Possession de rondelle: une expression galvaudée?

James Wisniewski envoie le disque dans le territoire... (Photo Reuters)

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James Wisniewski envoie le disque dans le territoire du Lightnin lors d'un match le 30 décembre dernier.

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«Possession de rondelle.» Les entraîneurs de la Ligue nationale de hockey emploient cette expression à outrance. À les écouter, on croirait que les 30 clubs de la LNH jouent comme les Red Wings de Detroit.

Pourtant, la presque totalité des clubs envoient systématiquement la rondelle en fond de territoire adverse lors des changements de trio, et trop souvent lors des entrées de zone. Pourquoi insister sur l'importance de posséder la rondelle et de remporter ses mises au jeu quand on donne si souvent le disque à l'adversaire?

«Peu de clubs peuvent prétendre pratiquer un style de possession de rondelle, admet l'entraîneur en chef du Lightning de Tampa Bay, Guy Boucher. Il y en a trois ou quatre au maximum parce que les autres ne possèdent pas suffisamment de joueurs assez habiles pour le faire.»

Boucher ne veut pas les nommer mais il fait probablement référence aux Red Wings de Detroit, aux Canucks de Vancouver et aux Flyers de Philadelphie.

L'entraîneur du Lightning affirme que l'expression «possession de rondelle» peut prendre plusieurs formes. «Il y a différentes façons de voir le concept. Est-ce qu'on veut conserver la rondelle longtemps ou la posséder souvent? J'opte pour la deuxième notion. La pression adverse est très forte dans le hockey d'aujourd'hui. Plutôt que de perdre la rondelle dans la zone dangereuse, on préfère l'envoyer en fond de territoire et tenter de la récupérer avec un échec-avant soutenu. Ça ne veut pas dire s'en débarrasser pour autant, parce que je déteste la notion de dumping. On fait parfois des regroupements en zone défensive pour nos changements de trio, mais on risque de se faire coincer près de notre filet par un ou même deux adversaires en échec-avant. On préfère donc larguer la rondelle loin en zone adverse plutôt que dans une zone à risque.»

L'entraîneur de l'Océanic de Rimouski, Clément Jodoin, adjoint d'Alain Vigneault chez le Canadien à l'époque, abonde dans le même sens. «Il n'y a plus d'espace pour manoeuvrer. Beaucoup d'équipes utilisent désormais la super trappe. Les cinq joueurs attendent à la ligne rouge. La seule façon d'entrer en zone adverse, c'est d'envoyer la rondelle en fond de zone adverse. Pour les changements de trio, on ne pourrait jamais utiliser notre quatrième trio si on n'envoyait pas la rondelle en fond de zone. Plusieurs équipes européennes contournent le problème en effectuant un changement de joueur à la fois. On l'a vu au Championnat mondial de hockey junior. Mais contrôler la rondelle pour la contrôler, sans attaquer, ça sert à quoi?»

Pour l'analyste à CKAC Dany Dubé, ancien entraîneur de l'équipe olympique canadienne, la possession de rondelle s'est muée en placement de rondelle. «On parle désormais de possession du jeu. Si tu as la rondelle, que tu l'envoies derrière un défenseur et que ton coéquipier converge vers la rondelle libre, c'est un placement, un endroit où l'adversaire ne peut aller. Même si tu ne possèdes pas la rondelle, tu possèdes le jeu, c'est toi qui presses. Tu emmènes l'adversaire où tu veux. Ce n'est pas du dumping. C'est une notion qui se développe de plus en plus, une stratégie inévitable tellement la pression est devenue forte sur le porteur du disque en raison de la vitesse des joueurs.»

Mauvais spectacle

En fait, le hockey a trop évolué, croit Guy Boucher. «Les tactiques sont tellement développées qu'il devient difficile de créer de l'attaque. On arrive tous les trois ou quatre ans à trouver de nouvelles formules mais les défenses s'ajustent rapidement. C'est beaucoup plus facile de défaire quelque chose que de le créer. Le bonhomme de neige se détruit en un seul coup de pied, mais il a fallu du temps pour le fabriquer. Ce n'est pas pour rien que la moyenne d'efficacité en infériorité numérique est supérieure à 80% tandis que le taux de succès en supériorité numérique avoisine les 20%.»

Le fan est perdant parce que le spectacle en souffre, estime Georges Larivière, professeur honoraire en éducation physique à l'Université de Montréal et entraîneur avec l'équipe nationale junior au début des années 80. «La parité est réellement atteinte dans la Ligue nationale. Garde cinq ou six des meilleurs joueurs par club et échange tous les autres, ça ne modifierait pas grand-chose. Mais le hockey est un sport-spectacle et lancer la rondelle au fond, ce n'est pas un spectacle. Tous les joueurs sont bons, ça patine bien, mais le jeu n'a pas évolué plus qu'il faut.»

Clément Jodoin acquiesce. «C'est un peu plate pour le spectateur, en effet. Dans la NBA, ils ont enlevé la couverture de zone parce que les joueurs ne pouvaient plus entrer dans la bouteille. Ils lançaient toujours de l'extérieur. Est-ce qu'on pourrait copier le basket? On verrait beaucoup plus d'ouvertures, il y aurait plus d'espace. Ça pourrait être plus compliqué pour les arbitres. Mais c'est une autre affaire. Est-ce qu'il y a trop d'arbitres? Si on les assoit dans un siège, à chaque extrémité, ils pourraient tout voir...»

Dany Dubé a d'autres solutions. «On est tous d'accord avec le principe énoncé par Clément. Mais comment l'appliquer? On arrête le jeu et on remet la rondelle à l'autre club? Ça dénaturerait le hockey. Pour avoir plus d'attaque et de spectacle, il faudrait réduire les formations à onze attaquants. Le quatrième trio perdrait sa vocation de trio énergique. Les joueurs offensifs seraient plus en valeur. Ça ouvrirait le jeu.»

On est encore loin d'une révolution au plan tactique. Mais de grâce, qu'on cesse de nous parler d'un style de possession de rondelle quand ce n'est pas le concept qu'on a sous les yeux.

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