Le culte Ardbeg

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(LAKE LOUISE) Ceux qui aiment la distillerie Ardbeg, qui produit certains des scotchs les plus tourbés au monde, ont aussi tendance à la vénérer. Mais le contenu de la bouteille est-il à la hauteur du culte? Nous nous sommes penchés sur la question.

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L'ovni du whisky

Dans l'univers somme toute assez classique du scotch, Ardbeg fait un peu figure d'ovni. Avec sa manière décoincée de faire du marketing, ses célébrations farfelues (Ardbeg Day), ses éditions limitées ludiques, la distillerie d'Islay s'adresse à une nouvelle génération d'amateurs de whisky, qui se laisse prendre au jeu avec plaisir.

Une des plus grandes folies d'Ardbeg a sans doute été d'envoyer un échantillon de son spiritueux en orbite, à l'automne 2011. Pour célébrer le retour sur terre du précieux nectar, la maison organisait en septembre un événement au Château Lake Louise, dans les Rocheuses.

Le Ardbeg Space Experiment est une sympathique extravagance réalisée en collaboration avec NanoRacks et visant à étudier l'effet de la gravité (et de son absence!) sur le processus de maturation du whisky. On a donc envoyé environ un demi-litre de spiritueux non vieilli en navette Soyouz jusqu'à la station spatiale internationale, où un astronaute a activé l'expérience en ajoutant des copeaux de chêne au whisky. Un échantillon de contrôle est bien entendu resté sur le plancher des vaches, pour comparaison trois ans plus tard. Les deux fioles sont présentement en analyse.

Un comité de 100 000 membres

Pour aider les curieux à patienter, Ardbeg a lancé la troisième version de son fameux single malt ultra-tourbé Supernova. Aujourd'hui, les rarissimes bouteilles de Supernova 2009 et 2010 encore disponibles se vendent respectivement 275 et 250 livres anglaises (environ 500 et 450 $ CAN). Il était donc temps de repartir les feux de tourbe pour produire une nouvelle cuvée d'un des whiskies les plus fumés du monde - son rival, l'Octomore de la distillerie Bruichladdich, est plus tourbé encore!

Vous aurez compris que chez Ardbeg, on aime faire les choses en grand, mais aussi en s'amusant. C'est l'esprit du « scientifique fou » Bill Lumsden qui serait à la source de toutes ces excentricités. Bâtie en 1815, la distillerie a connu bien des hauts et des bas. Fermée deux fois - de 1981 à 1989, puis de 1996 à 1997 - , elle a finalement été rachetée par Glenmorrangie. C'est à ce moment-là que le bon docteur Lumsden a pris les commandes de la distillation pour les deux maisons.

Dans un premier temps, chez Ardbeg, il était essentiel pour le nouveau master blender de recréer le 10 ans d'âge tel qu'il avait été avant les fermetures. Se sont succédé les Ardbeg Very Young, Still Young et Almost There qui, déjà, témoignaient du sens de l'humour de la distillerie en pleine renaissance.

« C'est lui le mastermind derrière Ardbeg et toutes ses nouvelles créations. Il comprend à la fois l'importance du classique et celle d'essayer des choses nouvelles et pétées », affirme Philippe Letellier, spécialiste des scotches whiskies, barman au 132 bar vintage et propriétaire de la petite entreprise Les dégustations la part des anges.

Aussi, la distillerie a eu la bonne idée de créer son fameux « comité », qui compte aujourd'hui environ 100 000 membres. « En s'inscrivant, on a des nouvelles de la distillerie, on a accès aux produits spéciaux avant tout le monde, raconte Jean-François Pilon, président et cofondateur de Whisky Montréal, membre du «Ardbeg Committee» depuis bientôt 10 ans. Le fait qu'on ait failli perdre la distillerie deux fois a créé un véritable esprit de communauté. Aussi, au Québec, on aime beaucoup les whiskies tourbés. Il y a une vraie résonance chez nous pour Ardbeg. »

Amateurs de whiskies très tourbés, vous serez plus que comblés par le Supernova, en vente à la SAQ dès le mois de décembre au prix de 294,25 $.

La distillerie Ardbeg est au centre d'un véritable culte... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE) - image 3.0

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La distillerie Ardbeg est au centre d'un véritable culte pour les amateurs de scotchs très tourbés.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Ardbeg, oui ou non?

Plusieurs distilleries d'Écosse font l'objet d'un culte. « Cela indique que, dans le style qu'il représente, le scotch est très bon. Par exemple, pour les amateurs d'un style plus classique, Macallan fait l'objet d'un culte », explique le spécialiste des scotches whiskies, Philippe Letellier.

