La planche sur la pente descendante

À l'apogée de la planche, on comptait environ... (Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse)

Agrandir

À l'apogée de la planche, on comptait environ 25 demi-lunes en activité au Québec. Il n'en reste plus qu'une seule, selon Claude Péloquin, président de l'Association des stations de ski du Québec.

Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse

Partager

Reine des pistes pendant quelques années, la planche à neige vit un déclin marqué au Québec. Voici comment le ski est en train de reprendre sa place.

Qui se rappelle de la folie du «snowboard» ? Nous étions dans les années 90 et la planche à neige, soutenue par une croissance exponentielle et des adeptes répandant la Bonne nouvelle, s'imposait sur les pistes québécoises à la vitesse grand V.

Entre 1990 et 2004, le nombre de planchistes triplait, alors que celui des skieurs fondait de près de 50%. C'était l'âge d'or de la planche. Les stations québécoises érigeaient des demi-lunes (half-pipe), aménageaient des parcs à neige et certains jeunes planchistes regardaient les skieurs de haut, comme une espèce réfractaire à toute évolution.

Mais comme tout cela a changé. Les indices du déclin ne mentent pas. Au cours des quatre dernières années, les ventes de planches à neige ont chuté de 21% aux États-Unis, selon les chiffres les plus récents de SnowSports Industries America, qui scrute l'évolution des sports de glisse. Pendant la même période, les ventes de ski ont monté de 3%.

Les intervenants québécois constatent une réalité similaire au Québec. La boutique Oberson de Laval est celle qui vend le plus de planches à neige au Canada; mais depuis quelques années, les ventes ont baissé de façon importante. «Je dirais que la planche à neige a commencé à descendre il y a quatre ans, explique Daniel L'Écuyer, directeur des magasins Oberson. Sur cette période-là, le marché a pu baisser de facilement 40%.»

D'autres signes ne mentent pas. À l'apogée de la planche, on comptait environ 25 demi-lunes en activité au Québec. Il n'en reste plus qu'une seule, selon Claude Péloquin, président de l'Association des stations de ski du Québec.

«Ça coûtait tellement cher à exploiter pour 10 ou 15 clients... Donc il reste une seule demi-lune en activité et elle est à Stoneham, parce que c'est un centre d'entraînement et qu'on y accueille des compétitions de haut niveau», précise M. Péloquin.

Des skis plus accessibles

Comment expliquer la baisse de popularité de la planche à neige? Les spécialistes évoquent plusieurs pistes, dont la redynamisation de l'industrie du ski, forcée d'innover devant la montée en force de la planche dans les années 90.

«Ç'a poussé les fabricants à concevoir d'autres types de ski, dit Claude Péloquin. Quand la planche est apparue, il n'y avait que des skis calqués sur les modèles de course. Aujourd'hui, il y a plein de types de skis différents.»

Le ski parabolique a été introduit par Elan en 1993, mais a réellement pris son envol au tournant des années 2000. Ces skis au profil voluptueux sont bien plus faciles à manoeuvrer que les skis droits traditionnels.

Puis est apparu le ski «twin-tip», doté d'une spatule aux deux bouts et permettant de glisser dos à la piste. Ce sont ces skis qui ont ouvert les parcs à neige aux skieurs. Ils ont également permis l'apparition du «free ski», une discipline à laquelle s'intéressent aujourd'hui des commanditaires comme RedBull et qui a fait son apparition aux X-Games.

«Le ski n'était plus cool à un moment donné. Mais avec la venue des skis paraboliques, des twin-tips, il l'est redevenu», explique Daniel L'Écuyer, des magasins Oberson.

Le recul de la planche à neige s'explique aussi par le vieillissement de la première génération «snowboard». Celle qui a sauté à pieds joints sur la planche à neige dans les années '90.

«La génération qui avait adopté la planche a vieilli. Les premiers adeptes ont terminé leurs études, se retrouvent sur le marché du travail, ont des enfants, remarque Claude Péloquin. Très souvent, ils ont fait une pause dans leur pratique du sport. On constate que plusieurs de ceux qui reviennent sur les montagnes se tournent vers le ski.»

Un problème pour toute l'industrie

Le bassin d'amateurs de planche à neige peine à se renouveler. Dans les écoles de ski, l'apprentissage de la planche connaît un fort recul. La question est maintenant de savoir quand s'arrêtera le déclin. Les planchistes représentent actuellement environ 30% de la clientèle sur les montagnes. Ce chiffre va-t-il encore fléchir?

La question est d'autant plus importante que l'industrie des sports de glisse peine à garder la tête hors de l'eau au Québec. Le déclin de la planche est donc loin d'être une bonne nouvelle pour les skieurs.

«La stagnation de la pratique de la planche à neige est un véritable phénomène, peut-on lire en guise d'avertissement dans un récent article du journal du National Ski Areas Association, aux États-Unis. C'est toute l'industrie qui en souffrira si l'on continue à passer ce problème sous silence.»

En chiffres:

21%: Baisse des ventes de planches à neige aux États-Unis au cours des quatre dernières années.

40%: Baisse des ventes de planches à neige dans les boutiques québécoises Oberson au cours des quatre dernières années.

6,1: L'année dernière, les planchistes ont passé en moyenne 6,1 journées sur les pentes. Il y a 15 ans, la moyenne était de 7,6 jours. Le nombre de journées sur les pentes est resté stable chez les skieurs. On explique ce changement par le vieillissement de la première génération de planchistes.

Sources: SnowSports Industries America, Oberson et National Ski Areas Association.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Sports

Tous les plus populaires de la section Sports
sur Lapresse.ca
»

publicité

la boite:2500684:box

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer