Julien BriseBois: au bon endroit, au bon moment

Julien BriseBois est le bras droit de Steve... (Photo André Pichette, La Presse)

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Julien BriseBois est le bras droit de Steve Yzerman chez le Lightning de Tampa Bay. L'homme de 37 ans a fait ses classes chez le Canadien, notamment aux côtés d'André Savard et de Bob Gainey.

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Julien BriseBois ne bronche pas quand on évoque la possibilité qu'il devienne sous peu directeur général d'un club de la LNH, quand on souligne qu'il est considéré par plusieurs poids lourds du monde du hockey comme la vedette montante du milieu.

Le bras droit de Steve Yzerman chez le Lightning de Tampa Bay, âgé de seulement 37 ans, se contente de répondre que ce n'est pas à lui de le dire, qu'il est heureux à Tampa et que, bien que le défi l'intéresse hautement, rien ne presse.

On ne sent aucune fausse humilité, mais une confiance inébranlable en ses moyens.

Julien BriseBois n'est pourtant pas un ancien hockeyeur. Il a abandonné le hockey mineur avant même de commencer son secondaire. Il n'est pas le fils d'un ancien joueur non plus.

Tout juste un passionné de sport qui, au hasard d'une entrevue avec la firme Heenan Blaikie afin d'obtenir un stage en droit fiscal à la fin de ses études universitaires, a présenté à tout hasard un article sur le droit du sport à ses intervieweurs. Cet article a changé son destin.

«Je voulais simplement me vendre un peu dans cette course au stage, confie-t-il. Ils me répondent que je tombe bien parce qu'un des associés de la firme, qui possède beaucoup de contacts dans la Ligue nationale de hockey, veut lancer un département de droit du sport et qu'il cherche justement un jeune passionné de sport. Ils m'ont embauché et je me suis retrouvé au cours des trois années suivantes à faire de l'arbitrage salarial pour une douzaine de clubs de la LNH, des négociations de contrats, des dossiers de griefs et aussi de l'arbitrage salarial pour les Royals de Kansas City au baseball.»

Le Canadien de Montréal fait partie des clients de Heenan Blaikie. Julien BriseBois travaille donc sur des contrats avec eux.

«À son embauche par l'équipe en 2000, le directeur général André Savard cherchait un bras droit, raconte BriseBois, 37 ans. Le Canadien a demandé à Heenan Blaikie de me "prêter" pour six mois, le temps qu'il trouve le candidat recherché. Six mois plus tard, André m'a embauché en me disant que j'étais le plus qualifié pour le poste.»

Julien BriseBois, alors âgé de 24 ans, n'a pas fait que du droit fiscal. Il a plongé dans le hockey.

«J'ai pu travailler avec André Savard, Martin Madden, Pierre Dorion, Guy Carbonneau et plusieurs autres. Ils ont tous été hyper généreux. André m'a invité à tous les meetings des dépisteurs professionnels, à tous les meetings des dépisteurs amateurs, on a fait du recrutement à l'extérieur ensemble. J'ai pu apprendre de ces gens-là, ils ont partagé leurs opinions, j'ai pris de très bonnes notes et j'ai posé beaucoup de questions. J'ai passé beaucoup de temps avec lui.

«Je retiens surtout d'André le fait qu'il se concentrait sur les aspects positifs du joueur plutôt que sur les éléments négatifs, mettant ainsi ses forces à contribution. Il a aussi toujours prôné la patience avec les jeunes joueurs.»

Du Canadien au Lightning

Bob Gainey a succédé à André Savard en 2003. Trois ans plus tard, en août 2006, Julien BriseBois a été nommé directeur des opérations hockey et est devenu l'architecte les Bulldogs d'Hamilton.

Moins d'un an plus tard, l'équipe a remporté le championnat de la Ligue américaine avec un certain Carey Price devant le filet. En 2009, il a nommé Guy Boucher entraîneur et l'équipe a terminé au premier rang de l'association de l'Ouest avec une fiche de 52-17-3-3. Le club a atteint la troisième ronde en séries.

Il avait déjà pris la décision de quitter l'organisation à la fin de la saison 2009-2010.

