Une «french touch» pour faire du vin en Virginie

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Matthieu Finot, par goût du défi, de la liberté de créer ou du pays lui-même, s'est installé en Virginie.

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Fabienne FAUR
Agence France-Presse
CROZET

«Je devais rester un an et je ne suis jamais parti.» Comme Matthieu Finot, par goût du défi, de la liberté de créer ou du pays lui-même, des vignerons français s'installent en Virginie faire le vin dont rêvait Thomas Jefferson, il y a deux siècles.

Sur «20 km autour d'ici, il y a cinq vignerons français», dit à l'AFP ce maître de chai originaire de Crozes-Hermitage (Drôme), en s'affairant autour des cuves du King Family Vineyards à Crozet, non loin des Appalaches (est des États-Unis), où s'achèvent les vendanges.

Ce vignoble de 12 hectares, entouré de grillages - «On a des ours ici», s'amuse M. Finot - est à moins de 30 km de Monticello, le domaine de Thomas Jefferson (1743-1826), troisième président américain, botaniste et amateur passionné de vins français.

Là, la figure tutélaire de ce coin de Virginie a combattu en vain, avec les petits moyens de l'époque, la chaleur, l'humidité et le phylloxéra attaquant les ceps européens qu'il avait voulu planter.

Ironie de l'Histoire, deux siècles plus tard, sur la trentaine de vignobles entourant Charlottesville, la grande ville de la région, sept sont tenus par des Français venus comme M. Finot «faire du vin virginien avec ma culture française».

«On est un peu tous venus par hasard, je ne crois pas qu'il y en avait un seul qui avait l'intention de rester», raconte le quadragénaire.

BTS de viticulture en poche, lui-même a bourlingué en Afrique du Sud, Nouvelle-Zélande et Californie avant de s'installer il y a dix ans en Virginie, où il a fondé une famille. «Il y avait moyen de faire des vins de qualité ici», dit-il.

A 10 km de là, Benoît Pineau, 33 ans, est «arrivé pour faire une saison» et est resté, après avoir parcouru l'Australie, le Chili et le Canada. Il dirige depuis trois ans le chai de Pollak Vineyards.

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Benoît Pineau

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Une industrie jeune

Tous deux travaillent des cépages français, cabernet franc, malbec, petit verdot, viognier, chardonnay. «Mes méthodes sont françaises, mais il faut s'adapter aux conditions d'ici», dit Benoît Pineau.

«On essaye de développer un style qui correspond le mieux à ce qui pousse ici, abonde Matthieu Finot. Il y a d'un côté le terroir, le sol, le temps, le vent, de l'autre la manière de traiter le raisin, avec une French touch.»

La vie est agréable en Virginie, les revenus confortables, et l'engouement récent pour le vin régional «passionnant», disent-ils, mais pas seulement.

«C'est plus facile d'être ici qu'en France», estime Bruno Pineau, «on a plus de liberté, on peut planter ce qu'on veut comme on veut, on peut tailler comme on veut», loin des chartes à respecter d'une AOC française.

«On est beaucoup trop régulé sur tout» en France, renchérit Matthieu Finot. Aux États-Unis, «tout est régi par la loi du marché, il n'y a pas d'aide de l'État. Si quelqu'un ne vend pas son vin, il ne va pas aller brûler les préfectures pour se plaindre. Cela laisse une liberté qu'il faut savoir gérer», dit-il.

Le vin de Virginie, qui n'existait quasiment pas il y a 40 ans, est à la mode, dans le sillage de l'engouement pour le ''consommer local''. En 20 ans, le nombre d'entreprises viticoles a quintuplé, à 230 aujourd'hui, la plupart des exploitations familiales, avec caveau à visiter et dégustations très courues des touristes le week-end.

«C'est une industrie jeune ici, le vin s'améliore, ça ne se fait pas en un jour», assure Carrington King, dont la famille d'origine texane a investi dans ce terroir.

L'intérêt des Américains pour le vin ne cesse aussi d'augmenter, souligne-t-il.

Selon l'OIV (Organisation internationale de la Vigne et du Vin), les États-Unis sont d'ailleurs devenus cette année le premier marché intérieur pour le vin, en volume, dépassant ainsi la France.

«Le fait d'être français ne fait pas obligatoirement un bon oenologue», remarque Matthieu Finot, en saluant ses collègues espagnols ou italiens tout aussi talentueux selon lui. «Mais c'est demandé, comme les boulangers et les cuisiniers. On a une réputation qui nous permet de voyager, c'est une chance.»

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