Les champions d'Europe accueillis en héros au Portugal

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Le président du Portugal, Marcelo Rebelo de Sousa, tient la coupe gagnée par les nouveaux champions d'Europe que le capitaine de l'équipe Cristiano Ronaldo (à gauche) vient de lui remettre, au palais présidentiel, à Lisbonne, le 11 juillet.

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Olivier DEVOS
Agence France-Presse
LISBONNE et SAINT-DENIS

« C'est un moment historique ! Cette victoire on l'attendait depuis douze ans », exulte Hugo Machado aux côtés de ses trois filles vêtues du maillot de Ronaldo. Pays fou de football, le Portugal tout entier a basculé lundi dans la liesse au lendemain de la victoire de sa sélection à l'Euro-2016.

Venus les accueillir à l'aéroport de Lisbonne, chanter l'hymne national en face du palais présidentiel ou applaudir leur parade triomphale jusqu'à une zone partisane du nord de la capitale, des dizaines de milliers de Portugais sont descendus dans la rue pour « dire bravo et merci » à leurs héros.

Au bout d'un périple de plusieurs heures à bord de deux bus à impériale décapotable barrés du mot « Champions », la Selecçao est montée sur la scène d'une zone partisane pleine à craquer, située dans le nord de la ville.

« Nous sommes entrés dans l'histoire du Portugal ! Merci pour tout », a crié devant la foule le triple Ballon d'or Cristiano Ronaldo.

Longtemps traumatisés par leur défaite en finale de l'Euro-2004, perdue à Lisbonne face à la Grèce, les partisans n'en finissaient pas de célébrer le premier titre international majeur du Portugal.

« Revanche de 2004 »

« On tient finalement notre revanche de 2004 ! Le Portugal méritait de gagner et Ronaldo a été un excellent capitaine », s'est félicité Rita Centeno, une chef d'entreprise de 41 ans.

« Cette victoire va nous aider à avoir confiance en nous. C'est un tournant dans l'histoire de notre pays », a assuré Nuno Brito, un chômeur de 39 ans, drapeau portugais sur les épaules.

Afin d'apercevoir les héros dès leur retour de France, les amateurs impatients s'étaient massés près de l'accès de l'aéroport bien avant leur arrivée à la mi-journée.

« Champions, champions, nous sommes champions ! », ont scandé les partisans en agitant des drapeaux, comme ils l'avaient fait jusque tard dans la nuit de dimanche à lundi.

« On n'a pas beaucoup dormi, mais c'est notre première victoire et il fallait être là. On a de la chance de voir ça », a témoigné Antonio Magalhaes, un étudiant en hôtellerie de 21 ans.

Escorté par l'armée de l'air, l'avion « Eusebio » transportant la Selecçao s'est posé sur le sol portugais à 12 h 40 locales (7 h 40, heure de Montréal). Avant de s'arrêter sur le tarmac, l'appareil est passé sous un arc formé par deux jets d'eau aux couleurs du Portugal, le rouge et le vert.

« On est heureux »

Se frayant un chemin à travers des rues bondées, les joueurs du sélectionneur Fernando Santos se sont d'abord rendus au palais présidentiel, où le chef de l'État Marcelo Rebelo de Sousa leur a décerné le titre de commandeur de l'ordre du mérite.

Parmi la foule, une fillette pleure en voyant arriver ses idoles : « C'est la première fois que je les vois de si près », dit-elle à sa mère qui l'embrasse.

« Cette victoire ne règle pas nos problèmes, mais au moins on est heureux. C'est quelque chose qui arrive une fois dans la vie seulement ! », s'est exclamée Lucia Antunes, une femme de 41 ans au chômage.

Depuis le balcon présidentiel, les footballeurs et diverses personnalités politiques ont alors entonné l'hymne national en choeur avec la multitude de partisans, emportée par un élan patriotique.

« J'ai tenu à participer à ce moment spécial », raconte Carla Ortelbach, une masseuse de 46 ans, casquette du Portugal vissée sur la tête. « Les Portugais étaient habitués à se faire marcher dessus, mais cette victoire va les rendre à nouveau fiers de leur pays. »

« Bouffée d'air pour le pays »

« Cette victoire c'est une bouffée d'air pour le pays. C'est un titre unique ! », se réjouit Luis Cascalheiro, 56 ans, les traits tirés, arrivé à son bureau avec du retard, comme des milliers de Portugais.

