Rouge ça bouge

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Pierre Foglia
La Presse

(Vancouver) On parle beaucoup de patriotisme ici. Pour s'en féliciter et s'en réjouir. On dit en gros que le Canada sortira plus grand, plus beau et plus uni de ces Jeux.

C'est bien possible. À ma propre surprise, je ne suis pas du tout dérangé par ce déferlement de gens «déguisés en Canada», ces tatouages de drapeaux sur toutes les joues, ces millions de mitaines feuilles d'érable, les autobus qui affichent go Canada go, plutôt que leur destination, tout ce rouge qui bouge, ces gens qui se mettent spontanément à entonner l'Ô Canada ne m'énervent pas. Il faut dire un nationalisme plutôt bon enfant, joyeux, ludique... tout de même, expliquez-moi un truc : pourquoi la même démonstration par des Québécois est toujours perçue comme l'expression d'un mauvais nationalisme?

Expliquez-moi la différence entre les médias canadiens en 2010 qui demandent chaque jour aux Vancouvérois de se montrer fiers d'être Canadiens et les journaux allemands en 1936 qui demandaient la même chose aux Berlinois?

Expliquez-moi la différence entre les équipes-nations des pays communistes qu'on a tant décriées parce qu'elles faisaient l'apologie du système communiste, et l'équipe-nation du Canada qui fait l'apologie de... de quoi au fait? L'apologie d'un bon système, voilà, je voulais vous l'entendre dire.

Expliquez-moi la différence entre Pékin et Vancouver. A-t-on assez dit que les méchants communistes chinois se sont servis de leurs Jeux pour aiguiser le nationalisme du peuple? Ici on aiguise quoi, d'après vous?

Comprenez-moi, ce ne sont pas les bonnes raisons qui manquent d'être fier d'être Canadien. Outre bien sûr les médailles gagnées dans les épreuves de bosses. Notre système de santé public par exemple. Notre système d'éducation. Le peu qu'il reste des lois sociales. Mais franchement je ne vois pas que ce soit cette nation-là que célèbre la foule dans les rues de Vancouver.

Je vois une équipe-nation. Je vois un nationalisme bon enfant certes, bon enfant pour l'instant, mais excusez-moi, qui est la même synthèse des mêmes grandes vertus patriotiques de merde qui mènent aux mêmes pulsions de merde.

Tout cela pour dire que je n'ai pas compris une phrase dans un article du Vancouver Sun ce matin, c'est une prof de psychologie à UBC qui cause: Country is such an important part of people's identity...

Pas moi.

Au tout début j'étais Italien, j'en tire parfois une fierté niaiseusement folklorique. Je suis aussi Français. Je suis avant tout Québécois puisque j'ai passé les trois quarts de ma vie au Québec, Québécois par contamination en quelque sorte. Je ne suis pas du tout Canadien, comme je ne suis pas du tout Luxembourgeois, sauf que Luxembourgeois j'aimerais beaucoup l'être, je me vois bien citoyen d'un pays un peu ridicule qui n'existe pas.

C'est à cela que je pense en marchant dans cette foule rouge qui bouge.

LE SPORT - De notre hôtel, pour aller au métro, on doit passer devant une école. Cela fait deux matins de suite que j'arrive pendant le cours d'éducation physique. Le prof fait courir ses élèves dans la rue. Dieu que les jeunes haïssent courir! Surtout les petites grosses à lunettes. Ce matin il y en avait une, au bord de l'évanouissement, accotée à la clôture qui ceint le terrain de foot de l'école...

Qu'est-ce que le sport, mademoiselle? Le sport est une métaphore de la société, plus la petite grosse est laide, plus elle doit courir vite et même là c'est pas sûr qu'elle arrivera pas la dernière. Répétez après moi, mademoiselle: citius, altius, fortius.

EXHIBIT - J'ai fini par entrer au pavillon du Canada qui fait scandale ici dans la presse pour sa nullité et le prix que cela a coûté, ça n'empêche pas des queues de deux heures. Je n'exagère pas. Deux heures. Par l'entrée des médias, une minute et quart, je passe la sécurité, j'arrive à la porte du pavillon qui est une tente, je montre mon accréditation: Vous ne pouvez pas entrer, cela prend une invitation.

De qui?

Je ne sais pas. Pas d'invitation, vous faites la queue comme tout le monde.

Vous parlez français, vous? C'est le truc que j'ai trouvé. Quand ils ne parlent pas français, ils se sentent assez coupables, tu leur demanderais les clefs de leur char, ils te les donneraient. Anyway il m'a laissé entrer. Les mots me manquent. Des machins, des trucs, une tondeuse à gazon, un castor empaillé, une police montée nègre. Ô Canada.

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