Le Muscadet rivalise avec les grands vins

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La route du Muscadet serpente à travers des vignobles qui s'étendent à l'infini.

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Anne-Sophie LASSERRE
Agence France-Presse
GORGES

Trois crus communaux déjà reconnus et quatre en passe de l'être: depuis 15 ans, les vignerons du Muscadet, désireux de rompre avec l'image de «petit blanc» nantais, façonnent des vins haut de gamme issus de leurs meilleurs terroirs, qui rivalisent désormais avec les plus grands.

À l'origine de ce long travail de hiérarchisation au sein du plus vaste vignoble mono-cépage blanc en France, la «conviction» de cinq vignerons de Gorges (Loire-Atlantique) de détenir dans leurs caves «des vins d'excellente qualité, sur des vignobles tardifs», mais échappant à toute distinction, retrace l'un de ces pionniers, Thierry Martin, à la tête avec son frère jumeau du domaine Martin-Luneau.

«Chez tous les vignerons, il y avait des cuvées spéciales des meilleurs terroirs qui étaient des vins de garde. On parlait de muscadets de garde même à la fin du XIXe, mais c'est resté un usage local. Il y a eu une prise en main des vignerons pour faire comprendre la complexité et la diversité des muscadets», renchérit Romain Mayet, ingénieur responsable des crus communaux à la Fédération des vins de Nantes.

Car si le cépage du Muscadet, le melon de Bourgogne, est unique, les vignes sont situées sur «une mosaïque de terroirs», chaque sous-sol (granit, gabbro, schiste ou gneiss) donnant aux vins «des qualités et des expressions différentes», explique-t-il.

Pour différencier les appellations communales des quatre autres AOC du Muscadet, les vignerons engagés depuis 2001 dans cette démarche de reconnaissance auprès de l'Institut national de l'origine et de la qualité (INAO) définissent ensemble un cahier des charges «exigeant». Outre la sélection des terroirs, ils limitent les rendements à 45 hectolitres par hectare (contre 55 hl pour un Muscadet Sèvre-et-Maine et 65 hl pour le Muscadet générique) et imposent un élevage sur lies fines de 18 à 24 mois minimum, détaille Thierry Martin.

Dix ans plus tard, en 2011, les trois premiers crus communaux du Muscadet (gorges, clisson, le pallet) sont officiellement reconnus par l'INAO, «le summum» pour les vignerons qui ont «travaillé ardemment sur ces crus», souligne le vigneron.

«Engouement» à l'étranger

Malgré «des déboires au départ», car «dans la tête de beaucoup de gens, le Muscadet est un vin à boire rapidement», Vincent Perraud, exploitant à Clisson, doit maintenant «freiner les exportations, aux États-Unis où il y a un engouement notamment, car on n'a pas assez de bouteilles», «6500 de cru clisson en moyenne sur les quelque 85 000» bouteilles de différents vins produites au domaine des Cognettes, repris avec son frère en 1989.

«C'est plutôt agréable, vu le contexte», s'empresse-t-il d'ajouter, jetant un oeil, sécateur en main, au travail des vendangeurs en train de récolter manuellement les raisins d'un «millésime 2015 qui va faire du bien», après de «petites récoltes» les années précédentes.

À quelques kilomètres de là, sur la commune de Tillières (Maine-et-Loire), Jean-Yves Bretaudeau aussi «sent bien un engouement depuis quelques années» pour ce «vin d'excellence», vendu «trois à quatre fois plus cher qu'un muscadet classique», même s'il «commence à trouver le temps un peu long», le cru mouzillon-tillières sur lequel il travaille depuis près de 15 ans n'ayant toujours pas été officiellement reconnu par l'INAO.

Ce futur cru, ainsi que trois autres (monnières-sainte-fiacre, goulaine et château-thébaud) en cours d'instruction, devraient obtenir la précieuse distinction «début 2016», tandis que deux autres (vallet, la haye-fouassière) sont à un stade «moins avancé», selon l'Interprofession des vins du Val de Loire.

Au total, ces neuf appellations «concernent une centaine de vignerons» et «5000 hectolitres sur environ 400 000 hl commercialisés» dans le Muscadet, indique François Robin, délégué régional InterLoire.

«Les crus, c'est une petite production qui restera toujours marginale, mais qui permet de tirer l'ensemble de l'appellation vers le haut», se réjouit Thierry Martin. «Aujourd'hui, moi vigneron du muscadet, je n'ai pas honte de mettre en avant nos crus par rapport à un chablis ou un grand bourgogne blanc», affirme-t-il.

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