« Épique », « Éternels » et « Fierté du Portugal » titrait la presse sportive portugaise lundi, célébrant ses héros : Cristiano Ronaldo bien sûr, mais aussi Eder, le buteur de la finale, et le sélectionneur Fernando Santos.

Quelle ironie ! Le Portugal a conquis son premier titre en ruinant les espoirs du pays organisateur, la France. C'est exactement ce qui lui était arrivé en finale de l'Euro-2004 lorsque la Grèce l'avait battu chez lui (1-0), à la surprise générale. Cette défaite fut un drame national. C'est oublié.

« CHAMPIONS ! Vous êtes très grands ! Félicitations ! », a tweeté Luis Figo, star de la Selecçao en 2004. À ses côtés évoluait alors un jeune prodige de 19 ans qui avait terminé cette finale maudite en larmes.

Comme un symbole, le coach et sa vedette... (PHOTO PATRICIA DE MELO MOREIRA, AFP) - image 3.0

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Comme un symbole, le coach et sa vedette sont descendus tous deux les premiers, avec la Coupe, de l'avion qui les ramenait à Lisbonne lundi en milieu de journée.

PHOTO PATRICIA DE MELO MOREIRA, AFP

Cristiano Ronaldo, qui en a 31 aujourd'hui, est devenu une icône planétaire et a à nouveau pleuré de rage et de douleur dimanche, avant une issue finalement heureuse.

Blessé au genou gauche dès la 8e minute, il a dû quitter les siens sur une civière, en pleurs. Mais ce sont bien des larmes de joie qu'il a pu verser après le match grâce au but victorieux de son compatriote Eder en prolongation.

Scènes de liesse

Ce but a permis à Ronaldo de soulever le trophée lors de la cérémonie finale et déclenché des scènes de liesse à travers tout le Portugal.

Loin, très loin de cette joie, la France s'est réveillée amère lundi. Elle a manqué son quatrième titre après les Euros de 1984 et 2000 et le Mondial de 1998.

Le président de la République François Hollande devait recevoir les Bleus à déjeuner à partir de 13 h (9 h à Montréal). Certains joueurs auront sans doute la gorge serrée.

En marge de la finale, des incidents entre partisans et forces de l'ordre ont éclaté dans la nuit quand certains d'entre eux ont tenté d'entrer dans la zone partisane parisienne, pleine à craquer, aux abords de la tour Eiffel, qui reste fermée lundi au public.

Meurtrie par les attentats de 2015, plombée par la crise économique et un climat social toujours lourd, la France souhaitait ardemment vivre une parenthèse enchantée grâce à une victoire.

Mais les Bleus n'ont pas à rougir. Les hommes du sélectionneur Didier Deschamps ont été au-delà de l'objectif assigné avant le tournoi, les demi-finales. Ils ont peut-être joué à ce stade de la compétition leur vraie finale en battant les Allemands champions du monde (2-0) jeudi.

Cristiano Ronaldo et ses coéquipiers de la Selecçao célèbrent... (imag Noemie Olive, reuters) - image 4.0

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Cristiano Ronaldo et ses coéquipiers de la Selecçao célèbrent leur victoire à l'Euro 2016, à Marcoussis, en France, avant de prendre le chemin du retour, le 11 juillet.

imag Noemie Olive, reuters

Santos et Ronaldo ont changé le Portugal

Le sage Fernando Santos et le gagneur Cristiano Ronaldo ont appris au Portugal à ne plus perdre avec panache, mais à remporter, froidement, un grand titre, après les échecs cruels des générations passées, d'Eusebio à Figo.

Comme un symbole, le coach et sa vedette sont descendus tous deux les premiers, avec la Coupe, de l'avion qui les ramenait à Lisbonne lundi en milieu de journée.

Santos le philosophe

Il l'avait dit. Le sélectionneur avait prévenu dès le début de l'Euro-2016 que les Portugais venaient pour gagner, jetant la prudence des dizaines d'années passées où il était plutôt question d'aller le plus loin possible.

En interne, les joueurs ont été galvanisés par ce discours. Fernando Santos, très croyant, qui a remercié Dieu dans un petit message préliminaire avant sa conférence de presse de vainqueur, dimanche soir, n'a jamais changé de ton.

