Lake Louise: une mort et ses conséquences

Le parcours de la descente de Lake Louise... (Photo Sergei Belski, USA TODAY Sports)

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Le parcours de la descente de Lake Louise est largement considéré comme le plus facile sur le circuit de la Coupe du monde.

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(Lake Louise) Le parcours de la descente de Lake Louise est largement considéré comme le plus facile sur le circuit de la Coupe du monde. «C'est un parcours de dames», résume le directeur des épreuves masculines, Markus Waldner.

En conséquence, le plan de la Fédération internationale de ski (FIS) était de le rendre «plus dur, plus exigeant» pour cette saison. La mort du Français David Poisson, lors d'un entraînement la semaine dernière à Nakiska, a tout changé.

«On a immédiatement changé de stratégie, a dévoilé Waldner en entrevue après la réunion des capitaines, mercredi soir à Lake Louise. On sait que tout le monde, pas seulement les Français, aura de la difficulté à se concentrer à 100%. Si tu es dans le portillon de départ, tu dois être pleinement concentré et ne pas avoir le moindre doute. C'est un sport étrange. Une descente dure deux minutes, mais tu dois travailler chaque seconde. Si tu fais une petite erreur, tu paies le prix. Et ce prix est élevé.»

En poste depuis 2014, Waldner décrit les descendeurs comme une «famille». Le moment de recueillement en l'honneur de Poisson, qui avait réuni tous les coureurs et leur encadrement deux heures plus tôt devant le lac, en a été la plus belle illustration, selon le directeur italien.

Markus Waldner, directeur des épreuves masculines... (Photo GEORG HOCHMUTH, archives Agence France-Presse) - image 2.0

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Markus Waldner, directeur des épreuves masculines

Photo GEORG HOCHMUTH, archives Agence France-Presse

«Ils ne compétitionnent pas entre eux, ils compétitionnent contre la montagne en premier lieu, a-t-il affirmé. Ils sont donc plus amicaux. À l'opposé des techniciens, qui se battent entre eux. Alors quand l'un des leurs disparaît, ils s'en ressentent grandement. Notre travail est donc d'y aller étape par étape, de ne pas rendre les choses trop difficiles. De leur permettre d'être dans le portillon de départ, prêts à prendre des risques de nouveau. On a donc essayé de rendre le parcours plus doux, facile, moins fou.»

La descente est-elle toujours sûre? Beaucoup plus loquace que son prédécesseur allemand Günter Hujara, surnommé le dictateur, Waldner y va d'une analogie. Quand il était petit, raconte-t-il, il rêvait de pratiquer le motocross. Sa mère refusait, jugeant le sport trop dangereux. À l'adolescence, il s'est acheté une moto.

«Mais ma mamma ne m'a pas donné une lire pour faire ça. Elle détestait ce sport parce que j'étais détruit chaque fois que je rentrais à la maison le week-end. C'est très simple, c'est dangereux. La descente de ski alpin est aussi un sport à haut risque. Mais on a cinq disciplines. Si tu sens que c'est trop dangereux, tu peux faire du slalom. Mais le slalom n'est pas sans danger non plus. Maintenant, quelqu'un est mort et tout le monde réagit comme si c'était plus dangereux que ce ne l'est en réalité.»

Une «combinaison de malchances»

La mort de Poisson, une «combinaison de malchances», est survenue dans le contexte d'un entraînement d'une équipe, hors des cadres de la Fédération internationale. La sécurisation d'un parcours, une priorité de la FIS depuis plusieurs années, est un exercice complexe et coûteux.

Selon Waldner, une centaine de personnes et 20 jours de travail sont nécessaires pour sécuriser une pente de longueur moyenne comme la «Men's Olympic Downhill» de Lake Louise, qui fait un peu plus de trois kilomètres. Des filets de sécurité bordent la piste de haut en bas, parfois en double, même en triple. En moyenne, cela donne de 18 à 20 km de filets. Le directeur estime les coûts de l'opération à environ 150 000 $ (100 000 euros).

«On travaille dans un environnement vraiment sûr. On a eu plusieurs chutes sévères ces dernières années. On a eu des genoux et des jambes cassés. Mais personne n'est mort.»

L'Autrichien Gernot Reinstadler est le dernier skieur à s'être tué en compétition, à Wengen, en 1991.

Même si les circuits inférieurs offrent des standards de sécurité moins élevés, Markus Waldner assure qu'il est possible d'éviter le pire avec un peu de «sensibilité» et de «créativité». «En bougeant une clôture ici et là. Je sais de quoi je parle. J'ai été directeur de la Coupe d'Europe pendant 17 ans et aucun coureur n'est mort.»

Mais la FIS sanctionne 6000 courses chaque saison aux quatre coins de la planète. Les morts sont inévitables, a-t-il souligné. «Peut-être que vous n'en entendez pas parler. Là, un des meilleurs coureurs se tue. Ça crée du stress. Il y a des accidents. À mon point de vue, leur nombre reste peu élevé. Ça peut paraître dur de dire cela, mais c'est toujours un sport sûr.»

N'empêche, le directeur des épreuves masculines est conscient que la disparition tragique de David Poisson, dont le corps a été rapatrié en France hier, aura un impact profond sur la psyché des coureurs, en particulier les plus âgés. «Tu n'oublies jamais ça. Jamais. Mais tu dois vivre avec, le digérer de la meilleure façon.»

En cette saison olympique, Waldner s'attend à ce qu'encore plus de vétérans lorgnent la retraite. «Je ne donnerai pas de noms, mais je connais très bien les gars. Je sais que certains d'entre eux ne vont pas performer cet hiver. Parce qu'ils ne pourront aller à leur limite. Ensuite, ils s'arrêtent. Croyez-moi, ça concernera certains grands noms.»

La descente de Lake Louise est prévue demain, suivie d'un super-G dimanche. Chaque coureur portera un ruban noir avec un coeur et l'inscription «David» à son dossard. Les Français auront en plus un drapeau tricolore sur la partie inférieure.




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