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Sécurité publique ou vie privée: un dilemme à l'ère du tout-technologique

Apple et Google renforcent de plus en plus... (Photo Ole Spata, Archives AP)

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Apple et Google renforcent de plus en plus la sécurité de leurs produits, ne conservant généralement plus la «clé» permettant de déchiffrer les données.

Photo Ole Spata, Archives AP

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Rob Lever
Agence France-Presse
WASHINGTON

Le tout-technologique a-t-il donné aux forces de l'ordre un pouvoir de surveillance sans précédent? Ou les technologies de cryptage toujours plus poussées aident-elles au contraire les criminels à opérer en toute discrétion?

Le récent bras de fer judiciaire pour tenter d'obliger Apple à aider la police américaine à débloquer un iPhone crypté a remis en lumière un débat qui couve depuis des années.

Le FBI notamment affirme que les forces de l'ordre se retrouvent «dans le noir» à cause de nouvelles technologies face auxquelles les outils traditionnels, comme les écoutes, ne sont pas toujours efficaces.

Les révélations de l'ex-consultant pour l'agence de renseignement NSA Edward Snowden ont nourri à l'inverse les peurs d'une surveillance électronique omniprésente et hors de contrôle.

Un rapport de l'ITIF (Information Technology and Innovation Foundation), un centre de réflexion de Washington, évoque «l'un des dilemmes politiques les plus difficiles de l'ère numérique, dans la mesure où le cryptage à la fois améliore la sécurité (des données) pour les consommateurs et les entreprises, et rend plus difficile pour les gouvernements de les protéger contre d'autres menaces».

«Il n'y a aucun moyen de résoudre la quadrature du cercle, n'importe quel choix s'accompagnera donc d'un compromis», prévient l'ITIF.

Cryptage trop efficace?

Apple et Google renforcent de plus en plus la sécurité de leurs produits, ne conservant généralement plus la «clé» permettant de déchiffrer les données.

Après les attentats de Paris l'an dernier, certains avaient toutefois affirmé que le cryptage avait pu aider leurs auteurs à ne pas se faire repérer.

Plus récemment, quand la messagerie WhatsApp, filiale de Facebook, a annoncé la mise en place d'un chiffrement «de bout en bout» des envois sur sa plateforme, elle s'est félicitée que désormais, à part l'expéditeur et le destinataire, «personne ne puisse rentrer dans le message. Pas les cybercriminels. Pas les pirates. Pas les régimes oppressifs. Même pas nous.»

Mais le sénateur républicain Tom Cotton a dénoncé «une invitation ouverte pour les terroristes, les trafiquants de drogue, et les prédateurs sexuels».

David Bitkower, un responsable de la division criminelle du département de la Justice, a regretté une tendance «à sous-estimer les risques pour la sécurité publique» d'un cryptage si puissant que la police n'a plus accès aux données, même avec un mandat judiciaire.

James Comey, le directeur du FBI, avertit également des dangers. «Beaucoup d'entre nous aiment l'idée d'un espace de stockage dans nos vies auquel personne d'autre ne peut accéder. Mais cela nous amène à un endroit - la confidentialité absolue - où nous ne sommes jamais allés auparavant», indiquait-il récemment à un groupe d'étudiants, prévenant que «ce nouveau monde a un prix».

Pour tenter de trancher le débat, une proposition de loi a été déposée au Congrès américain pour obliger les groupes technologiques à collaborer avec les enquêteurs cherchant à débloquer des données cryptées. Des mesures similaires sont en discussion en France, au Royaume-Uni et dans d'autres pays.

Nombre de groupes technologiques et de défenseurs des libertés civiles argumentent toutefois qu'avoir un «accès spécial» pour la police créerait des failles susceptibles d'être exploitées par des pirates informatiques ou des régimes autoritaires.

Piste numérique

Certains accusent aussi le FBI d'utiliser des arguments fallacieux, soulignant que l'essor du numérique a rendu bien plus de données disponibles, mais que les forces de l'ordre n'utilisent peut-être pas assez efficacement les outils à leur disposition.

«Nous vivons dans l'âge d'or de la surveillance, plus qu'à aucune autre moment de l'histoire», avait estimé Amit Yoran, un dirigeant de la société de cybersécurité RSA, lors d'une récente audition au Congrès américain. «Dans presque tout ce que nous faisons, nous laissons une piste de miettes de pain numériques incroyablement révélatrices.»

Pour lui, les forces de l'ordre «ont un volume énorme d'informations facilement accessibles, ce qui crée des difficultés pour les gérer efficacement et les utiliser en intégralité».

Chris Calabrese, vice-président du Center for Democracy and Technology à Washington, souligne que le smartphone est devenu un appareil hautement personnel, où l'utilisateur conserve ses pensées et ses conversations les plus privées.

«Nous ne disons pas que le gouvernement ne devrait jamais pouvoir regarder votre téléphone», dit-il. «Ce que nous disons, c'est que le téléphone est incroyablement sensible. C'est peut-être l'un des espaces les plus privés qui existe aujourd'hui, et qui ait jamais existé en Amérique. Il mérite donc un niveau de sécurité tout aussi élevé, et nous avons besoin de très bons arguments pour justifier de violer cette sécurité.»




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