Le TAS prive l'équipe d'athlétisme russe des JO

«Merci à tous d'avoir enterré l'athlétisme», a aussitôt... (Photo Julie Jacobson, archives AP)

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«Merci à tous d'avoir enterré l'athlétisme», a aussitôt réagi la double championne olympique de saut à la perche Yelena Isinbayeva, dénonçant une décision «purement politique». La perchiste avait l'ambition de remporter un troisième titre olympique à Rio avant de prendre sa retraite sportive. On la voit ici lors des Jeux olympiques de Pékin.

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Agnès PEDRERO, , Olivier LUCAZEAU
Agence France-Presse
Lausanne et Paris

La «tsarine» de la perche Yelena Isinbayeva ne pourra pas décrocher un troisième titre olympique à Rio: le Tribunal arbitral du sport (TAS) de Lausanne a confirmé jeudi la suspension des sportifs russes pratiquant les disciplines de l'athlétisme, ouvrant la voie à une exclusion collective de la Russie par le CIO.

C'est un géant de l'athlétisme qui est ainsi privé des JO, le pays qui avait fini deuxième dans cette discipline derrière les États-Unis aux Jeux de Londres en 2012.

Pas de Isinbayeva donc, ni de Sergey Shubenkov, le champion du monde du 110 m haies. Tous les athlètes qui avaient fait appel de leur suspension par la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) le 17 juin ont été recalés jeudi par le TAS, à l'unanimité de ses trois juges.

Ce jugement est donc un succès par KO pour l'IAAF et son président Sebastian Coe face au dopage d'État mis en place par la Russie.

Le double champion olympique du 1500 m n'a pourtant pas crié victoire jeudi: «Si nous apprécions que nos règles et notre pouvoir d'appliquer nos règlements aient été ainsi soutenus, ce n'est pas un jour pour des déclarations triomphantes», a insisté Lord Coe, dans un communiqué où l'IAAF estime que désormais le jugement du TAS a créé les conditions de «compétitions à armes égales» entre les athlètes.

Vers «l'option nucléaire»?

«Merci à tous d'avoir enterré l'athlétisme», a aussitôt réagi Isinbayeva jeudi, dénonçant une décision «purement politique», comme le ministre des Sports Vitali Moutko qui a évoqué lui une sanction «sans fondement juridique».

«On ne peut que regretter profondément» cette décision concernant des «athlètes qui n'ont rien à voir avec le dopage», a déclaré de son côté le Kremlin.

Deux autres sports avaient déjà pris une telle mesure d'exclusion pour les JO-2016: l'haltérophilie avec la Bulgarie et le canoë-kayak en ligne avec la Roumanie et le Bélarus.

Cette décision du TAS rend désormais encore un peu plus envisageable une exclusion collective de la Russie par le Comité international olympique (CIO), poussé de toutes parts à une telle extrémité depuis la publication du rapport McLaren lundi et ses détails sordides sur le «système de dopage d'État» en Russie, avec l'aide active» des «magiciens» du FSB, les services secrets du Kremlin.

Dès mardi le CIO avait cependant pris ses précautions en expliquant qu'il «explorait toutes les options juridiques» à sa disposition, mais qu'il entendait attendre la décision du TAS. Mercredi il avait ajouté qu'il se donnerait «sept jours» pour étudier ce verdict, soit jusqu'au 27 juillet au plus tard. À neuf jours des JO!

La commission exécutive du CIO se réunira dimanche et un communiqué est attendu à l'issue de cette réunion, a indiqué l'instance olympique à l'AFP.

Si une telle mesure d'exclusion collective de la Russie était prise par le CIO, ce serait «l'option nucléaire» avait affirmé récemment Dick Pound, le président fondateur de l'AMA.

Le Comité olympique allemand (DOSB) s'est prononcé pour une solution moins radicale: uniquement l'exclusion des sportifs russes des 20 disciplines spécifiquement mentionnées dans le rapport McLaren.

C'est Dick Pound qui est à l'origine de la chute des athlètes russes. Dans son rapport commandé par l'AMA, c'est lui qui avait dénoncé le 9 novembre dernier la Russie, son gouvernement, ses athlètes et leur «culture profondément enracinée de la tricherie».

