Mike Ribeiro: se reconstruire, un jour à la fois

Mike Ribeiro connaît un bon début de saison... (Photo Bruce Fedyck, ARCHIVES USA Today Sports)

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Mike Ribeiro connaît un bon début de saison avec sa nouvelle équipe, les Predators de Nashville. Le joueur de centre a amassé 10 points à ses 13 premiers matchs.

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La toute première interview a eu lieu il y a 15 ans. Autant dire une éternité.

Mike Ribeiro venait de faire sensation au camp d'entraînement du Canadien et on lui avait permis d'entamer la saison à Montréal. Quelques jours plus tôt, il avait signé son premier contrat professionnel, pour quelques millions.

Dans un modeste appartement du Plateau - à un jet de pierre du métro Mont-Royal - où le jeune Mike habitait toujours avec ses parents, Alberto et Marie Estrela Ribeiro racontaient les sacrifices qu'avait demandé l'achat d'une paire de patins neufs à 18$ chez Canadian Tire, alors que le garçon avait 3 ans, en 1983, puisque le couple était au chômage au cours de cette période plus difficile de sa vie.

Marie Estrala rappellera la promesse tenue par son garçon quelques années plus tôt: elle avait travaillé comme pressière toute sa vie, elle était fatiguée, elle avait mal au dos, son fils lui avait promis de travailler fort pour lui payer une maison et qu'elle ne soit plus contrainte de se rendre à la manufacture chaque matin.

Le centre des Predators de Nashville rigolera en se remémora l'entrevue. «Ça fait longtemps. Je commence déjà à avoir des cheveux blancs...»

Mike Ribeiro a 34 ans. Il a disputé 878 matchs dans la Ligue nationale, obtenu 666 points. Pas mal pour un garçon qu'on disait trop frêle et pas assez rapide pour durer. Après avoir été chassé de Montréal par Bob Gainey en 2006, il a joué à Dallas, Washington, Phoenix, puis Nashville.

Plus modeste, plus lucide

Alberto et Marie Estrela ont quitté le Plateau Mont-Royal il y a belle lurette et habitent l'Ouest-de-l'Île. «Mes parents vont bien. J'ai réussi à les gâter. Ma mère a pu arrêter de travailler quelques années après l'entrevue. J'ai pu leur acheter une maison, une auto à mon père.»

Mais 15 ans plus tard, derrière les millions, les points, la gloire, on retrouve un homme devenu plus modeste, lucide, qui cherche à reconstruire sa vie personnelle. Pièce par pièce, un jour à la fois.

Malgré sa propension à faire la fête, Mike Ribeiro n'a pas eu de démêlées comme tel avec la justice, si ce n'est une arrestation pour intoxication publique en 2010 à Dallas lors d'un souper de couples: les deux femmes à table (dont l'épouse de Ribeiro) auraient eu une altercation avec les patrons de l'établissement, un policier en civil serait intervenu et le quatrième membre du groupe (qui n'était pas Ribeiro) aurait réagi de façon plus musclée. On a invité les quatre à passer quelques heures au poste de police...

La dernière saison n'a pas été facile non plus. Ribeiro s'est séparé. Il n'a pas vu ses enfants de l'hiver. Il n'avait plus la tête au hockey. Il a raté des réunions d'équipe avec les Coyotes de Phoenix. Il n'y était pas toujours quand l'autocar du club quittait l'hôtel pour se rendre à l'amphithéâtre. Il y a eu des algarades dans le vestiaire. L'entraîneur Dave Tippett, pourtant son plus grand défenseur au cours de sa carrière, l'a même rayé de la formation dans la course aux séries. Au cours de l'été, Phoenix rachetait les dernières années de son contrat de quatre ans évalué à 22 millions de dollars.

Puis il y a eu cette phrase assassine du DG Don Maloney dans les médias l'été dernier: «Mike a de sérieux problèmes de comportement et nous ne pouvions plus le tolérer. À sa décharge, il a cherché de l'aide au cours de la saison morte et nous espérons qu'il puisse aller de l'avant dans sa démarche. Mais pour nous, avec toute l'information obtenue sur son compte, nous avons préféré couper les ponts.»

