Soccer: l'Europe au féminin

Rhian Wilkinson est l'une des figures les plus... (Photo Jonathan Hayward, PC)

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Rhian Wilkinson est l'une des figures les plus reconnues du soccer féminin canadien. En 2005, elle a pris le chemin de Strommen, en Norvège.

Photo Jonathan Hayward, PC

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Chaque année, plusieurs joueuses québécoises traversent l'océan Atlantique afin de voir ce que le Vieux Continent peut offrir en termes de développement et de conditions. Mais en plus d'une concurrence très rude, elles doivent parfois composer avec une importante barrière culturelle. Récits.

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L'aventure européenne de Rhian Wilkinson s'est terminée à la fin de la saison 2012.

Photo Alessandro Garofalo, Reuters

Le parcours d'une pionnière

Rhian Wilkinson est l'une des figures les plus reconnues du soccer féminin canadien. Avec plus de 150 sélections au compteur, elle a participé à tous les grands événements de la sélection depuis plus d'une décennie, des trois Coupes du monde (2003, 2007 et 2011) à la médaille de bronze récoltée lors des Jeux olympiques de Londres (2012).

Pour consolider sa place dans l'équipe, la native de Pointe-Claire a senti le besoin de déménager en cours de route. C'est ainsi qu'en 2005, elle a pris le chemin de Strommen, en Norvège, après deux années à porter les couleurs du Fury d'Ottawa, dans la W League.

«J'étais invitée de façon intermittente en sélection et je savais que je devais jouer dans une ligue de très haut niveau chaque semaine. J'ai regardé les options et j'ai rencontré Hege Riise, une des ambassadrices du soccer féminin, qui m'a demandé si je voulais jouer pour son équipe. C'était une chance incroyable, j'ai aimé l'équipe, la ville», explique la joueuse en entrevue avec La Presse.

En Scandinavie, l'ancienne attaquante devenue arrière droit a changé de monde. Elle a notamment participé à la Ligue des champions, en 2009, et contribué au sacre national de son équipe, trois ans plus tard. Cette parenthèse de sept ans lui a permis non seulement de franchir un palier sur le plan technique, mais aussi de vivre de sa passion. Ce qui n'aurait jamais été possible en Amérique du Nord il y a une décennie, selon elle.

«Quand j'ai commencé, je ne pensais pas que je pouvais gagner ma vie en tant que joueuse de soccer féminin. Est-ce que j'ai fait des millions de dollars? Non. Est-ce que je vais devoir travailler très fort quand je vais prendre ma retraite? Oui. Mais j'ai réussi à faire une carrière en soccer, se félicite-t-elle. J'étais à l'avant-garde, alors que les jeunes qui commencent maintenant vont faire assez d'argent pour, peut-être, prendre des décisions différentes des miennes.»

«Ça m'a brisé le coeur»

L'aventure européenne de Wilkinson s'est terminée à la fin de la saison 2012 lorsqu'elle a rejoint les Breakers de Boston, dans la nouvelle National Women's Soccer League (NWSL), l'année suivante. Une saison et 14 matchs plus tard, elle a toutefois décidé de revenir au Canada et d'explorer d'autres avenues, même si sa carrière est loin d'être finie. « Je suis partie de Montréal à l'âge de 17 ans. J'adore mon pays, ma ville et ma famille. J'étais ici pour les vacances, mais j'ai des neveux et des nièces qui pensaient que je vivais dans l'ordinateur. Ça m'a brisé le coeur», explique-t-elle sur un ton plus personnel.

Celle qui a touché à plusieurs sports dans sa jeunesse, comme le rugby, le hockey ou la ringuette, est aussi entrée dans l'engrenage du coaching. Elle a notamment été une adjointe d'Andrew Olivieri lors de la Coupe du monde féminine des moins de 20 ans. En janvier dernier, elle a aussi été nommée au sein de la Commission stratégique de la FIFA.

Son engagement dépasse largement celui d'une simple joueuse pour tendre vers celui d'une ambassadrice, espère-t-elle. «Je sais que, quand je fais des entrevues ou que, dans un camp, j'impressionne un père qui n'aimait pas le soccer féminin, je contribue à changer ce sport pour les jeunes. C'est mon rôle et je fais ma part.»

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Pascale Pinard lors de son passage avec les... (Photo fournie par Ed Clemente) - image 3.0

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Pascale Pinard lors de son passage avec les Rapids du Colorado dans la USL W-League.

Photo fournie par Ed Clemente

Vaincre l'isolement

Aujourd'hui étudiante à la maîtrise en sciences de l'activité physique, à Trois-Rivières, Pascale Pinard a toujours rêvé d'atteindre les rangs professionnels. Après des essais en France, elle a finalement touché à son but en évoluant, pendant trois mois, en deuxième division suédoise (2013). Récit d'un parcours entre plaisir de jouer et barrière culturelle.

Les essais en France

Après quatre années à l'Université de l'Alabama, la jeune femme a obtenu deux essais en première division française grâce à l'aide d'un entraîneur croisé dans des écoles estivales. Elle a donc pris le chemin du Vieux Continent, au printemps 2013, non sans devoir apporter de sérieuses retouches à son jeu.

«Je suis plus une joueuse défensive, mais c'est plutôt rare qu'ils vont recruter des joueuses étrangères en défense. Je me suis vraiment entraînée fort pour évoluer dans un rôle plus offensif et, honnêtement, j'ai super bien fait avec Nord Allier Yzeure, estime-t-elle. Cela a cliqué avec l'entraîneur, mais il est parti à la fin de la saison et ils sont, en plus, rendus en deuxième division. À Saint-Étienne, je n'ai pu faire qu'un seul entraînement, mais cela aurait été une meilleure idée d'y rester plus longtemps.»

