Avalanche au Chili: JP Auclair n'a eu aucune chance

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Le skieur Jean-Philippe Auclair était en expédition au mont San Lorenzo, dans le sud du Chili, pour tourner un film lorsqu'il a été emporté par une avalanche.

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Le skieur Jean-Philippe Auclair n'a eu aucune chance de survivre à l'avalanche qui l'a balayé lundi en Patagonie, à la frontière du Chili et de l'Argentine.

Après avoir entretenu un mince espoir la veille, le photographe Félix Rioux, un proche de la famille, s'est résigné à confirmer l'inévitable en fin d'après-midi hier. Auclair, 37 ans, et son collègue et ami skieur Carl Andreas Fransson, un Suédois de 31 ans, ont bel et bien péri dans l'avalanche.

«C'est pas mal un fait accompli. C'est final», a indiqué Rioux, cofondateur du Festival international du film de freeski (IF3), dont Auclair était un fidèle participant depuis les débuts en 2007. Rioux venait de s'entretenir avec le frère de la conjointe d'Auclair qui, le printemps dernier, a donné naissance au premier enfant du couple.

La famille a reçu hier un appel des deux survivants de l'avalanche, le caméraman Bjarne Sahlen et le photographe Daniel Ronnback, deux Suédois qui participaient à l'expédition. «Ils leur ont expliqué ce qui était arrivé, la façon dont l'incident s'est produit, les conditions, a expliqué Rioux. C'était une avalanche de roches et de glace. Ils leur ont dit qu'ils n'avaient vraiment aucune chance de survivre.»

Le quatuor était en expédition au mont San Lorenzo (3706 mètres), dans la région d'Aysen, dans le sud du Chili, pour tourner un film quand l'avalanche est survenue. La coulée de 700 m aurait emporté Auclair et Fransson du côté de la frontière argentine, selon des médias chiliens.

La tâche de récupérer les corps a donc été confiée aux autorités argentines, en coordination avec le bureau national des urgences du ministère de l'Intérieur du Chili. L'expédition de récupération des corps devait se dérouler hier, dans cette région difficilement accessible. Une autopsie doit ensuite être pratiquée à Rio Gallegos, en Argentine, avant que les dépouilles ne soient remises aux familles.

Le ministère des Affaires étrangères du Canada n a pu confirmer la mort d'Auclair, indiquant avoir «pris connaissance de rapports indiquant qu'un citoyen canadien aurait été pris dans une avalanche à la frontière du Chili et de l'Argentine». «Les agents consulaires canadiens sont en contact avec les autorités locales pour obtenir davantage de renseignements et sont prêts à offrir l'aide consulaire nécessaire», a précisé un porte-parole par courriel.

Reportages aux quatre coins de la planète

Lyz Daley, une surfeuse des neiges et alpiniste américaine de 29 ans, est morte elle aussi lundi dans une avalanche en Argentine, un peu plus au nord. La mort de Jean-Philippe Auclair, que tout le monde appelait «JP», a fait l'objet de reportages aux quatre coins de la planète. Originaire de Cap-Rouge, il était une légende dans le monde du ski en général, et dans celui du «freeski» en particulier. Véritable pionnier de la discipline, son apport a été souligné tant comme compétiteur, vedette de films, réalisateur, concepteur, innovateur et homme d'affaires.

«Je n'exagère même pas en disant que c'est lui qui a été le plus grand innovateur de notre sport en général, après celui qui a inventé les planches», l'a salué l'ex-skieur et entraîneur de ski acrobatique Dominick Gauthier. Ce dernier a connu JP Auclair à l'époque où il faisait du ski alpin et du vélo de montagne à Stoneham, au milieu des années 90, avant qu'il intègre l'équipe canadienne de ski acrobatique. «Déjà, à l'époque, il faisait des 720, a rappelé Gauthier. C'était vraiment un athlète exceptionnel.»

Sa progression rapide et son sens de l'innovation l'ont poussé hors des sentiers battus. Avec ses acolytes Jean-François Cusson et Vincent Dorion, Auclair a participé à la conception et à la popularisation des skis à double spatule, qui ont littéralement relancé l'industrie du ski à la fin des années 90.

Leurs manoeuvres audacieuses dans les modules, les parcs à neige et même dans les milieux urbains ont mené à la création du slopestyle, une discipline qui a fait ses débuts olympiques aux Jeux de Sotchi.

«C'est un sport qu'il a inventé, a affirmé Gauthier. JP n'était pas celui qui faisait les plus grandes manoeuvres ou les plus grandes folies, mais tout ce qu'il faisait était le plus beau, le plus stylisé.»

«Un être humain incroyable»

Aujourd'hui entraîneur avec l'équipe canadienne de slopestyle, Cusson est attristé par la perte de son ami Auclair, un «être humain incroyable».

«JP était de loin le perfectionniste le plus créatif et le plus rigoureux que j'ai connu, a exprimé Cusson dans un communiqué. Le ski extrême est peut-être un sport dangereux, mais il était méticuleux dans chacun des aspects de sa préparation. Tout! J'ai donc toujours pensé qu'il était intouchable.

«Personne n'est venu près d'atteindre son talent et sa capacité à repousser les frontières de la créativité, a ajouté Cusson. Le sport a perdu un innovateur pionnier et sentira sa perte, mais je chérirai à jamais les merveilleux souvenirs que j'ai avec JP.»

En vedette dans d'innombrables films de freeski, Auclair a consacré les dernières années de sa carrière au ski de poudreuse dans l'arrière-pays. Fransson, son compagnon d'infortune, était reconnu pour ses exploits sur les terrains les plus pentus. Dans une vidéo tournée à Chamonix où ils racontent leur rencontre, les deux skieurs mentionnent à quel point la sécurité est plus importante que le plus attirant des virages.

Félix Rioux a déjà prévu rendre hommage à son ami disparu à l'occasion du IF3 l'an prochain. «J'ai encore de la misère à avaler les pilules. C'est irréel.»

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