Les chinois Tencent et Alibaba bousculent Silicon Valley

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Quelque 724 millions de Chinois se connectent au web via leur portable, selon le gouvernement: de quoi gonfler spectaculairement les bases d'usagers et le volume des données collectées, «les lois sur la vie privée étant ici bien moins protectrices qu'en Occident», indique M. Prashantham à l'AFP.

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Julien GIRAULT
Agence France-Presse
Pékin

Tencent et Alibaba talonnent désormais Facebook et Amazon en termes de capitalisation boursière: illustration de l'ascension de ces géants technologiques dans une Chine où les téléphones et paiements électroniques sont omniprésents.

Champion des jeux vidéos mobiles et opérateur de la populaire messagerie WeChat, Tencent est devenu la semaine dernière le premier groupe technologique chinois à valoir 500 milliards de dollars, surpassant brièvement le californien Facebook.

Le numéro un chinois de la vente en ligne, Alibaba, coté à Wall Street, est juste derrière, réduisant l'écart avec l'américain Amazon. Un coup de semonce symbolique pour les mastodontes de Silicon Valley, qui verrouillaient jusqu'ici le club des cinq premières valorisations boursières mondiales.

Cette année, Tencent et Alibaba ont vu leur cours doubler, à l'unisson d'une envolée des revenus.

Leur succès «s'explique d'abord par le décollage de l'internet mobile», dopé par des fabricants chinois de téléphones à prix abordable, décrypte Shameen Prashantham, de l'école de commerce CEIBS à Shanghai.

Quelque 724 millions de Chinois se connectent au web via leur portable, selon le gouvernement: de quoi gonfler spectaculairement les bases d'usagers et le volume des données collectées, «les lois sur la vie privée étant ici bien moins protectrices qu'en Occident», indique M. Prashantham à l'AFP.

Étrennes électroniques

Au mitan des années 2000, Tencent s'imposait avec QQ, messagerie internet proche du MSN de Microsoft, tandis qu'Alibaba --lancé par l'ex-professeur d'anglais Jack Ma-- prospérait avec sa plateforme d'enchères Taobao.

Aujourd'hui, Tencent profite de son addictif jeu «Honor of Kings», tandis que son application WeChat (messagerie, réseau social, cybercommerce, jeux...) compte près d'un milliard d'usagers, dont la moitié y consacre 90 minutes par jour: un enthousiasme que n'enraye pas l'étroite censure des contenus.

Alibaba, lui, domine la moitié du cybercommerce chinois entre entreprises et particuliers --tout en se diversifiant tous azimuts, des magasins en dur à la finance et aux contenus numériques.

Certes, tous deux profitent des déboires de leurs concurrents américains sur le marché chinois: Facebook est banni en Chine; eBay y a rapidement jeté l'éponge; Amazon peine à décoller et a récemment dû céder des actifs dans le «cloud» chinois.

Cependant, «Tencent n'a pas imité des formules occidentales, il s'est efforcé d'innover. On lui doit l'essor du paiement électronique», insiste Huang Hao, chercheur à l'Académie chinoise des sciences sociales.

Idée novatrice: Tencent a permis aux usagers de WeChat d'échanger des «étrennes (enveloppes rouges) électroniques», souligne-t-il, tandis qu'Alibaba élaborait sa plateforme de paiement en ligne Alipay.

Puis leurs systèmes rivaux de paiement mobile ont décollé grâce aux applications de réservation de taxi, avant de conquérir la quasi-totalité des magasins et restaurants du pays, où l'on peut régler avec son téléphone en scannant un code-barre.

«Même mon grand-père de 88 ans s'habitue à communiquer et payer via WeChat», s'enthousiasme Zhao Chen, de la firme d'investissement technologique Plug-and-Play.

Bataille internationale?

S'y ajoutent des modèles économiques rémunérateurs nourris par l'intelligence artificielle. Alors qu'Amazon prend sa part sur chaque transaction, Alibaba gagne l'essentiel de ses revenus via ses recettes publicitaires très ciblées.

«Sans pub, on n'écoule rien», confirme à l'AFP Liu Song, vendeur de vêtements sur la plateforme Tmall d'Alibaba, déplorant de «devoir acheter tous les mots-clefs correspondant à chaque article» pour toucher d'éventuels clients.

Tencent, lui, vend des objets virtuels aux joueurs d'Honor of Kings ou des émoticônes sur WeChat, et seuls 17% de ses revenus viennent de la publicité --contre 97% pour Facebook. De plus, les contenus des usagers de WeChat sont stockés sur leur téléphone et non sur d'onéreux serveurs extérieurs.

Enfin, si leurs revenus restent concentrés en Chine, les deux groupes «affichent leurs ambitions d'écosystèmes globalisés (...) au grand bonheur de Pékin», rappelle Wei Wei, fondatrice du cabinet GSL Innovation.

Aux États-Unis, Tencent investit dans Snapchat et Tesla, Alibaba implante des laboratoires en Californie... «Ils y sont en mode d'apprentissage, désavantagés», tempère Shameen Prashantham.

À l'inverse, sur les marchés émergents, ils peuvent s'imposer grâce à leur expérience des mutations chinoises: Alibaba contrôle déjà la plateforme Lazada en Asie du Sud-est, Tencent investit dans des applications de cybercommerce et de taxis en Inde.

De quoi effrayer les colosses américains? Pas nécessairement, selon Mme Wei. «Mais ils doivent se préparer à voir ces acteurs chinois entrer dans l'arène internationale.»




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