Au passage, l'AMA avait tout de suite réclamé la mise au ban du monde sportif des athlètes russes, et donc leur exclusion des JO de Rio, en estimant que ces cas de dopage n'auraient «pas pu exister» sans l'assentiment du gouvernement.

Klishina et Stepanova seules

Ce rapport de plus de 300 pages avait décrit «un haut niveau de collusion parmi les athlètes, les entraîneurs, les médecins, les officiels et les agences sportives pour fournir de façon systématique aux athlètes russes des produits dopants afin d'atteindre le principal objectif de l'Etat (...): produire des vainqueurs».

Le 13 novembre, par 22 voix pour la suspension et 1 seule contre, l'IAAF avait suspendu provisoirement la Fédération russe d'athlétisme. Cette suspension provisoire avait été rendue définitive par l'IAAF le 17 juin.

Aucun athlète russe aux Jeux de Rio donc? Pas tout à fait: elles seront deux à Rio, à avoir échappé au filet antidopage lancé par l'IAAF.

Darya Klishina d'abord. Cette spécialiste du saut en longueur a en effet appris le 10 juillet qu'elle était la seule repêchée par l'IAAF. Sa chance? Être basée en Floride, aux États-Unis, et avoir donc subi des contrôles antidopage crédibles.

La seule autre athlète russe certaine de pouvoir aller au Brésil est Yulia Stepanova, la lanceuse d'alerte à l'origine de toutes les révélations sur le dopage en Russie après son témoignage à visage découvert dans un documentaire de la chaîne allemande ARD en décembre 2014.

Repêchée depuis le 1er juillet par l'IAAF, celle-ci devrait concourir sous la bannière olympique, ou un drapeau neutre, ayant refusé de s'aligner sous le drapeau russe.

Chronologie du scandale

DÉCEMBRE 2014

3: «Dossier secret sur le dopage: comment la Russie produit ses vainqueurs»: ce documentaire de la chaîne allemande ARD révèle un dopage systématique couvert par les autorités russes dans l'athlétisme.

5: le Comité international olympique (CIO) demande l'ouverture d'une enquête.

11: deux membres de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) renoncent à leurs fonctions alors que des allégations de corruption et de dopage sont examinées par la commission d'éthique de l'instance: le président de la Fédération russe d'athlétisme et trésorier de l'IAAF Valentin Balakhnichev, ainsi qu'un consultant marketing de l'IAAF, Papa Massata Diack, l'un des fils du président d'alors, Lamine Diack.

16: l'Agence mondiale antidopage (AMA) met sur pied une commission d'enquête afin d'enquêter sur les allégations de l'ARD. Elle est présidée par le fondateur de l'AMA, le Canadien Dick Pound.

AOÛT 2015

1: juste avant les Championnats du monde à Pékin, ARD diffuse un nouveau documentaire «Dopage - top secret: le monde opaque de l'athlétisme», avec de nouvelles accusations à l'encontre d'athlètes russes et kényans. ARD et le journal britannique The Sunday Times évoquent des listes d'athlètes aux profils suspicieux, environ 5.000 tests sanguins troubles sur 12.000 échantillons. Le reportage émet également des doutes concernant des médaillés et des champions olympiques.

19: le Britannique Sebastian Coe, ex-athlète et figure de proue de la candidature de Londres pour les JO-2012, est élu à la présidence de l'IAAF, succédant à Lamine Diack en poste depuis 15 ans.

NOVEMBRE 2015

7: deux jours avant la publication du rapport de la commission d'enquête de l'AMA, un des coauteurs affirme à la BBC que ce rapport pourrait «bouleverser le fonctionnement de ce sport».

8: Coe déclare à l'AFP être «choqué, en colère et profondément attristé».

9: L'AMA rend publique les premières conclusions du rapport d'enquête de sa commission indépendante. Elles sont accablantes pour la Russie, sévèrement pointée du doigt jusqu'aux plus hauts sommets. Ces cas de dopage n'auraient «pas pu exister» sans l'assentiment du gouvernement, écrit la commission d'enquête. Elle préconise la suspension de la Fédération russe d'athlétisme pour les prochains JO-2016 de Rio.

11: depuis Sotchi, le président russe Vladimir Poutine joue l'apaisement, pour ses premières déclarations depuis que le scandale a éclaté. Le chef du Kremlin ordonne une enquête interne et plaide pour des sanctions individualisées plutôt que collectives.

