«Viticulture extrême» en Bolivie

Les coups de sécateur claquent et les grappes s'empilent dans des cageots en... (PHOTO REGIS DUVIGNAU, REUTERS)

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Reza NOURMAMODE
Agence France-Presse
Tarija, Bolivie

Les coups de sécateur claquent et les grappes s'empilent dans des cageots en plastique. C'est la fin mars et les vendanges se déroulent comme dans n'importe quel vignoble, sauf qu'à Tarija, les parcelles s'étagent entre 1700 et 2400 mètres d'altitude, sur les contreforts de la cordillère des Andes.

«C'est une viticulture extrême», explique l'oenologue Nelson Sfarcich, qui travaille pour plusieurs «bodegas» (caves à vin, NDLR) de Tarija, une région de vallées située au sud de la Bolivie, près de la frontière argentine.

Cette haute altitude combinée à un climat chaud et sec et des sols calcaires a forgé un terroir particulier: «Nous devons faire plus d'efforts que d'autres pour obtenir des vins de qualité. Il nous a fallu des années d'étude, de micro-vinification, pour définir quels cépages étaient les mieux adaptés», raconte-t-il.

«C'est le cas du Côt et du Merlot. Le Tannat fonctionne aussi très bien, ou encore le Petit Verdot. Ils donnent des vins avec beaucoup d'arômes de fruits rouges, comme la myrtille ou la prune. Nos vins blancs vont plutôt vers des arômes d'ananas ou citriques», explique M. Sfarcich.

Si cette viticulture sous des latitudes extrêmes ne convient pas à de nombreux cépages classiques, le fait que Tarija ne compte que très peu de jours de froid dans l'année permet tout de même d'obtenir des rendements et une qualité intéressante, note l'oenologue, à l'image des terroirs sud-africain et australien.

Quant à la question de la raréfaction de l'oxygène, elle ne se pose pas en deçà de 2500 mètres d'altitude.

Introduit dans la région au XVIIe siècle par les jésuites espagnols, le vin n'a jamais séduit massivement les Boliviens, qui n'en consomment qu'un peu plus d'un litre par personne dans l'année, très loin par exemple des 54 litres bus par les Français.

«La viticulture s'est industrialisée ici il y a à peine quinze à vingt ans», souligne Nelson Sfarcich. «Les Boliviens s'intéressent au vin depuis peu de temps mais la consommation augmente petit à petit et notre défi est d'inclure le vin dans le régime de nos compatriotes».

Les viticulteurs boliviens voient également au-delà de leurs frontières. Jose Luis Porcel, le président de l'Association nationale des industries vitivinicoles (ANIV) est confiant en l'avenir : «Nous avons déjà exporté en Espagne, aux États-Unis, au Canada ou encore en France, mais dans des petits volumes. Ça nous a surtout servi en termes d'image. Les retours sont positifs et nous pouvons affirmer qu'à moyen terme, nous pourrons consolider nos exportations».

Un créneau marketing à exploiter

«Il ne faut pas oublier que nos raisins sont produits à environ 2000 mètres au-dessus du niveau de la mer. Nous pouvons donc parler de "vins d'altitude", ce qui nous offre un créneau marketing pour la commercialisation que nous, Boliviens, n'avons pas encore exploité».

Jose Luis Porcel affirme aussi que les «bodegas» de Tarija ont la capacité d'augmenter leur production, qui n'est pour l'instant que de 5,5 millions de litres par an, avec environ 2500 hectares de vignes, contre plus de 210 000 hectares en Argentine.

«Nos bouteilles ont gagné quelques prix à l'étranger et cela surprend le monde du vin», raconte fièrement Javier Castellano à une trentaine de touristes venus d'Europe et d'Amérique latine pour parcourir la «Route du Vin» de Tarija, un circuit d'environ quarante kilomètres dans un vert paysage de vallées. On y visite notamment des «bodegas» familiales qui produisent encore un vin fort et sucré de façon artisanale.

Le guide touristique estime que le décollage de la viticulture locale a dopé le tourisme dans la région: «Tarija n'a jamais été une destination pour ceux qui visitent la Bolivie. Mais aujourd'hui, le principal produit touristique de la région, c'est le tourisme oenologique. C'est grâce au vin par exemple que l'affluence de touristes européens est en train de croître fortement».

Quinze ans à peine après le passage à l'échelle industrielle, l'activité vitivinicole bolivienne pèse déjà environ 35 millions d'euros et fait vivre directement quelque 4000 familles, d'après les chiffres de l'ANIV.

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