Montréal a été leur domicile durant plusieurs saisons, mais, pour plusieurs, ce passage en sol québécois laissera une trace indélébile. «Montréal signifie beaucoup pour moi. Six ans, c'est la moitié de ma carrière, affirme le milieu de terrain argentin Leonardo Di Lorenzo. J'y ai vécu toutes sortes de choses, bonnes et mauvaises. Montréal a changé ma vie, j'y ai compris que le soccer n'était pas la seule chose», poursuit celui qui a gardé le contact avec David Testo, Eduardo Sebrango, Simon Gatti et Nick De Santis.
En portant les couleurs de l'Impact, en 2011, Di Lorenzo et ses ex-coéquipiers caressaient le projet de faire le saut vers l'étage supérieur. En cours de route, l'arrivée de Jesse Marsch a changé la donne.
Ils devaient maintenant séduire un nouvel entraîneur américain qui, fort logiquement, envisageait sa première saison avec des idées préétablies et des joueurs qu'il connaissait parfaitement. Le camp d'évaluation d'après-saison, organisé en octobre 2011, et surtout le repêchage d'expansion, le mois suivant, ont fourni les premières réponses et les premières déceptions.
«Après la première année au club, mon agent me disait qu'il était en train de négocier avec le club pour les contrats MLS. On était même d'accord financièrement et il ne manquait plus que la signature», révèle le défenseur français Philippe Billy.
«Marsch me parlait de l'année MLS et de son exigence pour cette première saison. Puis, à l'entretien final, il m'a dit qu'il avait eu un bon feeling avec moi pendant quatre mois, mais qu'il l'avait moins ressenti pendant la semaine d'évaluation.»
En Amérique du Sud et en Europe
Di Lorenzo, quant à lui, a rapidement compris qu'il ne s'intégrait pas dans les plans de Marsch. Plutôt que de risquer de se retrouver sans plan B au terme du camp d'entraînement, il a décidé de se mettre à la recherche d'un nouveau club, en Amérique du Sud.
C'est dans cette phase de recherche que les ennuis ont commencé pour Billy, mais aussi pour le jeune Montréalais Reda Agourram. Contrairement à la majorité de l'équipe de 2011, qui a raccroché ses crampons, les deux hommes ont tenté leur chance en Europe.
Agourram, qui pensait avoir connu un bon camp avec l'Impact, au Mexique, a ainsi traversé l'Atlantique après avoir refusé de rester en deuxième division. «Marsch m'a proposé un prêt dans la NASL avec la possibilité de revenir en cours d'année ou la saison suivante. Cela ne m'intéressait pas puisque je savais que j'avais le niveau pour rester avec l'Impact», dit-il. S'en sont alors suivis des essais avec Dijon et Clermont, deux clubs de Ligue 2 française. «Là-bas, les coachs ont aimé ce qu'ils ont vu de moi, mais, dans les deux cas, cela n'a pas marché à cause de leurs problèmes financiers. Mais le positif, c'est que l'on ne m'a pas dit que c'était une question de niveau.
«Ce voyage m'a permis d'apprendre des choses que je n'aurais jamais appris en restant ici. Je ne regrette rien», ajoute Agourram. Après un détour par le Maroc, son pays de naissance et un ultime crochet par la France, il est finalement revenu à Montréal, où il s'entraîne avec l'Académie de l'Impact.
Contrairement à Agourram, Billy avait l'avantage d'avoir davantage de contacts au sein du soccer français. Mais le fait de s'être exilé sur un autre continent et d'avoir l'Impact sur son CV ne l'a guère aidé. «Quand on part dans un championnat avec un calendrier décalé et qui n'est pas vraiment suivi en Europe, ce n'est pas facile de retrouver un club par la suite. On sort du cycle du football européen. Mais, maintenant, l'Impact est dans la MLS et les gens en parlent un peu plus.»
Tout en gardant la forme de son côté, Billy a trouvé une planche de salut grâce à la tournée de l'Union Nationale des footballeurs professionnels (UNFP). Ce regroupement de joueurs au chômage a effectué une tournée contre des clubs de Ligue 1, Ligue 2, mais aussi en Suisse, aux Pays-Bas et au Qatar. «Pendant ce temps, j'ai touché le chômage et on avance comme ça. Le but était de trouver un club.» Ce club sera finalement l'US Jeanne d'Arc Carquefou avec qui il s'est engagé au cours du mois d'octobre. Quelques jours seulement après avoir signé son contrat, il a disputé son premier match en tant qu'arrière central.
Di Lorenzo a connu moins d'incertitudes après avoir tourné la page montréalaise. Il a rapidement mis le cap vers le centre-sud du Chili, pour se joindre au Deportes Concepción, en deuxième division. Après six bons mois, il a changé d'allégeance en se retrouvant sous les couleurs jaune et bleu de l'Universidad de Concepción, membre de l'élite. «J'ai choisi le Chili parce qu'il s'agit d'un championnat qui gagne en importance et qui présente un niveau très compétitif. Le plus difficile a été d'accepter de jouer en deuxième division. J'hésitais jusqu'à ce que je reçoive un appel de l'entraîneur argentin qui m'a alors convaincu.»
Des plans d'avenir différents
Parce que les trois hommes en sont à des étapes différentes de leur carrière, ils n'envisagent pas l'avenir de la même façon. Dès son retour au Québec, Agourram s'est entretenu avec De Santis qui lui a, de nouveau, proposé son aide afin de retrouver un club l'an prochain. Cette fois, il se montrera moins sélectif.
«J'ai perdu beaucoup de temps cette année et, le plus important est maintenant de rejouer. Peu importe si c'est en NASL ou ailleurs. Parfois, il faut faire un pas en arrière pour aller de l'avant», diti-il avec philosophie.
Quant à Billy, ses deux années passées au stade Saputo continuent de se répercuter dans ses relations virtuelles.
«Dès que je mets quelque chose sur Facebook, j'ai pas mal de réponses de personnes du Québec qui m'ont apprécié lors de mon passage. C'est toujours plaisant et ça donne envie de refaire un petit tour à Montréal, même pour les vacances.»
Décidément, Montréal fait tout pour ne pas se faire oublier dans le coeur de ses anciens.