Hockey: en attente de l'innovation

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Sportvision a muni les joueurs et les rondelles de puces électroniques au match des étoiles 2015 de la LNH.

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(TORONTO) Que serait un match de football à la télévision sans la fameuse ligne jaune qui indique la ligne du premier essai ?

Les amateurs de baseball, eux, sont maintenant habitués à toujours voir une zone des prises virtuelle dans leur écran. Quel meilleur moyen de pester contre l'arbitre !

Le hockey est toujours en attente de sa grande innovation télévisuelle. Heureux hasard, l'entreprise à l'origine de la zone des prises et de la ligne du premier essai travaille avec la LNH et semble sur le point de réaliser une percée.

Cette firme, c'est Sportvision. C'est elle qui a muni les joueurs et les rondelles de puces électroniques au match des étoiles 2015. Et elle met de nouveau à l'essai ces puces à la Coupe du monde cette semaine, ce qui explique les nouvelles données présentées pendant la télédiffusion des matchs.

Vitesse des tirs, des patineurs, positionnement des joueurs, durée des présences : la quantité de données amassées pourrait exploser, en comparaison au travail manuel - parfois approximatif - actuellement fait pour compiler les tirs, les mises en échec, les revirements et le temps d'utilisation.

Avec cette collecte de données, quelle sera donc la grande innovation au hockey ? On a posé la question à Hank Adams, chef de la direction de Sportvision.

« Quand on saura en temps réel qui est sur la patinoire, depuis combien de temps, et quelles sont les confrontations. Qui oppose-t-on à Jonathan Toews ?, a prédit Adams, rencontré plus tôt cette semaine. Une fois que les partisans s'habitueront à voir instantanément qui est sur la glace - ça pourrait faire partie du tableau du pointage -, je crois que ça deviendra comme lorsqu'on regarde un vieux match et que le pointage n'est pas à l'écran. Ça rend fou ! »

Pour faire cette prédiction, Adams a suivi la règle d'or de son entreprise pour un bon produit télé.

« Un, ça doit être important dans le match, deux, ça doit survenir souvent et trois, ça doit être dur à voir à l'oeil nu. Le joueur de football porte le ballon, survient une empilade, la caméra zoome sur le joueur. Avant, c'était dur de savoir s'il obtenait le premier essai, d'où l'importance de la ligne jaune. La zone des prises, tu la vois mal, car la caméra n'est pas toujours parfaitement dans l'angle du marbre. »

L'UTILITÉ

Lors du Sommet de l'innovation de jeudi, Adams a qualifié le suivi par puces électroniques d'« inévitable ». Au même événement, Gary Bettman a prédit qu'elles seront « centrales dans l'avenir de notre sport ».

L'utilité pour les téléspectateurs est évidente. La collecte de statistiques au hockey est loin d'avoir atteint ce que l'on voit au baseball et au football. Mais Scott Moore, président de Sportsnet, voit déjà venir les risques d'excès.

« Il faudra faire attention de ne pas avoir trop de données. Ces données plus poussées s'adressent à seulement 30 % de l'auditoire, aux mordus. Tu peux donc perdre le partisan moyen. »

- Scott Moore, président de Sportsnet

De son côté, Hank Adams se fie à son expérience avec le baseball majeur pour prédire que ces données aideront aussi grandement les équipes.

« Regardez ce qui s'est passé en sept ans depuis que l'on suit les balles de baseball. Les équipes nous disent : vous avez complètement changé la façon d'évaluer et de diriger les joueurs. Les équipes ne regardent plus la moyenne au bâton. Elles regardent l'élan et les contacts, car elles réalisent qu'après le contact, il y a beaucoup d'éléments aléatoires. Mais si un joueur fait de bons contacts, si la vélocité de la balle est bonne quand il la frappe, avec le temps, il connaîtra du succès. Et dans un match de baseball, il n'y a que 18 minutes de vraie action.

« Au hockey, il y a 60 minutes de vraie action, il se passe tellement de choses ! Prenons l'exemple des présences. C'est difficile à suivre en regardant le match, à moins que le descripteur remarque que Drew Doughty n'a pas pu revenir au banc. "Ça doit faire deux minutes qu'il est sur la patinoire, il doit être fatigué !" On aura désormais cette information en direct. Et on saura qu'ils viennent d'accorder une échappée à cause de cela. »

DIFFICULTÉS ET RÉSISTANCE

Selon Adams, la technologie est relativement prête et pourrait être implantée à compter de la prochaine saison. Mais il y a deux ans, la LNH parlait d'une implantation pour la saison 2015-2016...

Il y a encore quelques détails techniques à peaufiner. Adams l'a constaté cette semaine.

« Dans chaque aréna, on doit placer nos capteurs infrarouges à différents endroits. Ici [à Toronto], on est directement au-dessus de la patinoire. Mais on a découvert que lorsqu'un joueur est au banc des pénalités et se penche vers l'arrière, on perd la puce de vue et son temps d'utilisation continue à s'accumuler ! Tu découvres ce type de problème par essais et erreurs. »

Il y a aussi la résistance des joueurs. Interrogé à ce sujet, Bettman a fait ce que tout bon commissaire fait et a assuré qu'il n'y avait aucun problème. « Vous voyez, on l'utilise ici, après consultation avec l'Association des joueurs. Je ne vois pas pourquoi on devrait s'inquiéter. »

Adams a été plus limpide. « En tant que joueur ou agent, tu as un désavantage incroyable si l'autre camp a accès aux données et pas toi. Tu peux avoir un joueur fantastique selon ces données, l'équipe le sait, mais tente de le cacher, pour diminuer la valeur contractuelle du joueur. J'extrapole, mais c'est le genre d'inquiétude que j'aurais si j'étais un joueur. »

Chez les joueurs, les opinions varient.

« Mes statistiques ne doivent pas être bonnes !, a lancé à la blague l'attaquant suédois Patrik Berglund. Il y a du positif et du négatif. Ça va générer beaucoup de statistiques, mais je ne crois pas qu'elles soient toutes pertinentes. Ça importera beaucoup à plusieurs personnes, mais pas autant aux joueurs. Si mes statistiques sont bonnes, je vais peut-être aimer ça. »

« Ça m'importe peu, a répondu son compatriote Niklas Hjalmarsson. Si les partisans aiment voir à quelle vitesse on patine, tant mieux. Sans les partisans, on n'a pas de ligue ! Je suis en faveur de tout ce qu'on peut faire pour qu'ils apprécient davantage notre sport. »

Au bout du compte, gardons en tête que la LNH et les diffuseurs tiennent mordicus à ces données. Et que l'Association des joueurs n'a pas l'habitude de faire des concessions aux propriétaires sans marchander un peu...

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