Nouvellement en poste à Tampa Bay, le DG Steve Yzerman a demandé au Canadien la permission de discuter avec lui.

«J'ai avisé Bob Gainey au début de la saison 2009 que je ne reviendrais pas. Je voulais voir ce qui se faisait ailleurs, étendre mon réseau de contacts. Quand tu demeures trop longtemps au même endroit, tu es moins exposé à de nouvelles choses. Steve Yzerman avait sans doute été mis au courant de ma disponibilité. On s'était rencontré une fois au préalable à une réunion des DG de la LNH, et le hasard a fait que nous étions assis côte à côte. On avait eu une bonne conversation.

«J'avais été impressionné par son humilité. Il venait de prendre sa retraite, mais c'était quand même une légende de notre milieu, et j'étais la personne la plus jeune à ce meeting. Il m'avait néanmoins posé beaucoup de questions et semblait intéressé par mon opinion.»

Guy Boucher a suivi Julien BriseBois à Tampa. Non seulement le Lightning a atteint le carré d'as cette saison-là, mais le club-école, dont il est le DG, a brisé un record l'année suivante avec 28 victoires consécutives et la Coupe Calder en séries. BriseBois a réussi à dénicher au fin fond des États-Unis un certain entraîneur nommé Jon Cooper, le coach actuel à Tampa. L'équipe a atteint à nouveau la finale l'année suivante.

Apprendre à gagner

Julien BriseBois a été nommé meilleur gestionnaire de moins de 40 ans dans le monde du hockey par le magazine Hockey News.

«Le mandat dans la Ligue américaine est de développer les jeunes, dit celui qui a joué du baseball de haut niveau au Québec jusqu'à l'âge de 17 ans. Mais pour développer le potentiel des joueurs, il faut un environnement gagnant. Les joueurs doivent participer à des matchs où il y a un enjeu, de l'intensité, et ils doivent apprendre à gagner.

«Les séries éliminatoires de la Ligue américaine constituent l'un des meilleurs endroits de développement au monde. C'est ce qui se rapproche le plus de la LNH en matière de cadence, de vitesse d'exécution, de robustesse. Si tu peux connaître du succès dans un tel environnement, ça augure bien quant à tes chances de jouer dans la LNH.»

Et comment bâtir une équipe gagnante? «Je crois beaucoup dans l'exploitation et le développement du leadership. Je recherche des joueurs qui ont beaucoup de fierté et de l'ambition; ils ne baisseront pas les bras quand ça va moins bien, et ils vont chercher à se surpasser même quand ils connaissent du succès. Ça déteint sur les autres. On ne veut pas de joueurs qui vont nuire à l'effort collectif.»

Parmi ce type de joueurs, on retrouve un certain Tyler Johnson, jamais repêché, grand leader de l'équipe championne à Syracuse en 2012, aujourd'hui meilleur compteur du Lightning, cinquième dans la LNH.

«Je ne comprends pas pourquoi il a été ignoré au repêchage. Il a pourtant participé à deux Championnats du monde junior avec les États-Unis, dont une conquête de l'or, et mené son club junior à la Coupe Memorial. Al Murray a insisté auprès de Steve Yzerman pour qu'on l'embauche. Il a eu un impact immédiat dans la Ligue américaine. Je me rappelle avoir dit à Steve rapidement qu'on devrait le tenir à l'oeil car il jouerait dans la LNH. Il jouait déjà à une cadence de la Ligue nationale dès ses premiers pas avec nous dans la Ligue américaine.»

Comme Julien BriseBois, Tyler Johnson s'est retrouvé au bon endroit au bon moment.

«J'ai des amis en droit qui ont été embauchés chez Heenan Blaikie quelques années après moi. Ils sont aussi intelligents que moi et aussi travaillants que moi, sinon plus, mais ils sont arrivés une année ou deux après moi, donc eux n'ont pas eu la chance de travailler avec le Canadien de Montréal.»

Quelle équipe aura l'audace de l'embaucher en premier?

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Julien BriseBois en bref

Livre fétiche: L'art de la guerre, de Sun Tzu

Film marquant: The Natural, avec Robert Redford

Personnalité marquante: Winston Churchill

Citation: «Le mieux que je puisse faire, c'est de faire de mon mieux.»

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