Après ces essais, Pinard a brièvement porté les couleurs des Rapids du Colorado dans la USL W-League. C'est dans les Rocheuses qu'elle a appris que le club de Kalmar FF, en deuxième division suédoise, avait besoin d'une défenseure.

Le trimestre en Suède

Située sur la rive de la mer Baltique, la ville de Kalmar - 60 000 habitants - n'a pas franchement la même dimension internationale que Stockholm. En d'autres termes, on peut facilement s'y sentir dépaysé en raison, notamment, de la barrière de la langue. «Ce n'est pas tout à fait pareil dans la vie quotidienne. Il aurait peut-être fallu un plus grand soutien ou des cours de langue, confie-t-elle sur son aventure vécue entre août et octobre 2013. L'implication sociale est aussi quelque chose d'important pour moi et ce n'est qu'à la fin que j'ai commencé à m'impliquer avec un groupe de personnes âgées.»

Sur le terrain, par contre, Pinard avoue avoir connu une période très stimulante même si l'aventure collective s'est achevée par une relégation en troisième division. «En matière de performance, dans la deuxième moitié de saison, c'est l'un des plus hauts niveaux auxquels j'ai joué. Aller aux entraînements tous les jours, c'est le rêve de tout joueur de soccer. (...) Mais faire autant de sacrifices et jouer ensuite en troisième division, cela ne m'intéressait plus. Sur le plan personnel, il y a eu tellement de points négatifs que je préférais revenir au Québec poursuivre mes études.»

Le retour au Canada

Comme ses homologues masculins, la jeune femme de 24 ans reconnaît qu'il est difficile de faire sa place avec un passeport non issu de l'Union européenne. À moins d'avoir un nom ayant déjà résonné au niveau international... «C'est difficile de percer dans les ligues européennes parce qu'ils privilégient leurs propres joueuses. Et si on n'est pas dans une sélection nationale, ils ne vont pas nécessairement nous regarder. C'est contradictoire parce que l'équipe nationale nous dit d'aller à l'extérieur pour prendre de l'expérience.»

En raison d'un imbroglio, elle a aussi constaté que sa carrière européenne se serait quelque peu prolongée avec un passeport différent. «Dans les derniers mois, j'ai encore eu des offres en Espagne, mais quand ils ont su que j'étais québécoise et non française, cela ne les intéressait plus. J'ai aussi eu une offre en deuxième division, en France, mais le niveau n'est pas le même qu'en Suède.»

Pour elle, la suite passera par le monde du travail même si elle ne «ferme pas totalement la porte» à un autre épisode dans le soccer. «Dans le semi-pro qui est le plus haut niveau canadien, il y a encore les Comètes (de Laval) et le Dynamo (de Québec). Si jamais je veux rejouer à un niveau, je retournerais jouer là», conclut-elle.

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Il y a maintenant six ans, Émylie Girard... (Photo Patrick Woodbury, archives Le Droit) - image 4.0

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Il y a maintenant six ans, Émylie Girard s'est expatriée en France afin d'obtenir des essais et y faire ses premiers pas au niveau professionnel.

Photo Patrick Woodbury, archives Le Droit

Reculer pour mieux sauter

C'est par le truchement d'une entente entre l'Association régionale de l'Outaouais et l'ASPTT Albi qu'Émylie Girard a pu obtenir des essais en France, puis faire ses premiers pas professionnels, en 2009. Depuis, la défenseure de 22 ans a même connu la première division, l'an dernier à Arras, avant de redescendre d'un échelon.

Q: Quelles étaient les conditions de vie à Arras, en première division?

R: Ils payaient l'appartement et ils donnaient un salaire mensuel. Cela me permettait de continuer d'aller à l'école (NDLR: elle étudie actuellement en biologie) et de super bien vivre. Mais ce n'est évidemment pas le même niveau (salarial) que pour les filles jouant pour les deux ou trois premières équipes du championnat.

Q: Cette année, tu as rejoint le club de Dijon, en deuxième division. Pourquoi?

R: L'an passé, j'ai subi deux grosses blessures et je voulais retrouver mon niveau et enchaîner les matchs. J'avais l'occasion de retourner dans une équipe de division 1, mais je ne voulais pas sauter le pas si vite après un an marqué par les blessures. Il vaut mieux redescendre et remonter après. C'est une année tremplin. Dijon a de bonnes infrastructures, et on a un ostéopathe et un physiothérapeute dans le staff. Le club est affilié avec les professionnels masculins (division 2).

Q: Quelle est la différence de niveau entre la première et la deuxième division?

R: C'est une grosse différence. En première division, les filles sont bien payées et ce sont toutes des internationales. Le Paris Saint-Germain et Lyon, ce n'est que ça. Ailleurs, c'est un super bon niveau, mais ils n'ont pas les mêmes moyens que dans les grands clubs. C'est comme en Ligue 1 masculine.

Q: Tu as dû jouer à différentes positions sur le terrain depuis ton arrivée en France...

R: J'ai été formée en tant que défenseure latérale et, à l'entraînement, j'étais souvent en position offensive. À Arras, je jouais en attaque, mais mon coach à Dijon pense que mon plein potentiel serait atteint au poste de latérale. Je suis en train de me réhabituer à jouer là. Mon entraîneur veut que je sois une latérale offensive.

Q: Cela fait maintenant six ans que tu es en France pour y jouer et étudier. Te sens-tu un peu française, maintenant?

R: Non, je suis toujours une Québécoise même si j'aime beaucoup la France et son mode de vie. D'ailleurs, je vais bientôt demander ma naturalisation. J'aime ça, c'est quelque chose de différent même si, un jour, je voudrais revenir jouer dans mon pays.

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