Comment Pékin veut conquérir le monde techno

Richard Yu, PDG la branche grand public du... (Photo Christof STACHE, archives Agence France-Presse)

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Richard Yu, PDG la branche grand public du groupe chinois de télécoms Huawei, a présenté son Mate 10 à Munich le 16 octobre, quelques jours après le dévoilement par Apple de son iPhone X.

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Richard Dupaul

Le mois dernier, à Munich, le géant chinois Huawei dévoilait son plus récent téléphone intelligent, doté d'un processeur intégrant l'intelligence artificielle. Une petite merveille, au dire de son créateur, capable de traduire des langues, d'opter pour le meilleur mode photo ou d'organiser vos dossiers.

L'entreprise de Shenzhen (sud de la Chine) a présenté son Mate 10, quelques jours après le dévoilement par Apple de son iPhone X. Un choix de calendrier vu comme un affront au géant américain.

Nouveau numéro trois mondial derrière Samsung et Apple, Huawei s'est hissé au sein du premier trio de l'industrie en moins de cinq ans. Avec des investissements massifs pour monter en gamme, le fabricant chinois est désormais le principal concurrent du sud-coréen et de l'américain.

Or, l'ascension spectaculaire de Huawei n'est qu'un exemple de ce que prépare la Chine.

Pékin a confirmé ses intentions lors du 19e congrès du Parti communiste, à la mi-octobre. Mais le reste du monde commence à peine à saisir l'ampleur du plan chinois.

Le gouvernement entend mettre tout son poids dans les technologies de pointe, comme l'intelligence artificielle, l'informatique et les voitures électriques.

D'ici à 2020, l'objectif est de consacrer 2,5 % du PIB national à l'innovation, contre un peu moins de 2 % actuellement et à peine 1 % il y a 10 ans. Par comparaison, le Canada investit l'équivalent de 1,6 % de son économie en R et D, selon la Banque mondiale.

BAIDU, ALIBABA ET LES AUTRES

Déjà, les vedettes montantes de la techno chinoise font des progrès spectaculaires.

Outre Huawei, il y a Baidu (moteur de recherche), Alibaba (commerce en ligne), Tencent (WeChat), Xiaomi (électronique, télé)... autant de nouveaux dragons du numérique, nés à la fin des années 90, qui concurrencent déjà de plein fouet les Google, Amazon, Facebook et Apple de la Silicon Valley.

Avec un marché intérieur potentiel de 750 millions d'internautes chinois, contre 300 millions aux États-Unis et 410 millions en Europe, ces entreprises ont un avantage considérable... et de grandes ambitions.

À titre d'exemple, Alibaba vient d'annoncer qu'elle investira 15 milliards US d'ici trois ans en R et D, soit une hausse de 60 % par rapport à son budget habituel.

L'ARGENT DE L'ÉTAT

Avec une croissance économique de plus de 7 % annuellement depuis 15 ans, l'empire du Milieu ne manque pas de moyens financiers.

C'est d'ailleurs en Chine que les investissements technologiques sont les plus importants en Asie. De l'ordre de 50 milliards US en 2016 contre 1 milliard US en 2010, selon le centre européen de recherche Bruegel.

Dans le secteur très prometteur de l'intelligence artificielle (IA), la Chine investira 13,5 milliards US d'ici trois ans pour s'emparer d'un marché évalué à 150 milliards US. Baidu et Tencent sont déjà très actifs sur ce terrain, ayant récemment établi des centres de recherche aux États-Unis.

« La Chine mène l'assaut pour une raison - l'État est derrière l'offensive », affirmait la semaine dernière à l'agence Dow Jones le directeur de la recherche en IA pour la firme américaine IDC, M. Chwee Kan Chua.

CHAMPION DE LA R ET D

L'offensive de la Chine dans les secteurs de pointe était à prévoir, car cela fait cinq ans que le géant asiatique a entrepris une grande transformation. Son objectif : passer du statut d'« usine du monde » à celui de centre technologique planétaire.

La Chine représente déjà près de 20 % des dépenses mondiales en R et D, selon Bruegel.

« Après les États-Unis, la Chine publie plus d'ouvrages scientifiques que tout autre pays au monde [...], notamment dans les domaines de l'informatique et de l'ingénierie », signale Bruegel.

Outre l'argent qui coule à flots, la Chine a de plus en plus de compétences pour s'imposer dans les technos.

Pas moins de 8 millions de diplômés vont sortir des universités chinoises en 2017, avance une nouvelle étude du Forum économique mondial. Une véritable armée du savoir.

C'est presque 10 fois plus qu'en 1997, plus du double du nombre annuel de diplômés aux États-Unis et plus de 2o fois ceux au Canada.

Or, ces efforts colossaux indiquent que la « China Tech » ne restera pas sagement campée derrière la Grande Muraille. Contrairement à l'armée de soldats en terre cuite de l'empereur Qin, la techno chinoise est bien vivante. Et elle a envie de conquêtes.




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