles de marquer fortement les vins. Au nez, mais aussi en bouche, ils peuvent alors conférer aux vins des notes très épicées, et aisément perceptibles, rappelant quelque chose comme le clou de girofle, et parfois même la sciure de bois ou... les madriers.

Le chêne français donne dans le meilleur des cas des notes évoquant, dans les vins rouges, le pain grillé, ou encore la noisette et le beurre frais dans les blancs. Or, chose dont on parle peu, des viticulteurs français n'hésitent pas à employer désormais une certaine quantité de fûts de chêne américain dans l'élevage de leurs vins.

Exemple, le Médoc 2011 Château Rollan de By, dont le propriétaire Jean Guyon ne cache pas, dans la fiche technique de son vin, qu'il utilise, justement, une petite proportion (5%) de fûts de chêne américain. Le bouquet est passablement épicé, sans qu'on soupçonne, au nez, qu'une partie de ce vin a été élevée dans des fûts de chêne américain. Alors que c'est plus manifeste en bouche (voir notes de dégustation)...

Un des avantages incontestables qu'offre cette pratique: elle facilite en quelque sorte l'accès aux vins, vu que les notes épicées dues à l'utilisation de chêne américain sont, répétons-le, facilement perceptibles. Bref, le consommateur s'en trouve pour ainsi dire rassuré - le vin devient ainsi plus facile à goûter.

Autre avantage: les consommateurs états-uniens sont, eux, très friands de notes boisées, l'apport du chêne américain ne pouvant que plaire à la majorité de ceux-ci. Et on sait l'importance de ce marché...

L'envers de la médaille: uniquement du chêne américain, ou trop de chêne américain, et le vin perd quasi automatiquement de sa distinction.

Enfin, et c'en est un contre-exemple, l'un des plus réputés vins rouges de Colombie-Britannique, Osoyoos Larose, n'utilise pour sa part que des fûts de chêne français.

D'après l'Institut français de la vigne et du vin, le prix du fût de chêne français joue aujourd'hui entre 835$ et 1285$ (selon l'origine du bois et le tonnelier), contre 535$ à 710$ dans le cas du fût de chêne américain.

Douro 2013 Altano Symington, 12,95$ (579862)

Les ventes de portos ayant fléchi partout sur terre, les producteurs du Douro élaborent de plus en plus de vins rouges de table, dont ce vin, au bouquet évoquant à la fois le tabac et la terre. Charnu, de corps moyen, ses tannins sont bien enrobés. Rien d'exceptionnel, mais on en a... largement pour ses sous. Touriga Franca, Tinta Roriz et Tinta Barocca, avec élevage en fûts de chêne français et américain de réemploi. 13,5% (1316 caisses). Garde: 2015-2017.

15

Bianco di Custoza 2014 Albino Piona, 17,95$ (12469383)

De couleur paille, ce vin blanc de la Vénétie produit avec pas moins de quatre cépages (Garganega, Tocai Friulano, Trebbiano et Cortese) se présente avec un bouquet expressif, de fruits confits (genre coings) et des notes comme de miel. Les saveurs sont mûres, relevées, le vin renfermant un peu de sucre résiduel sans que ce soit dérangeant. Simple et facile, à servir par exemple à l'apéritif ou pour accompagner des plats de cuisine asiatique. 12,5% (271 caisses). Garde: 2015-2016.

15

Lalande-de-Pomerol 2012 Château La Croix Des Moines, 27,70$ (973057)

Le millésime n'a rien de grandiose, n'empêche, les bordeaux 2012, dont celui-ci, donnent à l'heure actuelle beaucoup de plaisir. Bien coloré quoique sans rien d'opaque, le bouquet de ce vin, fait surtout de Merlot (80%), plus 10% de Cabernet franc et 10% de Cabernet Sauvignon, est avant tout marqué par des notes rappelant le cuir et le tabac. Un peu plus que moyennement corsé, ne manquant pas de chair, ses tannins sont aimables, veloutés, et il a une bonne persistance. Élevage en fûts dont 25% de neufs. Très bon. 13,5% (218 caisses). Garde: 2015-2018.

16,5

Médoc 2011 Château Rollan de By, 33,25$ (11454981)

La couleur est soutenue, le bouquet distingué et passablement épicé (le bois), ce vin, toujours élégant et tendre, se présentant différemment dans ce millésime. Les tannins sont en effet très serrés, et même, m'a-t-il semblé, un peu asséchants, avec dans l'après-goût des notes épicées bien présentes, rappelant vaguement la sciure de bois. Son élevage est mené en fûts, dont 5% de fûts de chêne américain. 70% Merlot, avec 10% de chacun des cépages suivants (Cabernet Sauvignon, Cabernet franc et Petit Verdot). Bref, sans doute l'ai-je noté un peu trop généreusement. 13,5% (170 caisses).

Garde: 2015-2019.

16,8

Okanagan Valley 2011 Osoyoos Larose, 45$ (10293169)

Vin rouge qui compte de toute évidence parmi les meilleurs vins canadiens, richement coloré, son bouquet de fruits rouges mûrs est ample, épicé (le bois) sans que ce soit exagéré, et la bouche suit. Corsé, concentré, mais sans lourdeur, on pourrait aisément penser à l'aveugle avoir affaire à un bordeaux. Fait de cépages bordelais, surtout de Merlot (48%) et de Cabernet Sauvignon (33%), son élevage est conduit en fûts de chêne français dont 60% de neufs. Très réussi, et sans doute aurais-je pu mieux le noter, celui-là... 13,8% (1085 caisses). Garde: 2015-2020.

16,8

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