La télé mobile risque de provoquer une redistribution des cartes

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Commencer à regarder une série dans son salon, continuer dans la cuisine sur sa tablette et poursuivre sur un téléphone intelligent est encore difficile en Europe, alors que des câblo-opérateurs américains proposent déjà ce service.

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Lucie GODEAU
Agence France-Presse
MONTPELLIER

Pouvoir regarder la télé n'importe où et n'importe quand : de plus en plus la télé se consomme à emporter sur une tablette ou un téléphone intelligent, avec à la clé des défis pour les diffuseurs, les réseaux et les acteurs traditionnels de la télévision.

«Avant on devait choisir entre une connexion rapide fixe et la mobilité. Maintenant les gens ont choisi, ils veulent une mobilité infinie et ils attendent des opérateurs qu'ils leur fournissent des contenus partout et se fichent bien des technologies qui sont derrière», a souligné mercredi Michel Combes, le patron de l'équipementier Alcatel-Lucent, à la conférence Digiworld sur le monde numérique à Montpellier.

Dès 2020 la vidéo devrait représenter plus de la moitié (55%) du trafic des données pour les terminaux mobiles, selon une étude Ericsson présentée au Digiworld.

Pour la première fois en 2013, la consommation de télévision devant un poste classique a commencé à décroître en France, selon les chiffres de Médiamétrie, une désaffection encore marginale pour l'ensemble de la population qui a quand même regardé en moyenne 3 h 46 par jour le petit écran l'an dernier. Mais elle est plus marquée chez les jeunes, alors que le visionnage sur terminaux mobiles au contraire est en croissance.

La version mobile du iplayer, la plateforme numérique pionnière de la BBC, a été adoptée de façon massive dès sa mise en service en 2011 en Grande-Bretagne, explique David Berlin, responsable des applications mobiles de la BBC.

«40% des utilisateurs de l'iplayer sont sur mobile». Ils regardent avant tout sur téléphone des comédies et des programmes pour enfants et sur tablettes des séries, explique-t-il.

Avec la télévision de rattrapage, on peut regarder les programmes à peu près n'importe quand, «pour ce qui est du 'n'importe où' on est plus en difficulté, les réseaux se développent rapidement mais ne permettent pas une couverture évidente, une stabilité totale du signal», souligne pour l'AFP Florence Le Borgne, spécialiste de la télé et des contenus digitaux du centre de réflexion Idate.

Vers une fusion de la télé et de l'internet? 

Commencer à regarder une série dans son salon, continuer dans la cuisine sur sa tablette et poursuivre sans interruption dans les transports sur un téléphone intelligent est encore difficile en Europe, même si des câblo-opérateurs américains notamment proposent ce service.

Aux États-Unis, «on s'enregistre sur une application et sur l'ensemble des terminaux du foyer on peut partager des contenus, les reprendre au même niveau» de visionnage, explique Jérôme Renoux, responsable des ventes pour l'Europe d'Akamaï, l'un des leaders mondiaux des services de «cloud».

Le groupe, qui opère les plateformes de diffusion internet de TF1 ou de France Télévisions notamment, observe que l'offre est moins avancée en France, où les consommateurs sont «moins habitués à payer» ces services.

Dans quelques années, on aura «une fusion complète de la TV et de l'internet», prédit le responsable.

Mais les diffuseurs traditionnels ne sont pas d'accord et voient eux un modèle hybride où la télévision passant par internet cohabitera avec la diffusion par TNT et satellite, qui garantit une qualité «broadcast» à laquelle les téléspectateurs sont habitués.

«Tous les acteurs traditionnels, les chaînes de TV payantes comme gratuites, les radiodiffuseurs ont une crainte de ces nouveaux usages, si demain le broadcast ne fait plus sens, que deviennent TDF, Eutelsat etc...?», souligne Florence Le Borgne.

En France, les grands groupes de télévision musclent leurs plateformes numériques et se résignent à accepter que leurs contenus soient diffusés sur des plateformes de vidéo concurrentes, comme YouTube, quitte à accepter une perte de contrôle.

«Ce qui pose problème aux grandes chaînes généralistes, c'est qu'elles sont en train de perdre les téléspectateurs les plus jeunes. Et ce public est leur future audience, elles ont besoin de les attraper et les fidéliser», commente Florence Le Borgne.

Les opérateurs télécoms auraient pu être les grands gagnants de cette mutation, mais avec l'arrivée d'acteurs OTT (over the top) comme Netflix qui proposent de nouveaux points d'entrée à la télévision stockée dans le nuage informatique (cloud TV) ils craignent aussi d'être marginalisés et de devenir de «simples fournisseurs de tuyaux», relève-t-elle.




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