«J'ai été déçu par ses déclarations, admet Ribeiro. Il s'agissait de discussions privées afin que je puisse obtenir de l'aide. Mais avec le recul, je constate que c'était une bonne chose finalement. Tout le monde connaît mes problèmes aujourd'hui, c'est plus facile pour moi, je n'ai plus de secrets et mes coéquipiers peuvent m'aider au quotidien.»

Nashville, pour la tranquilité

Ribeiro s'est réconcilié avec Tamara. Les Predators lui ont donné une chance de relancer sa carrière en lui offrant un contrat d'un an. Il a choisi Nashville pour sa tranquillité et pour vivre dans un cadre plus paisible avec sa femme et ses trois enfants.

«Je n'avais pas beaucoup d'options. Peut-être trois ou quatre. Il y avait New York, mais je devais opter pour une plus petite ville pour me concentrer sur mon métier et ma famille. Scottsdale, à Phoenix, est une ville de party. Nashville est plus familiale. Et je suis anonyme ici. Personne ne me reconnaît dans la rue. Comme un peu partout aux États-Unis. J'ai des démons. Qui n'en a pas? Certains décident de ne rien faire. J'étais rendu à un point de ma vie où je devais le faire. Je suis capable d'en parler aujourd'hui. C'est important de pouvoir le faire. Je me sens beaucoup mieux dans ma peau cette année.»

Les enfants ont bien accepté cet autre déménagement. «Ils n'étaient pas enchantés au départ, mais on a été capable de se trouver une belle maison et ils ont pu se faire des amis rapidement. Mon plus vieux fête ses 14 ans cette semaine. Mon deuxième va avoir 10 ans en janvier et la plus jeune 9 ans en mars. Ils étaient nerveux au début, ils stressaient surtout avec l'école, mais ils jouent au hockey et c'est plus facile comme ça de se faire de nouveaux amis. Le plus vieux joue au niveau bantam AA et l'autre Atome AA.

«Dallas avait un très bon programme de hockey mineur, mais à ma grande surprise, celui à Washington n'était pas très développé. Ici, à Nashville, Jean-Pierre Dumont dirige le programme sports-études. Depuis qu'il a commencé à coacher, l'encadrement est vraiment supérieur.»

Ribeiro connaît un bon début de saison. Il joue au centre du premier trio avec James Neal et Filip Forsberg et a obtenu 10 points à ses 13 premiers matchs et Nashville a perdu seulement trois matchs. «J'espère signer une prolongation de contrat éventuellement. Je veux rester ici. Mon jeune commence le secondaire l'an prochain et j'aimerais qu'il puisse avoir une stabilité. C'est à moi de bien jouer pour qu'on veuille me garder.»

Et aussi à continuer de garder ses démons bien loin...

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Mike Ribeiro et Alexander Ovechkin... (Photo Alex Brandon, archives AP) - image 2.0

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Mike Ribeiro et Alexander Ovechkin

Photo Alex Brandon, archives AP

Ovechin en mène large à Washington

Mike Ribeiro n'a mis qu'une saison avec les Capitals pour comprendre ce qui n'allait pas au sein de cette équipe pourtant bien nantie en joueurs de talent. «Je croyais vraiment que ça irait mieux pour eux avec l'arrivée de deux bons nouveaux défenseurs. Mais depuis Olaf Kolzig, ils n'ont jamais réussi à trouver un gardien de premier plan. Ton gardien doit être ton meilleur joueur, peu importe la qualité des attaquants.»

Ribeiro lance aussi une pointe au capitaine Alexander Ovechkin. «Il fait partie du problème. Il a beaucoup de pouvoir à Washington. Ça peut être néfaste. Combien ont-ils eu d'entraîneurs dans les dernières années? L'entraîneur doit détenir le contrôle et les joueurs se contenter de jouer. Ça va être difficile de le garder avec l'équipe si ça continue comme ça. N'importe quel club qui cherche un marqueur va prendre le risque d'aller le chercher. Mais je ne suis pas convaincu que Washington osera le faire parce qu'il est le symbole de l'équipe et le club a quand même bien fait depuis qu'il est là.»

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