À Londres, des pintes et des jeux vidéo

Au Meltdown, les clients viennent prendre un verre et... (Photo Marc Gendron, archives La Voix de l'Est)

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Au Meltdown, les clients viennent prendre un verre et regarder une partie de jeu vidéo.

Photo Marc Gendron, archives La Voix de l'Est

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Edouard GUIHAIRE
Agence France-Presse
Londres

C'est un samedi soir dans un bar du nord de Londres et une foule compacte se presse autour du comptoir. Devant un grand écran, on hurle, on encourage, le verre levé. Pas pour un match de football, non. Pour une partie de jeux vidéo.

Le Meltdown est à l'angle de Caledonian et de Bridgeman Road, dans un quartier populaire de la capitale britannique. Les rues, plongées dans une nuit glaciale, sont quasiment désertes.

Vu de l'extérieur, rien ne laisse penser qu'il s'agit d'un bar dédié à «l'e-sport», le «sport électronique», ou bien encore «jeu vidéo de compétition», une pratique née à la fin des années 1990 et qui suscite depuis un intérêt croissant.

Pas de signe distinctif sur la devanture grise de l'établissement. Juste une enseigne, «Meltdown», et le son étouffé d'un remix de Get up, stand up, l'hymne contestataire de Bob Marley, dont les basses puissantes font doucement vibrer les vitres.

Mais dedans, c'est un temple du jeu vidéo.

Autour d'un table, et d'un empilement vertigineux de pintes de bière, des jeunes ont les yeux rivés sur un écran retransmettant en direct un tournoi de League of Legends, un des jeux en ligne les plus courus.

«Allez, vas-y, mais vas-y!», s'écrie une jeune femme en bas noirs, short et top rayé, et dont les doigts fins pianotent avec dextérité sur le clavier virtuel de son téléphone pour commenter la rencontre sur Twitter.

Le «Starbucks» du jeu vidéo

Ici, les clients viennent prendre un verre et regarder une partie de jeu vidéo, quand ailleurs on vient pour le football ou le rugby, et la carte propose opportunément des cocktails faisant directement référence à cet univers de pixels.

Mélange fruité de rhum, citron vert, mangue, framboise et fruit de la passion, le «Shoryuken» tire ainsi son nom de Street Fighter, l'un des jeux les plus célèbres de l'histoire des jeux vidéo.

Le Meltdown, qui n'a guère d'équivalent dans tout le Royaume-Uni, est le rejeton d'une chaîne de bars lancée en France par quelques passionnés.

Le tout premier, un modeste 40 m2 dans le quartier République à Paris, ouvre ses portes en 2012. Le succès est immédiat.

«On s'est rendu compte qu'il y avait beaucoup de joueurs qui avaient envie de sortir de chez eux, de boire un verre et de faire la fête», explique Sophia Metz, un des fondateurs.

«Six mois plus tard, on a ouvert à Berlin, puis à Londres (en 2013). Aujourd'hui on a neuf bars», dit-elle, en lorgnant désormais du côté des États-Unis.

«L'e-sport, c'est encore un marché de niche, mais c'est un marché qui monte», ajoute Sophia, qui se plaît à imaginer les Meltdown comme les «Starbucks» du jeu vidéo.

Ici, les clients viennent aussi jouer. Des consoles sont à leur disposition, de même que cinq postes informatiques suréquipés, avec claviers rétroéclairés et fauteuils ergonomiques, pour éviter le mal de dos.

Les filles aussi

Ce samedi, l'un des joueurs attire une attention particulière: c'est Ilyes Satouri, dit «Stephano». À 21 ans, il est l'un des meilleurs représentants français de l'e-sport avec quelque 250 000 dollars remportés en un peu plus de 80 tournois sur le jeu Starcraft II.

«Avant, ceux qui étaient intéressés par les jeux vidéo restaient généralement chez eux», souligne ce «progamer», tee-shirt rouge et cheveux bouclés.

«Ça casse un peu le mythe du geek boutonneux qui reste enfermé chez lui», dit-il.

Autre préjugé que ces établissements peuvent contribuer à faire tomber: l'idée selon laquelle le milieu ne serait fréquenté que par des hommes.

Certes, les femmes sont moins nombreuses au Meltdown ce samedi soir. Mais elles sont là, et parmi elles, il y a Marisa Bedir, alias «Ribbons», une pétillante Londonienne de 21 ans travaillant dans la recherche contre le cancer.

«Parce qu'il n'y a pas beaucoup de filles, certains mecs croient qu'on fait semblant de jouer, pour se rendre intéressantes», dit-elle.

Mais aux mauvaises langues, elle oppose des faits: son expérience. «Je joue sans arrêt depuis que j'ai eu ma première Game Boy à l'âge de sept ans».




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