Stéphan Larouche: «Lucian pourrait surprendre bien du monde»

Lucian Bute se fait prendre en photo devant... (Photo Andrew Caballero-Reynolds, AFP)

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Lucian Bute se fait prendre en photo devant la Maison-Blanche à Washington. Le boxeur aura l'occasion samedi de redevenir champion du monde contre Badou Jack.

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Le grand entraîneur américain Angelo Dundee avait un jour lancé cette phrase à son boxeur Muhammad Ali: «Porte attention à qui se trouve dans ton vestiaire après une défaite, pas après une victoire.»

Pendant 8 ans et 30 combats, Lucian Bute n'a pas eu besoin de cette sagesse élémentaire. Il gagnait tout, tout le temps, et a réussi au passage neuf défenses de son titre de champion du monde IBF.

Puis tout a changé en 2012 contre Carl Froch. Il y a ensuite eu la défaite contre Jean Pascal et, soudainement, il était de bon ton sur les tribunes téléphoniques ou autour de la machine à café de lyncher Bute, comme s'il n'avait rien accompli de ce qu'il avait accompli.

Ils sont plusieurs à avoir déserté son vestiaire, aurait dit Dundee...

Mais Bute a gardé dans ces temps tumultueux l'un de ses plus grands fans: son ancien entraîneur Stéphan Larouche. Les divorces à l'amiable sont rares en boxe, mais le leur en est un, assure Larouche en entrevue avec La Presse.

«Ce qu'on a vécu, ça nous appartient. Quand un couple qui a été heureux se sépare, ça n'enlève pas tout le bonheur qu'il a eu.» 

«Mais Lucian et moi, on avait toujours été en union libre. Je lui avais dit: "Le jour où tu sens qu'on n'est plus bien ensemble, sois très à l'aise de me le dire." C'est arrivé de même. Il m'a dit: "Stéphan, je pense qu'on est dus." C'était un bon timing. Le matin même, ça faisait drôle. Je n'étais plus son coach. Mais le temps a passé.»

La séparation a eu lieu en mars 2014, après la défaite par décision unanime contre Jean Pascal. Bute a ensuite mené un camp d'entraînement avec Freddie Roach. Il a finalement choisi de s'associer avec l'entraîneur montréalais Howard Grant. Il a vaincu Andrea Luisa par K.-O. technique en août dernier puis s'est incliné honorablement contre James Degale en novembre.

Larouche n'a manqué aucun de ces combats. Il était même là au Centre Vidéotron, à Québec, lors du dernier. Et il va être devant son téléviseur samedi soir pour voir si Bute (32-3, 25 K.-O.) peut redevenir champion du monde (WBC) et vaincre Badou Jack (20-1, 12 K.-O.)

«Je ne peux que lui souhaiter du bien. S'il redevient champion du monde, ce serait exceptionnel, dit Larouche. Ce n'est pas arrivé souvent, un boxeur du Québec deux fois champion du monde.»

«Lucian a porté la boxe québécoise sur ses épaules pendant cinq, six, sept ans. Il a transformé les galas de boxe en happenings. On n'avait pas vu ça depuis Éric Lucas. Tu peux juste lui souhaiter du bien. Les gens qui n'aiment pas Lucian Bute peut-être n'aiment pas la personne. Mais en tant qu'amateurs de boxe, les Québécois devraient être fiers de Lucian Bute: il est honnête, il est sincère, il est humain.»

Stéphan Larouche et Lucian Bute, en 2008... (photo Ivanoh Demers, archives la presse) - image 2.0

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Stéphan Larouche et Lucian Bute, en 2008

photo Ivanoh Demers, archives la presse

De bonnes chances contre Jack

Dans son gymnase du nord de la ville, Larouche a gardé aux murs les images de son ancien protégé. Ils ont commencé à travailler ensemble en 2003 quand le jeune Roumain de 23 ans a quitté son pays et sa famille pour immigrer à Montréal: il avait 5000 $ en poche, un petit appartement, pas de voiture, pas beaucoup d'amis, mais il a vite trouvé celui qui allait devenir son coach pendant 10 ans.

Puis quatre ans après avoir signé avec InterBox, Bute se retrouvait en 2007 champion du monde. «Il pleurait sur le ring, se souvient Larouche. Quand je l'ai écouté parler à sa mère au téléphone, lui dire que c'était fait, qu'il était champion... C'est pas rien. C'était un beau moment.»

Pendant 10 ans, les deux étaient inséparables. À chaque combat, ils passaient 53 jours en camp d'entraînement en Floride. Ils étaient comme une famille.

«Il y a plus de divorces houleux à la boxe qu'au hockey, par exemple. Mais c'est tellement différent. Au hockey, dans le développement d'un athlète, un entraîneur va avoir un jeune pendant, quoi, deux ans ? Deux ans chez les pee-wees, deux ans chez les bantams... Le jeune n'est que de passage. En boxe, on a tendance à s'approprier les athlètes. C'est comme ton bébé, ça t'appartient.»

Mais Larouche a su faire la part des choses. Il sort son téléphone et montre un montage photo des plus beaux moments de la carrière de son ancien boxeur. «Je vais le lui envoyer cette semaine, pour le motiver un peu», dit-il.

Larouche estime que contre Badou Jack, demain soir à Washington, Bute a de «grosses, grosses chances» de devenir le nouveau champion WBC des super-moyens.

«Je ne vois pas Badou Jack battre Lucian Bute aux points. Le volume de coups est du côté de Lucian, l'expérience aussi, il a une plus belle fluidité de combinaisons. Mes informateurs me disent qu'il va encore mieux qu'avant son combat contre De Gale. Si c'est ce Lucian-là qui se présente dans le ring, il pourrait surprendre bien du monde.»

Autre chose à ajouter, Stéphan? L'entraîneur pense un peu, puis fait non de la tête. «C'est plate pour toi, il n'y a pas de chicane!»

Mais non, ce n'est pas si plate. Souvent à la boxe, pas de chicane, c'est déjà toute une histoire...

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