La veille de la finale, il disait encore qu'il pensait la remporter, et peu importe le style de jeu. « Ça me plairait qu'ils disent qu'on a gagné de manière imméritée », lançait-il à l'adresse de la presse, critique sur l'austérité de son football.

Mais Santos n'est pas qu'un « coach mental », il a aussi brillé tactiquement. Il s'est adapté aux caractéristiques de ses joueurs, a choisi un système défensif, mais sans dogmatisme. La finale a basculé sur un de ses choix offensifs, l'entrée d'un attaquant, Eder, « pour essayer de garder cette présence devant la défense française », a-t-il expliqué.

Eder, pas toujours titulaire à Lille, a marqué le but du titre, et il était un choix fort de Santos, qui avait insisté pour le prendre dans sa liste, malgré la modestie de son pedigree. Il avait besoin d'un avant-centre pur au milieu de sa collection d'ailiers (Nani, Quaresma et CR7), même si l'idole a occupé ce rôle le plus souvent, différent de son poste au Real Madrid, plus excentré.

Ronaldo et le goût de la victoire

L'étoile du Portugal est bien sûr l'autre grande influence de la transformation des perdants romantiques portugais en vainqueurs pragmatiques.

Le capitaine Cristiano Ronaldo, qui a tant gagné lui-même, a lui aussi tenu le discours de « winner » de Santos.

Le sélectionneur n'a pas oublié de « remercier » CR7, « un grand soutien pour motiver nos joueurs », du « banc et dans le vestiaire », a-t-il affirmé.

Le Madrilène avait porté son équipe jusqu'à cette finale, mais a dû l'abandonner, en pleurs, à cause d'une blessure au genou après un choc violent avec Dimitri Payet.

Mais il a joué un rôle d'entraîneur adjoint sur le banc, parlant aux joueurs, les motivant, donnant des conseils. Il a même dit à Eder qu'il allait marquer...

Et c'est lui qui a levé la coupe. Elle dore son immense palmarès, couronné dans six mois d'un quatrième Ballon d'Or qui ne peut plus lui échapper. Il a contribué à déniaiser ses coéquipiers et leur apprendre le goût de la victoire.

De 1966 à 2012, des années à pleurer

Car jusqu'à ce jour de gloire les Portugais avaient surtout leurs yeux pour pleurer. La génération Eusebio, le premier Ballon d'Or portugais (1965), avait calé en demi-finales contre l'Angleterre (2-1) pour la première participation lusitanienne à la Coupe du monde (1966).

La deuxième apparition dans un dernier carré avait déjà eu lieu en France, à l'Euro-1984, mais l'équipe de Fernando Chalana avait cédé dans les cinq dernières minutes de la prolongation (3-2 a.p.), alors qu'elle tenait son ticket pour la finale.

Le Portugal a encore vécu une fin déchirante à l'Euro-2000, perdant à nouveau une demi-finale contre la France à la toute fin de la prolongation (1-0 b.e.o.). La main sifflée contre Abel Xavier, coûtant le penalty fatal, a longtemps symbolisé la malédiction. L'incapacité à gagner dans les grands moments a culminé avec l'Euro-2004 à domicile, où le Portugal laisse filer l'occasion rêvée en perdant la finale à Lisbonne contre la Grèce (1-0).

Deux ans plus tard, la défaite colle aux crampons des Rouges, qui perdent la demi-finale du Mondial contre la France (1-0), encore une fois, après avoir pourtant dominé.

Les années Luis Figo, les plus riches en talent, plus que cette équipe 2016 par exemple, ne rapportèrent rien non plus au Portugal.

Enfin il y a quatre ans, à l'Euro-2012, l'aventure s'arrêta en demi-finale contre l'Espagne (0-0, 4-2 t.a.b.), sur l'immense frustration de Cristiano Ronaldo, qui n'a même pas pu tenter le cinquième tir au but, lui qui rêvait du rôle de héros. Comme lors de la finale de la dernière Ligue des champions où il a marqué celui de la victoire du Real contre l'Atletico de Madrid (1-1, 5-3 t.a.b.).

Cet été, ni lui ni Fernando Santos ne se sont trompés. Les sources de larmes qui coulaient depuis 1966 viennent de se tarir.

- Avec Emmanuel Barranguet

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