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Dans l'Égypte de Sissi, le pouvoir s'en prend aux sites internet

Le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi.... (REUTERS)

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Le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi.

REUTERS

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Emmanuel PARISSE
Agence France-Presse
LE CAIRE

L'Égypte du président Abdel Fattah Al-Sissi, déjà accusée de museler la liberté d'expression et toute forme d'opposition, a renforcé son emprise sur les médias en bloquant plusieurs sites internet, dont celui de la chaîne qatari Al Jazeera.

Le site de la chaîne de télévision et une vingtaine d'autres sites internet qataris ou égyptiens étaient inaccessibles en Égypte depuis mercredi soir.

Parmi les autres sites figurent plusieurs médias qataris comme les journaux Al Watan ou Al Raya, et des sites politiques islamistes comme celui des Frères musulmans Ikhwan Online. Le site d'Al-Sharq, une télévision favorable aux Frères musulmans basée en Turquie, a également été bloqué.

Mais l'interdiction vise aussi le site indépendant Mada Masr, connu notamment pour sa liberté de ton sur des sujets comme la corruption, ou encore Huffpost Arabi, le site en arabe du média américain The Huffington Post.

Al-Jazeera n'en est pas à ses premiers déboires en Égypte. En 2013, les autorités avaient arrêté et emprisonné trois journalistes d'Al-Jazeera, dont un Canadien et un Australien, soulevant une vague de protestation internationale. Les trois journalistes avaient finalement été libérés en 2015.

Et le 23 décembre dernier, Mahmoud Hussein, un Égyptien de 51 ans qui travaillait au siège d'Al-Jazeera à Doha, a été arrêté trois jours après son retour en Égypte pour des congés en famille.

Al Jazeera est accusée par Le Caire de soutenir le mouvement des Frères musulmans, interdit par les autorités égyptiennes. Depuis 2013 et l'éviction par Abdel Fattah Al-Sissi du président Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, le pouvoir accuse le mouvement islamiste de violences et le considère comme une organisation «terroriste».

Jeudi matin, Mada Masr a publié sur son compte Twitter un dessin de presse montrant une porte fermée en plein milieu du désert, accompagné de la légende suivante: «Nous avons la confirmation que le site de Mada Masr a été bloqué. Restez connectés pour savoir où nous retrouver».

Lourdes amendes

Le Huffpost Arabi demandait jeudi matin dans un tweet: «tu trouves un problème à consulter notre site? Pour outrepasser le blocage, suivre les étapes suivantes: 1/ ouvrir l'application Huffpost sur le portable, 2/ choisir Arabi, 3/ lire nos sujets».

Le Huffpost préconise aussi de visiter sa page Facebook pour «lire immédiatement les articles».

Parallèlement, en Arabie saoudite, le site internet d'Al Jazeera était inaccessible depuis mercredi soir. Et aux Émirats arabes unis, le site d'Al Jazeera et d'autres médias qataris étaient également bloqués.

En Égypte, la loi sur le terrorisme adoptée en août 2015 prévoit de lourdes amendes pour «ceux qui publient d'une manière délibérée de fausses informations sur les actes terroristes à l'intérieur du pays».

Le texte précise aussi qu'il est interdit de publier des informations en matière de terrorisme «qui seraient contraires aux communiqués officiels du ministère de la Défense».

Dans ce contexte, les organisations de défense des droits de l'Homme accusent régulièrement M. Sissi de museler la liberté d'expression et de réprimer toute critique contre son pouvoir.

La liste est longue désormais des personnalités du monde des médias qui ont dû renoncer à leurs activités ou qui ont eu des démêlés avec la justice.

En mars, l'ex-président du syndicat de la presse égyptienne Yehya Kallache et deux de ses collaborateurs ont été condamnés à de la prison avec sursis pour avoir abrité deux reporters recherchés par la justice.

Début janvier, le commentateur politique Ibrahim Eissa, qui a critiqué le gouvernement de M. Sissi après l'avoir soutenu dans un premier temps, a vu son émission suspendue.

Dans un autre registre, l'humoriste Bassem Youssef, surnommé le Jon Stewart égyptien, et dont l'émission «Al Bernameg» ridiculisait les politiciens de tous bords, s'est dit victime de pressions et contraint de quitter le pays en 2014. Il vit aujourd'hui à Los Angeles.

Selon le classement mondial de la liberté de la presse 2017 publié par Reporter sans Frontières, l'Égypte est classée 161e sur 180 pays.




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