Les vins rosés en conquête à travers le monde

Les rosés se fabriquent à partir de cépages... (PHOTO GERARD JULIEN, ARCHIVES AFP)

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Les rosés se fabriquent à partir de cépages rouges, par macération ou pressurage direct des grappes.

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Anne CHAON
Agence France-Presse
PARIS

Il a la couleur des couchers de soleil et la saveur d'une terrasse en Méditerranée. Moins intimidant qu'en rouge ou blanc, puissamment associé à la Provence, son berceau, le vin rosé a conquis l'Amérique.

En dix ans, les exportations de rosés français ont augmenté de 30 %, pour frôler les 10 millions d'hectolitres et, si la France reste de loin le premier pays consommateur, avec un peu plus de 8 millions d'hectolitres en 2015 (une hausse de 50 % en 10 ans), les États-Unis arrivent en deuxième position et leur marché ne cesse de croître.

En 2015, les ventes de rosé de Provence y ont littéralement explosé, grimpant de 58 % selon le Conseil interprofessionnel des vins de Provence (CIVP), qui a expédié Outre-Atlantique « 31 millions de bouteilles contre 20 et quelques millions en 2014 », selon son directeur général, Eric Dufavet.

L'année 2016 devrait confirmer ces chiffres « spectaculaires », avec déjà une augmentation de 35 % constatée au premier trimestre, ajoute-t-il.

Flots de rosé dans les Hamptons

« Les Américains ont totalement intégré le rosé à la famille des vins » confirme Olivier Brun, à la tête avec ses trois frères du domaine familial de Brigue, au Luc en Provence, dans le Var. « Il est facile d'accès, pas besoin d'être un expert pour l'apprécier ».

Il réalise 70 % de son chiffre d'affaires à l'export, dont la moitié aux États-Unis, « notre premier marché » indique-t-il en citant notamment la Floride et la Californie, New York et, depuis peu, Chicago.

« Là-bas, le rosé se déguste en toute saison même dans les villes les plus froides. Et l'été, il coule à flots dans les chics Hamptons », les Saint-Tropez de Long Island où séjournent les riches New Yorkais.

Pour Olivier Brun, « les ventes de rosé aux États-Unis ont commencé à décoller il y a une dizaine d'années grâce aux efforts de gros domaines comme Ott et d'une petite maison pionnière, le Château de Peyrassol ». Et 2016 s'annonce au mieux: il a réalisé en quatre mois depuis janvier autant de ventes à l'export que sur toute l'année 2015, soit « 200 000 cols, à 70 % vers les États-Unis ».

Pour la Provence, l'exportation représente désormais 21 % des ventes de vins rosés, indique Eric Dufavet. « Elles ont été multipliées par quatre en 10 ans. Au Royaume-Uni, on a enregistré une hausse de 35 % des ventes en 2015 et la tendance se confirme sur 2016 », précise-t-il.

La Provence avec ses 600 producteurs n'est pas la seule région à faire naître le rosé: il y a aussi le Languedoc, le Val de Loire et la vallée du Rhône. « Mais elle détient 39 % du marché des appellations contrôlées » (les AOC), souligne M. Dufavet.

Et le CIVP a capitalisé sur la vague Peter Mayle, écrivain américain qui racontait ses saisons magnifiques en Provence sur fond de lavandes et cigales. Et profité de « l'effet Jolie-Pitt », quand le célèbre couple Brad-Angelina a investi le château de Miraval et ses bouteilles de nectar orangé.

Travail de précision

Mais c'est surtout le fruit du travail opéré sur un vin réputé difficile à réussir et à conserver. En 1999, la filière a créé un centre d'expérimentation à Vidaudan (Var) afin « d'optimiser la qualité » des vins. Résultat: « on arrive à des couleurs pâles, élégantes, prisées sur le marché américain qu'on parvient à maitriser sans toucher aux qualités aromatiques et gustatives », explique Eric Dufavet.

Les rosés se fabriquent à partir de cépages rouges, par macération ou pressurage direct des grappes. Contrôler la migration de la couleur exige une grande précision. « Il faut savoir se lever en pleine nuit, un peu comme la cuisson ultra-précise d'un grand chef », résume Philippe Faure-Brac, meilleur sommelier du monde en 1992.

Pour lui, le boom sur les rosés s'explique d'abord par le bond technique de leur fabrication. Sans négliger la séduction qu'ils opèrent, « bien moins intimidants que des blancs ou des rouges, faciles d'accès, dont la pâleur rassure comme si elle témoignait de leur légèreté, ce qui est faux. Et qui se marient facilement aux cuisines exotiques ».

Le rosé est d'ailleurs le seul marché du vin qui progresse aujourd'hui, rappelle Olivier Brun, qui se garde de tout excès de confiance. « Désormais, tout le monde se met à faire du rosé, une belle concurrence arrive, comme le rosé de Mendoza en Argentine ». Lui se tourne déjà vers l'Asie.

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