13: le Conseil de l'IAAF suspend provisoirement la Fédération russe d'athlétisme, ouvrant la voie à une possible absence des athlètes russes pour les JO-2016 de Rio.

26: la Fédération russe d'athlétisme (ARAF) renonce à faire appel et accepte sa suspension.

JANVIER 2016

14: l'AMA rend publique la seconde partie de son rapport, mettant en avant la responsabilité de l'IAAF. Ses dirigeants «ne pouvaient pas ne pas connaître l'ampleur du dopage dans l'athlétisme», énonce-t-elle.

MARS 2016

6: l'ARD diffuse un nouveau documentaire dans lequel la chaîne allemande affirme que la Russie enfreint toujours les règles antidopage.

7: la joueuse de tennis Maria Sharapova annonce qu'elle a été contrôlée positive au Meldonium, un médicament destiné à traiter des problèmes relatifs au diabète et vendu uniquement en Europe de l'Est. Près de deux cents sportifs de toutes disciplines ont été contrôlés positifs au Meldonium, dont de nombreux Russes.

11: le Conseil de l'IAAF, réuni à Monaco, maintient la suspension de la Fédération d'athlétisme de Russie malgré les «progrès considérables» faits par le pays depuis sa suspension. La décision définitive quant à la participation des athlètes russes aux JO de Rio est programmée pour juin.

MAI 2016

12: l'ancien directeur du laboratoire de Moscou, Grigory Rodchenkov, exilé aux États-Unis pour raisons de sécurité, révèle dans le New York Times que les Jeux d'hiver de Sotchi 2014 ont été l'objet d'une triche à grande échelle. Il implique les services secrets russes, coupables d'avoir échangé les échantillons douteux, et affirme qu'au moins 15 médaillés russes étaient dopés.

JUIN 2016

8: un nouveau documentaire de l'ARD, le quatrième, met en cause directement le ministre russe des Sports Vitali Moutko qui aurait couvert un cas de dopage dans le football russe en 2014. La chaîne estime que le dopage d'État dans le sport russe se poursuit.

17: Réuni à Vienne, le Conseil de l'IAAF  maintient la suspension de la Fédération russe d'athlétisme prononcée en novembre 2015, mais laisse la porte ouverte à la présence d'athlètes russes aux JO de Rio (5-21 août). 21: Le CIO, lors d'un Sommet olympique, décide que les athlètes russes non suspectés de dopage et repêchés par l'IAAF pourront participer aux JO, sous bannière russe.

JUILLET 2016

1er: la lanceuse d'alerte Yulia Stepanova, désormais réfugiée aux États-Unis, est déclarée éligible pour les JO de Rio par l'IAAF.

1er: Anna Chicherova, championne olympique en titre à la hauteur, est contrôlée positive après une nouvelle analyse de l'échantillon prélevé lors des JO de Pékin 2008. Elle est suspendue par l'IAAF.

4: 68 athlètes russes ont saisi le TAS pour obtenir la levée de leur suspension par l'IAAF. Le tribunal de Lausanne annonce sa décision pour le 21 juillet au plus tard.

10: Darya Klishina, spécialiste du saut en longueur, déclarée éligible pour les JO par l'IAAF, sous maillot neutre. Klishina, double championne d'Europe en salle (2011, 2013), est basée en Floride.

18: le rapport McLaren, commandé par l'AMA, dénonce un «système de dopage d'État», touchant 30 sports, depuis 2011 et jusqu'en 2015, avec l'aide active des services secrets russes (FSB), et ce notamment lors des JO de Sotchi 2014 et des Mondiaux d'athlétisme de Moscou en 2013. 19: La commission exécutive du CIO déclare «explorer toutes les options juridiques» entre exclusion collective de la Russie et «droit à la justice individuelle» des sportifs russes. Concrètement, le CIO explique que «l'admission de chaque athlète russe devra être décidée par sa Fédération internationale, sur la base de l'analyse individuelle des contrôles antidopage auxquels il s'est soumis au niveau international».

20: le CIO annonce qu'il se donne sept jours pour étudier le verdict du TAS attendu le lendemain.

21: le TAS rejette l'appel des athlètes russes de leur suspension par l'IAAF, les privant donc définitivement des Jeux de Rio.

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