L'ombre de Netflix plane sur le sport

Scott Moore, président de Sportsnet, constate que la... (Photo Olivier PontBriand, La Presse)

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Scott Moore, président de Sportsnet, constate que la télé traditionnelle est poussée dans ses derniers retranchements.

Photo Olivier PontBriand, La Presse

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Imaginez si vous pouviez regarder les matchs du Canadien non pas sur RDS, TVA Sports ou Sportsnet, mais bien grâce à un service à la carte comme Netflix, qui coûte la fraction du prix d'un forfait câblé classique.

Ce scénario ne relève pas de la science-fiction. Il préoccupe même les télédiffuseurs canadiens, dont le président de Sportsnet, devenu depuis quelques mois l'un des acteurs les plus influents du monde du sport au pays.

«C'est très inquiétant», a lâché Scott Moore lors d'un entretien récent au centre-ville de Montréal.

Moore et Sportsnet ont signé il y a bientôt un an une entente historique avec la Ligue nationale de hockey (LNH). On connaît les chiffres: 12 ans et 5,2 milliards.

On sait moins pourquoi l'entente est si longue. D'abord parce que les chaînes veulent s'assurer de l'exclusivité des droits sportifs, l'un des derniers bastions de rentabilité dans l'univers de la télé. Mais aussi parce qu'elles craignent l'arrivée prochaine d'un nouvel acteur dans l'industrie du sport: Netflix.

«Imaginons que les droits de la LNH avaient été négociés non pas l'année dernière, mais dans deux ans, explique le président de Sportsnet. Netflix, Google et Facebook auraient pu miser pour les droits. Ils auraient pu nous mettre en faillite. RDS, TVA, TSN et nous, nous ne nous battons plus les uns contre les autres aujourd'hui. Nous nous battons contre ces grandes entreprises internationales.»

Scott Moore raconte qu'il était à une conférence internationale à Los Angeles il y a deux ans. Il a croisé l'un des patrons de Netflix, Ted Sarandos. «Je lui ai demandé quand ils comptaient se lancer dans les sports. Il m'a dit qu'ils n'allaient jamais se lancer dans les sports. Je n'y crois pas. Un jour, ils vont se lancer dans les sports et ça va changer l'industrie.»

«Voilà pourquoi ESPN s'engage dans des contrats de 10, 12 ou 20 ans. Voilà pourquoi NBC acquiert les droits des Jeux olympiques pour 20 ans», illustre Moore.

Un écosystème menacé

Scott Moore est conscient que la télé traditionnelle est poussée dans ses derniers retranchements. De plus en plus de téléspectateurs enregistrent leurs émissions favorites et sautent les publicités. Et de plus en plus se passent de la télé câblée.

«Les sports représentent le dernier bastion du direct. Quand j'étais enfant, les dimanches soir, on s'assoyait et on écoutait l'Ed Sullivan Show. Maintenant, les gens peuvent enregistrer tout ça», note Moore.

De plus en plus d'entre eux se tournent également vers des services comme Netflix. L'entreprise refuse de dévoiler le nombre de ses abonnés au pays, malgré les demandes du CRTC. Mais un récent sondage mené par la firme Media Technology Monitor estime que 29% des Canadiens anglais sont abonnés à ce service.

La crainte des télédiffuseurs est donc que Netflix se tourne tout naturellement vers la diffusion d'événements sportifs, que ce soit la NFL, le baseball majeur ou... la LNH.

«Les télédiffuseurs doivent travailler ensemble pour créer un écosystème viable au Canada. Parce que si on perd les droits au profit de Netflix, ils ne vont pas se soucier des emplois à Montréal ou à Toronto, fait valoir M. Moore. Ils vont tout rapatrier en Californie.»

«Netflix répète au CRTC qu'elle n'a aucune autorité sur elle. Netflix retire des dizaines de millions de dollars hors de l'économie canadienne, lance Scott Moore. Ce n'est pas un environnement viable pour le Canada et les Canadiens. Voilà pourquoi je pense que cette entente (avec la LNH) est excellente pour nous et pour l'ensemble de l'industrie canadienne.»

Une entente rentable?

Mais cette entente de 5,2 milliards en vaudra-t-elle la peine? Plusieurs observateurs en doutent, mais Scott Moore y croit. La clé, selon lui, ne réside pas seulement dans les abonnés et la publicité, mais bien dans les gains multiplateformes. Il cite en exemple les nouveaux abonnés potentiels aux services de Rogers.

«On n'aurait pas fait cette entente si on ne pensait pas qu'elle serait rentable. On a dû convaincre le conseil d'administration que cette entente était viable seulement du point de vue des médias, explique Scott Moore. Mais il y a aussi d'autres gains pour Rogers. Par exemple, si Rogers convainc 100 000 ou 200 000 personnes de changer d'opérateur téléphonique pour aller chez Rogers, l'impact sera énorme.»

Pour convaincre les consommateurs de changer d'allégeance, Rogers a décidé d'offrir gratuitement les matchs de la LNH à ses abonnés sur leur tablette, leur téléphone intelligent et leur ordinateur. «C'est immense», lâche le président de Sportsnet.

SPORTSNET

1998
Création de Sportsnet, 14 ans après celle de TSN.
2,01
millions
Pour le match d'ouverture entre le Canadien et les Maple Leafs, Sportsnet a attiré 2,01 millions de téléspectateurs. Il s'agissait d'un nouveau record pour la station, même si le chiffre était en baisse. Un an plus tôt, CBC avait attiré 2,33 millions de téléspectateurs pour le même match d'ouverture.
1,44
million
Le record d'audience précédent de Sportsnet était de 1,44 million de téléspectateurs. Il avait été établi en 2013 par les Blue Jays.
8,2
millions
Selon Sportsnet, la chaîne est offerte dans 8,2 millions de foyers canadiens. TSN aurait quant à elle 9,2 millions d'abonnés.

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