Combat des vins: Gagliano gagne avec un rouge québécois

Au cours de l'élection de 1995, alors qu'Alfonso... (Photo Alain Roberge, La Presse)

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Au cours de l'élection de 1995, alors qu'Alfonso Gagliano est député, il tombe sous le charme de la région des Cantons-de-l'Est. Il achète 80 plants de la variété baco noir et les plante dans sa cour à Saint-Léonard.

Photo Alain Roberge, La Presse

 

Karyne Duplessis Piché, collaboration spéciale
La Presse

(Dunham) À la fin du mois de janvier dernier, La Presse lançait son combat des vins. Le but? Vous faire déguster des vins connus. Et des vins moins connus. Et ça a fonctionné: des centaines de lecteurs ont voté chaque semaine pour leur vin préféré. Des 16 vins choisis au départ, deux seulement étaient québécois. Et, surprise, l'un d'eux, le Tinello 2010 du vignoble Gagliano, à Dunham, a remporté la faveur populaire... devant des vins français, espagnols et californiens notamment. Nous avons décidé de visiter le vignoble de l'ancien ministre Alfonso Gagliano, histoire de voir comment on y fabrique du vin avec des cépages comme le frontenac noir et le sabrevois.

Quand il a pris la barre de son vignoble, Alfonso Gagliano avait un rêve: celui d'élaborer un bon vin rouge au Québec. Avec ses cuvées Tinello et Frontenac noir, l'ancien politicien croit y être arrivé.

Alfonso Gagliano élaborait son propre vin bien avant d'acheter son vignoble dans les Cantons-de-l'Est en 2008. L'homme d'origine italienne a commencé dans les années 70 à vinifier ses premières cuvées avec des raisins achetés au marché Jean-Talon.

«Avant mon mariage en 1965, je ne buvais pas de vin, raconte-t-il. Quand j'ai reçu mon beau-père à la maison pour la première fois avec une bouteille achetée à la Régie, il était insulté. J'ai donc commencé à faire mon vin.»

Mais les vins maison de l'époque ont tous le même problème: ils se transforment en vinaigre au printemps. Alfonso Gagliano décide alors de prouver à son beau-père qu'il est possible de faire du vin et non du vinaigre au Québec. Il achète des livres d'oenologie et apprend les bases de la vinification.

C'est pendant les élections de 1995, alors qu'il est député, qu'il tombe sous le charme de la région des Cantons-de-l'Est. Il y découvre les vins québécois et les cépages hybrides. Il achète 80 plants de la variété baco noir et les plante dans sa cour à Saint-Léonard. Après son départ controversé de la politique au milieu des années 2000, il décide de transformer sa passion en métier.

L'amour du frontenac et du bois

La famille Gagliano achète en 2008 le vignoble des Blancs Coteaux à Dunham. La majorité des 10 hectares sont plantés avec le cépage frontenac noir. L'ancien ministre ne cache pas qu'être à la tête d'un domaine viticole est beaucoup plus compliqué que d'élaborer ses cuvées maison.

«Le vinificateur, c'est moi, dit-il. Mais j'avais besoin d'aide.»

Il fait appel à l'entreprise OEnoquébec pour vinifier ses vins. Cette compagnie formée de trois oenologues offre son expertise à différents domaines de la province. Elle conseille Alfonso Gagliano sur les variétés à utiliser et sur les méthodes de vinification. Selon le l'oenologue et consultant Jérémie D'Hauteville, une des forces de ce vignoble est la présence du frontenac noir.

«Le frontenac a trouvé son équilibre ici, explique M. D'Hauteville. Il a moins d'acidité que sur d'autres terroirs.»

Pour réduire davantage l'acidité dans ses raisins, il attend le dernier moment, à l'automne, pour récolter ses fruits. Si bien qu'au dire de son fils, la rumeur circule au village de Dunham, que les Gagliano croient que les fruits se vendangent tout seul.

C'est d'ailleurs ce que confirme son voisin au vignoble de l'Orpailleur, Charles-Henri De Coussergues.

«C'est lui qui ramasse le plus tard dans la région, dit-il. J'ai toujours peur que ses raisins tombent. Il prend le maximum de risques pour que ses raisins soient mûrs.»

Et cette stratégie a un prix, puisque Gagliano perd 10 à 20% de ses fruits, devenus trop secs à la fin du mois d'octobre.

Les cuvées Gagliano

«Je crois que tous les vins rouges doivent être élevés en barrique», dit-il fièrement en montrant ses 24 fûts de chêne américain. Ces barriques sont chères: 400$ l'unité. Ce n'est donc pas tous les vins du domaine qui sont vinifiés sous bois.

La cuvée Tinello, assemblage de 60% de frontenac noir et de 40% de sabrevois, est ainsi élaborée en cuve inox. M. Gagliano ajoute sa petite touche boisée en versant des copeaux non grillés pendant la première fermentation de son vin, avant de les enlever. Il les ajoute de nouveau, cette fois grillés, après la deuxième fermentation.

«Les copeaux enlèvent tout le goût herbacé des vins québécois», assure-t-il.

Selon lui, la meilleure cuvée du domaine est la Frontenac noir, élaborée à 100% avec ce cépage, et qui passe 10 mois dans des barriques de chêne. C'est également la préférée de son oenologue. Avec ce vin, Alfonso Gagliano dit avoir enfin réalisé son rêve, celui d'élaborer un bon vin rouge au Québec. Il rêve maintenant de produire un grand cru avec ses raisins.

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À la fin du mois de janvier dernier, La Presse lançait son combat... (Photo AFP) - image 2.0

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Oenoquébec : des oenologues consultants

Jérémie D'Hauteville et Richard Bastien ont fondé en 2006 la première firme québécoise de consultants en oenologie pour les vignerons. Ils forment et conseillent aujourd'hui une quarantaine de vignobles et de cidreries dans la province.

«On fait un encadrement technique, explique Jérémie D'Hauteville. On rencontre chaque vigneron une dizaine de fois par année.»

Le spécialiste croit au potentiel des vins québécois. Il estime néanmoins que les cuvées gagneraient à passer plus de temps en cuves et à être gardées une année en bouteille avant d'être mises en marché. De cette manière, les vins seraient plus équilibrés et plus évolués. Mais pour des considérations d'ordre financier, ce n'est pas possible pour la majorité des vignobles, reconnaît-il.

La présidente de l'Association canadienne des oenologues, Barbara Jimenez Herrero, s'est jointe à leur équipe l'an dernier.

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