Une procédure pénale ouverte contre Sepp Blatter

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Le président démissionnaire de la FIFA, Sepp Blatter

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Philippe GRELARD, Eric BERNAUDEAU
Agence France-Presse
Zurich, Suisse

Les deux patrons du soccer mondial sont dans l'oeil du cyclone : une procédure pénale suisse vise le président démissionnaire de la Fifa, Joseph Blatter, soupçonné notamment d'un versement illégal de 2 millions de Francs suisses (soit 2,73 millions de dollars canadiens) en faveur de Michel Platini, président de l'UEFA et favori jusqu'ici à sa succession.

Depuis le 27 mai et l'arrestation de plusieurs hauts responsables du soccer mondial dans un hôtel à Zurich, sous l'impulsion de la justice américaine cette fois, sur fond de soupçons de corruption à grande échelle, la Fifa vit au rythme des révélations et des scandales.

Blatter et Platini entendus

Vendredi après-midi, Blatter devait prendre la parole à 14 h à l'issue du comité exécutif de la Fifa, le gouvernement du soccert mondial, réuni depuis jeudi au siège de l'instance à Zurich.

Mais l'intervention du Suisse de 79 ans a été repoussée une première fois à 15 h avant d'être purement et simplement annulée, alors que 150 journalistes du monde entier étaient accrédités.

Quelques minutes plus tard, l'explication est venue d'un communiqué du Ministère public suisse (MPC) : des enquêteurs ont « auditionné Joseph Blatter en qualité de prévenu » et « en parallèle, Michel Platini (également un des vice-présidents de la Fifa) a été entendu en qualité de personne appelée à donner des renseignements », de témoin donc.

«Sepp» doublement accusé

Le Valaisan, président de la Fifa depuis 1998 et qui avait remis son mandat à disposition le 2 juin jusqu'à de nouvelles élections le 26 février, est soupçonné par le MPC « de gestion déloyale (qui s'apparente à de l'abus de biens sociaux, NDLR) et, subsidiairement, d'abus de confiance ».

Blatter, par la voix de son avocat américain Richard Cullen, a assuré « coopérer » avec la justice suisse et récusé toute « mauvaise gestion ».

Blatter est tout d'abord accusé d'avoir « signé un contrat défavorable à la Fifa avec l'Union caribéenne de football (CFU), dont Jack Warner était le président. En clair, «Sepp» aurait vendu très en dessous des prix du marché les droits de diffusion TV des Mondiaux-2010 et 2014 au sulfureux Warner (dont le nom revient dans tous les dossiers) en 2005, comme l'avait révélé le 12 septembre la chaîne de télévision suisse SRF.

Mais il est également «reproché à Joseph Blatter un paiement (illicite) de deux millions de francs suisses (soit 2,73 millions de dollars canadiens) en faveur de Michel Platini au préjudice de la Fifa, prétendument pour des travaux effectués entre janvier 1999 et juin 2002». «Ce paiement a été exécuté en février 2011», souligne la justice suisse, sans donner plus de détails et préciser donc la nature de ces travaux.

Platini, dont le nom apparaît pour la première fois dans une enquête judiciaire, s'est défendu dans un communiqué publié vendredi en début de soirée en expliquant que ce versement a été effectué «pour un travail accompli de manière contractuelle pour la Fifa».

«Je suis satisfait d'avoir pu éclaircir ce point envers les autorités», a ajouté le Français, dont la candidature subit un premier gros accroc alors qu'il était sur la voie royale pour succéder à Blatter.

L'ancien numéro 10 de l'équipe de France a reçu le soutien du premier ministre français Manuel Valls qui a dit lui faire «entièrement confiance» tout en précisant qu'il revenait «à la justice de faire son travail».

Perquisition au bureau de Blatter

Pendant que les journalistes attendaient en vain la conférence de presse, la justice suisse procédait donc, avec la police, à «une perquisition» au siège de la Fifa, et particulièrement au «bureau du président (Blatter)». Des «données ont été saisies», a juste commenté le MPC, avant de conclure : «Comme tout prévenu, Joseph Blatter est présumé innocent».

La Fifa s'est contentée d'indiquer dans un communiqué «coopérer avec la justice suisse depuis le 27 mai», et ne pas vouloir faire «d'autre commentaire tant que des enquêtes sont en cours».

Sans oublier Valcke ni Warner

Cette nouvelle déflagration judiciaire au sommet du soccer mondial intervient une semaine après la dernière secousse. Le secrétaire général de la Fifa, Jérôme Valcke, avait été relevé de ses fonctions la semaine dernière, accusé par la presse britannique, sur dénonciation d'un consultant de l'instance mondiale, d'avoir touché des commissions sur une revente de billets au marché noir.

Ce jeudi, alors que les travaux du comité exécutif avaient commencé, la justice suisse avait obtenu «sous conditions» de la Fifa (des conditions non explicitées) le déblocage et la livraison des courriels de Valcke, pièce centrale des allégations.

Et, pour que le tableau soit complet, ce vendredi encore, la justice trinidadienne a fixé au 2 décembre la date de l'audience sur l'extradition aux États-Unis de Jack Warner, un des anciens vice-présidents de la Fifa, figure de premier plan dans le scandale de corruption qui éclabousse la Fédération internationale. Cette instance s'en relèvera-t-elle un jour?

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