Le whisky «Made in France» sauve un distillateur

Céline Casta pose avec des bouteilles de whisky... (PHOTO ERIC CABANIS, AFP)

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Céline Casta pose avec des bouteilles de whisky Villanova produit à la distillerie de Villeneuve-sur-Vère.

PHOTO ERIC CABANIS, AFP

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Loïc VENNIN
Agence France-Presse
VILLENEUVE-SUR-VÈRE

Le dernier alambic ambulant du Tarn, quasi centenaire, semblait condamné par la désaffection pour les eaux-de-vie traditionnelles, mais il est maintenant sauvé par le projet un peu fou de faire un whisky «Made in France».

Au milieu des champs de céréales et des vignes, l'alambic en cuivre de «Papy Gilbert» crache toujours ses volutes de vapeur et, ce, depuis 1929.

Dans sa jeunesse, le bouilleur de cru ambulant battait la campagne, distillant fruits et raisins.

«La tradition voulait qu'après chaque repas familial, on ouvre le placard à eaux-de-vie et marcs. Et les invités choisissaient», se souvient Céline Castan, épouse du propriétaire héritier de la distillerie.

«Mais les alcools blancs ne sont plus à la mode. Les jeunes, ils ne boivent plus de digestifs. À partir de 2009, nos ventes d'alcools blancs ont reculé de 5 à 10 % par an. En revanche, les Français prennent toujours un apéritif et souvent du whisky», explique Mme Castan.

Les Français sont les troisièmes consommateurs au monde de whisky (en volume), devant même les Britanniques, mais derrière les Américains et les Indiens (premiers), selon des chiffres de 2013 de la firme de recherche marketing International Wine & Spirit Research (IWSR), basée à Londres.

Surfant sur la tendance, l'Hexagone n'a pas tardé à produire son propre whisky à la fin des années 90. Aujourd'hui, on compte une vingtaine de whiskies français, dont certains ne sont en fait que vieillis dans l'Hexagone, après avoir été distillés à l'étranger.

«On parle du ''Made in France'' partout. Les Français reviennent aux produits français», souligne Sébastien Castan, l'héritier propriétaire.

«Alors on s'est dit: pourquoi pas nous?», renchérit son épouse, dynamique chef d'entreprise qui a abandonné un travail de bureau pour rejoindre l'exploitation.

Les Castan abandonnent donc la distillation ambulatoire pour se lancer dans un produit qu'ils ne connaissent pas du tout. «J'ai tout appris sur le tas», reconnaît Sébastien Castan.

Bientôt l'export

La petite entreprise importe du malt (céréale germée) de Belgique, car le climat du Sud-Ouest n'est pas propice à une céréale propre à faire du whisky.

Mais le reste est entièrement fabriqué sur place: le moût (malt brassé) est fait avec l'eau d'un forage creusé à 115 mètres sous la distillerie même, avant de passer par l'alambic à colonnes.

Ce type d'alambic, normalement utilisé pour les alcools de fruits, mais rarement pour le whisky, donne sa douceur à la production Castan, explique le propriétaire, le nez dans un verre de dégustation où repose un fond d'or jaune pâle.

Un an à un an et demi de maturation en fûts de chêne neufs, puis environ autant en tonneaux ayant accueilli du vin blanc et le «Single Cask Pure Malt» est prêt à être consommé sous l'étiquette «Villanova», traduction en occitan de Villeneuve-sur-Vère, nom de la commune qui abrite la distillerie près d'Albi.

Les mille premières bouteilles, commercialisées en avril 2013, sont toutes réservées, avant même leur sortie des fûts.

Fort de ce succès, l'alambic de «papy Gilbert», dont les effluves de moût d'orge ont remplacé celles de coings et de cerise, s'apprête à décupler ses efforts: en 2015, la production doublera, avant de tripler d'ici à 2018, pour atteindre «15 000 à 20 000 bouteilles» contre 6000 environ aujourd'hui, explique M. Castan.

Et la petite distillerie va bientôt exporter: «des Belges, des Américains, des Allemands sont intéressés», affirme son épouse.

Face au boom des whiskies, les alcools blancs ne représentent plus qu'une petite partie de la production.

«Je ne regrette rien. On a tourné la page. Faut pas se leurrer. Les alcools blancs, ça va s'éteindre», lâche l'héritier de la distillerie, réaliste, mais tout de même surpris du chemin parcouru.

«Si on m'avait dit il y a dix ans que je ferais un jour du whisky, j'aurais rigolé», dit ce nouveau spécialiste qui fait dorénavant tous les étés avec son épouse «le tour des distilleries en Écosse».

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