Luis Suarez, ange et démon

Luis Suarez... (Photo Andrew Yates, AFP)

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Luis Suarez

Photo Andrew Yates, AFP

Opéré du ménisque, le 22 mai, Luis Suarez a commencé une course contre la montre afin d'être à sa meilleure forme à la Coupe du monde. Parmi les vedettes qui fouleront les terrains brésiliens, il est presque impossible de trouver une figure aussi controversée que l'Uruguayen, capable du meilleur comme du pire. Retour sur son parcours en six étapes.

Une enfance difficile

Suarez est à classer dans la catégorie des joueurs dont l'enfance difficile a forgé un caractère bien trempé et une volonté à toute épreuve. Son histoire est d'abord celle d'une famille modeste qui a rejoint Montevideo, au milieu des années 90, afin d'améliorer son sort. Elle s'est plutôt disloquée sous l'effet d'un père alcoolique et d'un divorce qui a obligé une mère à s'occuper, seule, de ses enfants.

Garçon turbulent, le petit Luis a alors vu le soccer comme le moyen idéal de prendre une revanche sur la vie. «J'ai toujours su que je voulais jouer au soccer, mais de 12 à 14 ans, j'ai traversé une phase où cela se passait mal sur les terrains et où je ne voulais plus étudier», a-t-il déjà expliqué.

Repéré par le mythique club de Nacional, il a dû attendre de nombreux mois avant de devenir titulaire, mais aussi de gagner en maturité. Après plusieurs menaces d'exclusion du club, ce n'est qu'en croisant la route de Sofía, sa future femme, qu'il s'est donné corps et âme au ballon rond. Avec succès puisqu'il a obtenu une première titularisation avec l'équipe première, à l'âge de 18 ans.



Un transfert... par amour

Buteur à 10 reprises lors de sa première saison avec Nacional, Suarez a été transféré au club néerlandais de Groningue, en 2006. Choisir un club européen de moindre envergure, dans un championnat réputé pour son caractère offensif, peut certes faciliter la transition. Mais la décision de quitter l'Uruguay si vite a surtout été motivée par son désir de se rapprocher de Sofía, dont la famille avait déménagé à Barcelone.

Sur le terrain, Suarez a affiché des statistiques semblables à celles qu'il avait obtenues avec Nacional malgré des premiers mois pénibles. «Il avait quelques problèmes à s'habituer aux arbitres, il était un peu lourd et il a mis du temps à être en forme, a expliqué son entraîneur d'alors, Ron Jans. Mais une fois qu'il l'a été (en forme), il a probablement été le meilleur joueur avec qui j'ai travaillé. C'est un vrai gagnant.»

Après un bras de fer avec Groningue, Suarez a pris le chemin du mythique Ajax d'Amsterdam. D'abord posté sur le côté droit puis dans l'axe, l'Uruguayen a enchaîné les saisons de plus de 20 buts, toutes compétitions confondues, dont un pic à 49, en 2009-2010.

L'autre main de Dieu

Il y a quatre ans, Suarez n'avait pas encore rejoint le gratin du soccer en Angleterre et vivait toujours dans l'ombre de Diego Forlan en sélection uruguayenne. Le Mondial 2010 a donc été l'une des premières occasions pour le commun des mortels de jeter un oeil sur l'espoir de la Celeste.

En six rencontres, le joueur n'a pas déçu les attentes, grâce à trois buts et deux passes décisives. Son tournoi a cependant été marqué par une main volontaire, sur sa ligne de but, à la fin de la prolongation contre le Ghana. La suite est bien documentée: le penalty a abouti sur la transversale et l'Uruguay s'est qualifié au terme de la séance de tirs au but. «Je suis un grand gardien, ç'a été l'arrêt du Mondial, je n'avais pas le choix. La main de Dieu, c'est moi qui l'ai maintenant», s'est vanté Suarez.

À l'époque, il est devenu l'ennemi numéro 1 du continent africain et la cible de nombreuses critiques dans le monde entier. En Uruguay, il a cependant été louangé pour son «sacrifice». Comme quoi, avec Suarez, tout est une question de perspective...



Un joueur aux dents longues

En novembre 2010, Suarez a gagné un surnom peu flatteur: le cannibale de l'Ajax. Lors d'un choc particulièrement chaud contre les rivaux du PSV Eindhoven, l'Uruguayen a mordu Otman Bakkal à l'épaule. Verdict ? Des sanctions à l'interne, ainsi qu'une suspension de sept matchs pour celui qui s'était plaint de s'être fait marcher sur les pieds par Bakkal.



Difficile à croire, mais l'épisode n'a pas refroidi Suarez, qui a de nouveau croqué un adversaire, au printemps 2013, en Premier League. Après un duel contre Branislav Ivanovic (Chelsea), le numéro 7 a agrippé son bras droit avant d'y planter ses crocs. Malgré les excuses, Suarez a écopé d'une suspension de 10 rencontres et a même été critiqué par le premier ministre David Cameron. En guise de soutien, une bannière vantant la «garra chuarra», l'esprit combatif uruguayen, a été déployée à Anfield.



Depuis 2013, il faut avouer que Suarez s'est racheté une conduite en évitant les controverses de ce genre.

Une question de traduction?

Le 15 octobre 2011. La tension monte entre Suarez et Patrice Evra lors d'un match opposant Liverpool à Manchester United. Victime d'une faute, le défenseur français demande des explications auprès de l'Uruguayen qui, selon le rapport officiel, utilise le mot «negro» à plusieurs reprises. Suarez se défend en expliquant que le terme n'a pas la même connotation dans son pays, ce que confirmeront plusieurs compatriotes. «En Uruguay, c'est un surnom que l'on donne à quelqu'un qui a la peau plus foncée que le reste des gens. Ce n'est pas un terme offensant», a corroboré Gus Poyet, actuel entraîneur de Sunderland.

Dans un rapport de 113 pages, un comité de la Fédération anglaise a réfuté cet argument, et a plutôt suspendu Suarez pour huit rencontres. «La conduite de M. Suarez a terni l'image du soccer anglais dans le monde entier», peut-on lire dans le rapport. Lors du match suivant entre les deux équipes, Suarez a mis de l'huile sur le feu en refusant de serrer la main d'Evra.

L'homme de la saison

Si Liverpool a longtemps été en lice pour le titre 2013-2014, il le doit en très grande partie à Suarez, auteur de 31 buts en 33 matchs seulement. L'attaquant de 27 ans a marqué de toutes les manières: en contre-attaque, sur des exploits individuels, sur coup franc, de la tête et même... sur un tir de 40 mètres. Il a réussi six doublés, deux triplés et a même connu un match de quatre buts contre Norwich, en décembre.

Sous Brendan Rodgers, reconnu pour sa flexibilité tactique, il a également fourni autant de passes décisives que lors de ses trois saisons précédentes avec les Reds. C'est donc sans surprise qu'il a été élu joueur de l'année par les journalistes, par les partisans et par ses pairs. Pas mal pour un joueur qui a raté les premiers matchs de la saison et qui n'avait pas caché son envie de changer de club, l'été dernier.

Le Real Madrid et Arsenal avaient formulé des offres, à plus de 73 millions, que Liverpool a balayées d'un revers de main. «On a tous vu ce qu'il a fait cette saison avec ses buts et son talent et je crois que ça lui a fait passer un cap, a lancé Steven Gerrard dans les colonnes du Daily Mail. Lionel Messi et Cristiano Ronaldo sont les deux meilleurs joueurs du monde depuis quatre ou cinq ans, mais Luis est juste derrière eux, maintenant.»






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