L'anonymat devient tendance sur certains réseaux sociaux

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Un tas de nouveaux services apparaissent, avec pour point commun de cacher l'identité de leurs contributeurs.

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Rob Lever
Agence France-Presse
NEW YORK

Ils se sont baptisés «secret», «rumeur» ou «chuchotement»: des réseaux sociaux en ligne d'un nouveau genre cultivent l'anonymat de leurs membres, suscitant un intérêt croissant, mais aussi des inquiétudes.

Quand la nouvelle application sociale Yik Yak est arrivée à l'université d'Auburn en Alabama, «ça s'est répandu plutôt vite», raconte Nickolaus Hines, un de ses étudiants âgé de 21 ans.

Les messages qui y sont publiés peuvent être vus dans un rayon de 8 kilomètres, mais personne ne sait qui les écrit: les auteurs ne sont pas identifiés.

Et ce n'est qu'un exemple. Un tas de nouveaux services apparaissent, avec pour point commun de cacher l'identité de leurs contributeurs.

L'application Secret, lancée l'an dernier et permettant des publications anonymes, a levé récemment 8,6 millions de dollars auprès de spécialistes du capital-risque.

Whisper (chuchotement), qui fonctionne sur le même modèle depuis deux ans et revendique 2,5 milliards de pages vues sur son service, aurait selon la presse obtenu 21 millions de dollars de financements.

Faux anonymat?

Le tout nouveau service de messagerie en temps réel Rumr, qui permet des discussions privées entre inconnus, se compare sur son site à «avoir une conversation dans le noir».

Ask.fm, un groupe basé en Lettonie, affirme que 35 millions de personnes dans une dizaine de pays ont téléchargé son application permettant de poser des questions et d'obtenir des réponses d'autres utilisateurs de manière anonyme. Sa porte-parole Liva Biseniece évoque «une chance de communiquer sans craindre les jugements sur ses opinions et croyances».

Yik Yak loue également sur son blogue l'anonymat qui «permet aux gens de partir d'une page blanche» et de supprimer «les idées préconçues» sur eux.

«Ces applications créent un endroit sûr pour partager des idées ou des opinions», analyse Daniel Odio, un dirigeant de la société ShareThis, qui a conçu un programme permettant d'intégrer un bouton à des sites internet pour faciliter le partage de leurs contenus sur des réseaux sociaux. Et de rappeler les «histoires de gens qui ne trouvaient pas d'emploi à cause de ce qu'ils avaient dit sur Facebook quand ils étaient étudiants».

L'investisseur Austin Hill met toutefois en garde contre «une illusion d'intimité» et prédit: «On verra ces entreprises et leurs utilisateurs, qui se croyaient anonymes, traînés devant les tribunaux».

«Sauvagerie» en ligne 

«La majorité (des publications sur Yik Yak) sont des blagues, ou des choses drôles», mais «certaines choses sont plutôt méchantes», reconnaît l'étudiant, Nickolaus Hines.

Des établissements scolaires ont tenté d'interdire ces applications après des mauvais tours, des alertes à la bombe ou de fausses rumeurs.

Cela donne en effet de nouveaux outils d'intimidation ou de dénonciations de camarades, souligne Justin Patchin, professeur à l'université de Wisconsin-Eau Claire et dirigeant d'un centre de recherche sur le harcèlement en ligne.

«On voit des menaces voilées ou ouvertes», relève-t-il. «Dans ces environnements anonymes, c'est très dur pour les étudiants, qui ne savent de qui ils doivent avoir peur».

La pédiatre Natasha Burgert évoque aussi la «sauvagerie» pouvant se déchaîner anonymement en ligne, et déboucher parfois sur des suicides. Les adolescents ne comprennent pas «les conséquences et les répercussions à long terme», juge-t-elle, «dans les cas les plus tragiques, taper quelques touches sur un clavier peut tuer».

Les réticences sont partagées par Marc Andreessen, un investisseur très écouté dans la Silicon Valley: «Ce type d'expérience commence comme un vilain amusement, et se termine avec des coeurs brisés et des vies ruinées. En fin de compte, tout le monde regrette d'avoir participé».

Danah Boyd, chercheuse chez Microsoft et auteure d'un livre sur les adolescents et les réseaux sociaux, estime toutefois que ces applications répondent à de la simple curiosité et reflètent «tout l'éventail des attitudes humaines envers les autres: les bonnes, les mauvaises, et les très laides».

«Les gens apprécient les publications les plus basses et agressives, de la même manière qu'ils s'intéressent aux accidents de voiture et à la téléréalité», indique-t-elle.




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