Marie-Ève Beauchemin-Nadeau 9e: voyage au pays de la douleur

Marie-Eve Beauchemin-Nadeau... (PHOTO Stoyan Nenov, REUTERS)

Agrandir

Marie-Eve Beauchemin-Nadeau

PHOTO Stoyan Nenov, REUTERS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Il y avait une Kazakhe, une Chinoise, une Bulgare... Il y avait une barre de métal et des kilos de fonte. Il y avait le silence dans l'aréna et, tout d'un coup, le bruit sourd d'une charge qui tombe sur le sol.

> Voyez les essais de Marie-Eve Beauchemin-Nadeau

Nous étions dans un bâtiment un peu vieillot. Ils n'auraient jamais osé présenter la précieuse natation entre des murs si modestes. Nous étions à Rio, mais en réalité nous étions à l'haltérophilie : au pays de la douleur.

Il y avait cet entraîneur kazakh qui sautait, moulinait les bras comme un furieux, dès que sa protégée réussissait une barre. Il y avait cette féroce Chinoise qui, après avoir failli s'autoguillotiner quand sa charge lui a échappé, est revenue gagner l'or comme si de rien n'était.

Et il y avait la Québécoise Marie-Ève Beauchemin-Nadeau, olympienne, médecin et haltérophile. Elle a fini neuvième. Elle était bien déçue. Mais s'ils donnaient des médailles pour ceux qui ont le plus ramé pour se rendre aux Jeux, elle serait repartie avec l'or.

« Les derniers quatre ans ont été extrêmement difficiles. Au moins une dizaine de fois, j'ai pensé que je ne me rendrais pas ici. »

L'athlète de 27 ans en était à ses deuxièmes Jeux. À Londres, elle avait aussi terminé huitième. Elle avait levé un total de 239 kg. Deux ans plus tard, aux Jeux du Commonwealth, l'haltérophile réussissait à lever 250 kg au total.

Alors bien sûr, elle s'est mise à rêver de faire mieux à ses seconds Jeux. Tout en s'entraînant, elle étudiait la médecine, faisait sa résidence, essayait de conjuguer les deux. Sauf que les blessures ont commencé à s'accumuler.

Elle fait de l'haltérophilie depuis 13 ans, et elle a dû se faire opérer quatre fois déjà. Mais dans les deux dernières années, la douleur est devenue une présence quotidienne.

« Je me suis entraînée beaucoup sur la douleur. Je n'aurais pas été censée faire ça si j'avais voulu la meilleure santé de genoux possible, a-t-elle admis hier après la compétition. Mais en même temps, j'avais des compétitions de qualification. Si je voulais me rendre ici, il fallait que je les passe. Alors il a fallu que je pousse. »

Pendant ces mois difficiles où elle tentait de se qualifier pour Rio, son chum a dû la « ramasser à la petite cuillère » souvent. Beauchemin-Nadeau a aussi beaucoup réfléchi à ce qu'elle était prête à faire pour l'haltérophilie.

« La limite, je la place entre ce qui est permanent et ce qui se guérit. Certains athlètes en haltérophilie se mettent à perdre du poids de façon excessive et endommagent de façon permanente leur métabolisme. Ils se mettent à risque de se faire des déchirures ligamentaires, déchirures de tendons... Ça, je ne suis pas prête à le faire. »

Mais vivre au quotidien avec la douleur, elle était prête. Elle l'a fait. Et elle s'est qualifiée.

Neuvième... en attendant

Hier à Rio, elle a réussi à soulever 228 kg (98 à l'arraché et 130 à l'épaulé-jeté). C'est moins qu'aux Jeux du Commonwealth il y a deux ans, et moins qu'à Londres il y a quatre ans. C'est pour ça qu'elle est déçue.

« J'avais fait de meilleures barres à l'entraînement. Habituellement, je suis capable de faire un peu mieux en compétition. Donc c'est assez décevant. C'est la plus grosse compétition, les Jeux. »

Elle finit neuvième au classement, « en attendant les tests antidopage », dit-elle. On dirait une blague, mais c'est très sérieux. Christine Girard avait fini troisième à Londres. Il y a quelques mois, un peu après que l'Agence mondiale antidopage a décidé de rouvrir les échantillons des derniers Jeux, elle a appris qu'elle finissait... première. Les deux filles devant elle s'étaient dopées.

Pour l'instant, donc, la victoire appartient à la Chinoise Yanmei Xiang, qui a soulevé 261 kg avec un aplomb désarmant. La Kazakhe Zhazira Zhapparkul a pris l'argent et l'Égyptienne Sara Ahmed, le bronze. C'était la première Égyptienne de l'histoire à finir sur un podium aux Jeux olympiques. Ahmed portait un hijab conçu spécialement pour le sport.

Maintenant, Beauchemin-Nadeau ne sait pas trop ce qui l'attend. Elle se prépare à déménager à London, en Ontario, pour suivre son conjoint qui commence une maîtrise en philosophie. Elle va pratiquer la médecine à temps partiel, va faire des cours de sciences sociales à distance avec la TÉLUQ. Et l'haltérophilie ?

« Je vais guérir mes bobos et je vais prendre une décision après. Si je ne suis pas capable de m'entraîner sans douleur, ça risque d'être la fin de ma carrière. »

« Mais si je suis capable de guérir mes genoux et mes hanches, j'aimerais beaucoup continuer de m'entraîner. J'adore l'haltérophilie. Ça fait 13 ans que je fais ce sport-là et ce n'est pas juste pour les Jeux. C'est aussi parce que j'adore ça. Je voudrais continuer. Mais il va falloir que je sois en santé. »

C'est peut-être la fin de la compétition, des Bulgares, des Kazakhes et des Chinoises pour elle. Mais Marie-Ève Beauchemin Nadeau espère que ce n'est pas la fin de la fonte. Elle espère que son corps suivra, qu'au pays de la douleur, il aura encore le dernier mot.

Partager

À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires : Sports

Tous les plus populaires de la section Sports
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer