Et si les jeunes Québécois jouaient trop?

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L'équipe nationale junior de la Suède dans un match préparatoire contre les Stingers de Concordia, en 2009.

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Il faut que les joueurs d'élite apprennent à soutenir le rythme des pros. Il faut multiplier les matchs, parce que c'est au cours des matchs qu'ils apprendront le hockey. Il faut leur en faire disputer le plus possible, deux par fin de semaine si possible, parce que c'est la seule manière de s'améliorer.

La logique du hockey mineur nord-américain est très nord-américaine: big is beautiful. Sauf qu'elle fait fausse route, selon les Suédois, qui pensent que moins, c'est peut-être mieux.

Les jeunes joueurs de hockey suédois disputent beaucoup moins de matchs que leurs vis-à-vis du Québec et du Canada. La Fédération suédoise de hockey en recommande un maximum de 50 par année. Au Québec, un joueur pee-wee AAA peut facilement jouer 70 matchs dans sa saison, avec les tournois et les séries.

«C'est trop!», lance Tommy Boustedt, responsable du développement à la Fédération et figure de proue du renouveau du hockey suédois.

«Nous, on recommande un match pour trois entraînements. Une trentaine de matchs par saison et 90 entraînements», explique Boustedt.

Il s'agit de l'une des divergences fondamentales entre les modèles suédois et nord-américain de développement des joueurs. Pour les Suédois, le hockey ne s'apprend pas surtout en situation de match: il s'apprend surtout lors des entraînements.

«Les statistiques sont claires. Dans un match, chaque joueur a en moyenne un tir, est en contact avec la rondelle pendant 15 secondes et patine de manière effective pendant 30 secondes. C'est très peu. Ce n'est pas possible d'apprendre le hockey de cette manière», fait valoir Boustedt.

«Par contre, si on s'entraîne correctement, alors on tire 20 fois, on a la rondelle pendant 15 minutes et on patine 30 minutes, ajoute-t-il. C'est ainsi qu'on apprend le hockey. C'est impossible d'apprendre le hockey durant les matchs seulement.»

«Les matchs, on s'en fout»

Au Québec, dans les catégories élite, le rapport entre entraînements et matchs est loin du «trois pour un» préconisé par les Suédois. Il se situe davantage autour d'un pour un.

Les Suédois affirment que leur modèle offre plusieurs avantages. D'abord, il limite les déplacements en réduisant le nombre de matchs. Cela permet aux jeunes de mieux récupérer et aux parents de ne pas passer leurs fins de semaine au volant.

Ensuite, il permet un meilleur développement de tous les joueurs, bons comme moins bons. En situation de match, tous les entraîneurs auront le réflexe de donner davantage de temps de glace aux meilleurs joueurs. Dans ces circonstances, les joueurs moins talentueux peuvent difficilement s'améliorer.

En Suède, on tente de répartir de manière égalitaire le temps de glace - c'est ce qu'on appelle le sossehockey. Mais même si les moins bons joueurs ont un peu moins de temps de glace en situation de match, ils en ont autant à l'entraînement. Puisque les Suédois s'entraînent plus qu'ils ne disputent de matchs, les joueurs peuvent progresser davantage, peu importe leur niveau d'habileté.

Le système suédois favorise également l'acquisition des habiletés. Les petits Québécois, avec leurs matchs à répétition, ont peu l'occasion d'acquérir les habiletés qui font la réputation des Suédois, car c'est pendant les entraînements qu'on peut les améliorer.

Les Québécois sont peut-être rompus à un plus jeune âge aux systèmes de jeu, qui s'assimilent mieux dans le cadre d'un match. Mais les Suédois pensent de toute manière qu'il faut attendre à 15 ans avant d'introduire les systèmes de jeu.

«On s'en fout de gagner un match à 12 ans, qui va s'en souvenir? Il ne faut pas perdre l'aspect ludique du sport, insiste Tommy Boustedt. Il faut travailler sur la technique, le patinage, le maniement de la rondelle, la passe et le tir. La technique passe avant la victoire. Elle doit être acquise avant la puberté, et ça passe par les entraînements.»

«Les matchs, on s'en fout, ils devraient être la partie plaisante du hockey», tranche Boustedt.

«Toutes ces belles idées sont-elles utopiques? Il faudrait le demander aux équipes de la LNH, qui année après année au repêchage choisissent des Suédois par dizaines.»

40%
Les jeunes joueurs québécois peuvent jouer 40% plus de matchs que les jeunes Suédois. Dans la catégorie pee-wee AAA, par exemple, les joueurs de 11 et 12 ans peuvent disputer jusqu'à 70 matchs dans une saison, s'ils gagnent les séries et participent à quelques tournois. En Suède, on recommande un maximum de 50 matchs.

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