Ski acrobatique: heureux des médailles, mais inquiets pour l'avenir

Les Canadiens ont atteint un sommet de neuf... (Photo Bernard Brault, La Presse)

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Les Canadiens ont atteint un sommet de neuf médailles en ski acrobatique aux Jeux olympiques de Sotchi. L'excellence d'Alexandre Bilodeau et de Mikaël Kingsbury a été reconnue.

Photo Bernard Brault, La Presse

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Avec une récolte de neuf médailles en 10 épreuves, trois doublés (quatre même en comptant l'or et le bronze en slopestyle féminin), les skieurs acrobatiques ont été les meneurs de l'équipe canadienne aux Jeux olympiques de Sotchi.

On savait avant les Jeux que les skieurs canadiens avaient de bonnes chances de bien faire - ils avaient été dominants en Coupe du monde et aux Mondiaux de 2011 et 2013 -, mais l'ampleur de leurs succès (près de 40% de toutes les médailles canadiennes) témoigne de la qualité du programme canadien.

«On parle encore du ski acrobatique comme d'un "nouveau" sport aux Jeux - et c'est vrai que les épreuves de slopestyle et de demi-lune y faisaient leur apparition cette année -, mais il ne faut pas oublier que ce sport est profondément inscrit dans la culture sportive canadienne, explique Peter Judge, le grand patron du ski acro au pays. C'est particulièrement vrai au Québec, avec une grande lignée de champions et une tradition de succès qui remonte au "Québec Air Force".»

Kelsey Serwa, la médaillée d'argent de l'épreuve de ski cross derrière sa compatriote Marielle Thompson, expliquait d'ailleurs vendredi: «Nous avons grandi en suivant les exploits des skieurs acrobatiques, nous rêvions de les imiter et quand notre discipline est arrivée aux Jeux, nous étions prêtes!»

Judge rappelle par ailleurs combien les succès de l'ère préolympique - la première épreuve de bosses a été disputée aux Jeux d'Albertville en 1992 - ont été importants. «L'exemple des précurseurs, leur implication soutenue aussi, ont permis de mettre en place des structures et des installations de grande qualité, comme celle de Lac-Beauport notamment.

«Nous avons aussi réussi à garder nos athlètes dans le système. Plusieurs sont devenus des entraîneurs et ils contribuent aujourd'hui encore aux succès canadiens. Leur présence et celle d'une génération exceptionnelle de jeunes champions - les médaillées d'or Justine Dufour-Lapointe et Dara Howell n'ont pas 20 ans... - nous laissent croire que nous gagnerons encore plusieurs médailles.

«Nos skieurs acrobatiques seront encore au sommet en 2018, mais ce sera plus difficile à partir de 2022...», avertit toutefois Judge.

Un développement en panne

Paradoxalement, la fédération canadienne de ski acrobatique n'a plus de commanditaires importants depuis quatre ans. Après avoir été longtemps soutenue par des entreprises de premier plan telles RBC ou Postes Canada, la fédération doit depuis quelques années la plus grande partie de ses revenus au programme À nous le podium.

«Cela n'a pas vraiment eu d'impact sur nos programmes d'élite, explique Judge. Nos équipes nationales ont pu poursuivre leurs activités, effectuer des camps d'entraînement à l'étranger notamment, et on vient de voir qu'elles étaient prêtes pour les Jeux.

«L'absence de commanditaire affecte davantage nos programmes de développement, ce qu'on appelle le "pipeline", note Judge. Depuis quelques années, nous n'avons pratiquement pas investi dans ce domaine et nous risquons de nous retrouver en manque de relève si nous ne réagissons pas rapidement.»

Selon le directeur général de Ski Acrobatique Canada, ce sont les nouvelles disciplines qui sont les plus menacées. «Plusieurs jeunes vont avoir envie de pratiquer le slopestyle et la demi-lune après avoir assisté aux premières compétitions olympiques, a prédit Judge. Nous n'avons malheureusement actuellement ni les installations ni les structures pour les accueillir...»

Si Judge assure que des démarches sont en cours pour trouver des nouveaux commanditaires, ce n'est pas lui qui les mènera à leur terme. Il prendra en effet dans quelques jours la direction du programme hiver d'À nous le podium.

Bruce Robinson, un dirigeant de longue date de la fédération, lui succédera le 1er mars. Ce qu'on appelle de grands souliers à chausser.

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Les 18 médailles canadiennes en ski acrobatique

1994, Lillehammer: 3

Or: Jean-Luc Brassard, bosses

Argent: Philippe Laroche, sauts

Bronze: Lloyd Langlois, sauts

***

1998, Nagano: aucune

***

2002, Salt Lake City: 2

Argent: Veronika Brenner, sauts

Bronze: Deidra Dionne, sauts

***

2006, Turin: 1

Or: Jennifer Heil, bosses

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2010, Vancouver: 3

Or: Alexandre Bilodeau, bosses

Or: Ashleigh McIvor, ski cross

Argent: Jennifer Heil, bosses

***

2014, Sotchi: 9

Or: Alexandre Bilodeau, bosses

Or: Justine Dufour-Lapointe, bosses

Or: Dara Howell, slopestyle

Or: Marielle Thompson, ski cross

Argent: Chloé Dufour, bosses

Argent: Mikaël Kingsbury, bosses

Argent: Mike Riddle, demi-lune

Argent: Kelsey Serwa, ski cross

Bronze: Kim Lamarre, slopestyle

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Premiers au monde

Le ski acrobatique est l'une des trois disciplines - avec le hockey et le curling - où le Canada figure au premier rang du palmarès olympique.

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Athlètes puis entraîneurs

Trois entraîneurs de l'équipe nationale - Dennis Capicik, Marc-André Moreau et Steve Omischl - ont déjà pris part aux Jeux olympiques. Moreau, qui travaille notamment avec les soeurs Dufour-Lapointe, a obtenu le meilleur résultat avec une quatrième place en bosses en 2006.




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