Chez les amateurs de whiskies tourbés, Ardbeg, Laphroaig et Lagavullin, trois distilleries voisines de la Reine des Hébrides, ont chacun leur fan-club. Dans le cas d'Ardbeg, toutefois, on pourrait parler de statut de rockstar. Certains détracteurs disent que le marketing a pris le dessus sur la qualité du produit. Les amateurs, eux, défendent leur distillerie chouchou bec et ongles. Ardbeg est-elle encore à la hauteur du culte? Nous avons posé la question à quatre maniaques de malt.

OUI

Jean-François Pilon, président et cofondateur de Whisky Montréal

« J'aime beaucoup les éditions limitées que la distillerie offre à chaque printemps, autour d'Ardbeg Day. Elle fait un effort pour toujours présenter un whisky différent, original, qui reflète bien l'esprit de la maison. Si je peux mettre la main sur un de ces produits, c'est sûr que je le fais. Les folies, l'humour dans la manière dont Ardbeg gère ses communications, c'est vraiment le fun à suivre. Même avec ses produits qui pourraient être juste du vent, du marketing, je suis toujours agréablement surpris. Ce ne sont pas que des bouteilles à collectionner, ce sont des whiskies à boire! »

Dans la collection Ardbeg de Jean-François Pilon en ce moment: Alligator, Ardbog, Corryvreckan.

OUAIS

Toby Lyle, copropriétaire des pubs Burgundy Lion et Bishop & Bagg

« Depuis longtemps, j'ai une préférence pour les whiskies d'Islay: Laphroaig, Lagavullin et, bien sûr, Ardbeg. Mais contrairement à bien des buveurs de scotch, je ne suis pas fidèle à une seule marque. Je trouve que les éditions spéciales d'Ardbeg sont intéressantes en dégustation, mais c'est le 10 ans que je préfère. Il est simple, constant, toujours fait de la même manière, sans finition dans des fûts non traditionnels. Quand il fait une température d'Écosse, avec du vent et de la pluie, j'aime me réchauffer après le souper avec un Ardbeg 10 ans. C'est un classique dont je ne me tanne jamais. »

Le single malt Ardbeg préféré de Toby Lyle: vous l'aurez deviné!

OUI, MAIS...

Philippe Letellier, barman au 132 bar vintage, expert en spiritueux et propriétaire des Dégustations La Part des anges

« J'aime beaucoup Ardbeg. Le Uigeadail et le Corryvrecken sont à se jeter par terre. Le 10 ans, c'est le classique, le représentant du culte qui a toujours été là et le sera toujours. Quant aux éditions limitées qui sortent chaque année, elles s'adressent à une nouvelle génération d'amateurs de whisky. On veut de plus en plus d'originalité. La rareté et le prix des fûts de sherry et du chêne européen font en sorte que les distilleries se tournent vers des options moins traditionnelles pour la finition de leurs scotches et s'éparpillent peut-être un peu, comme Bruichladdich. Mon seul bémol, en ce qui concerne Ardbeg, c'est qu'il ne faut pas non plus se laisser berner par le marketing. Certains des produits plus «originaux», comme Supernova et Galileo, se vendent assez cher. Est-ce que la qualité est à la hauteur du prix? Il faut garder son esprit critique. »

Dans la collection Ardbeg de Philippe Letellier en ce moment: Uigeadail, Corryvrecken

PAS VRAIMENT

Sébastien Collin, conseiller en thé et animateur d'ateliers thé et scotch chez Camellia Sinensis.

« Une des premières bouteilles de single malt que j'ai achetées de ma vie, vers 2001, c'était un Ardbeg. Une partie du scotch qu'elle contenait avait été produite selon l'ancienne méthode (pré -1989), qui donnait une grande complexité aromatique au single malt, avec des arômes d'espresso très présents, mais aussi un peu de poisson fumé, des notes citronnées, etc. Il y a quelques années, quand j'ai racheté un 10 ans pour presque 30 $ de plus, j'ai été déçu. Je l'ai trouvé beaucoup plus mince, moins complexe. Entre-temps, j'ai découvert d'autres scotches. À la maison, j'ai le Uigeadail et le 10 ans, mais je n'y touche pratiquement jamais. Il y a d'autres bouteilles que je préfère boire. Pour le même prix que le Uigeadail (environ 150 $), je vais acheter un Laphroaig 18 ans ou un Benriach 21 ans. »

Dans la collection Ardbeg de Sébastien Collin en ce moment: Uigeadail et 10 ans

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