Ken Dryden raconte ses anecdotes sur Guy Lapointe

Guy Lapointe et Ken Dryden au camp d'entraînement... (Photo d'archives, La Presse)

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Guy Lapointe et Ken Dryden au camp d'entraînement d'Équipe Canada à Toronto en 1972, en vue de la Série du siècle contre l'URSS.

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Ken Dryden

Collaboration spéciale

La Presse

Ken Dryden et Guy Lapointe ont joué huit saisons ensemble avec le Canadien de Montréal. Le célèbre gardien du Canadien nous raconte quelques anecdotes sur celui que tout le monde surnomme «Pointu».

Nous sommes en septembre 1970. C'est mon premier camp d'entraînement avec le Canadien. Après quelques jours, le «grand club» était sur la route pour disputer quelques matchs hors-concours. Les autres joueurs étaient restés au camp des Voyageurs, espérant rejoindre l'équipe affiliée à la Ligue américaine de hockey.

Le Canadien, qui n'avait pas fait les séries lors de la saison précédente, avait faiblement entamé la saison. On m'avait donc envoyé à Halifax pour disputer un match contre Bobby Hull, Stan Mikita et les Blackhawks de Chicago.

J'étais arrivé à l'hôtel vers 13h, à temps pour le repas d'avant-match de l'équipe. J'étais nerveux à propos du match. Je ne connaissais personne. Il y avait une chaise libre. Je me suis donc assis et j'ai mangé, tête baissée.

Au moment du dessert, j'ai entendu: «Je suis plein. Je ne peux plus rien avaler. Quelqu'un veut ma crème glacée?» J'adore la crème glacée. Surtout celle à la vanille avec une sauce au chocolat. Et c'est précisément celle qui était offerte. La mienne était déjà terminée, mais je n'ai rien dit. Enfin, quelqu'un a lancé: «Hey, Ken, veux-tu la crème glacée qui reste?»

Étonné que quelqu'un connaisse mon nom, reconnaissant qu'on me l'offre, j'ai répondu: «Oui, merci!» Le silence est tombé, mais je n'ai rien remarqué. J'ai plutôt pris une bouchée. Tout le monde a explosé de rire. Crème sure avec sauce au chocolat...

C'est ainsi que j'ai fait la connaissance de Guy Lapointe.

La glace était brisée. Nous avons joué huit saisons ensemble. Pendant plusieurs années, sur la route, nous étions souvent compagnons de chambre. Au fur et à mesure que l'équipe est passée de bonne à excellente, ensemble, nous sommes devenus meilleurs.

Sur la glace, Guy était explosif. Rapide, solide, avec un tir bas et puissant, il arrivait à marquer au moment où l'on en avait besoin. Il savait faire une passe rapide en dehors de notre zone pour progresser et pousser tout le monde vers l'avant avec lui, vers le filet de l'adversaire.

Il allait bientôt faire partie du «Big Three», ce trio tout-puissant, avec Robinson et Serge Savard. Larry, solide et imposant, était aux commandes sur la glace. Serge, puissant et posé, assurait l'ordre. Guy était celui qui pouvait changer l'allure d'un match.

Quand il n'était pas sur la patinoire, il n'était pas moins inspiré. Dans le vestiaire, pour qu'un nouveau venu se sente à l'aise, qu'il s'agisse d'une recrue ou d'un premier ministre, il se voyait offrir une poignée de main de bienvenue... bien enduite de Vaseline. Lors des repas d'avant-match, une tête disparaissait... dans la pièce, tout le monde devenait anxieux... la tête réapparaissait... et tout le monde se penchait pour vérifier ses souliers. Évidemment, sur une chaussure se trouvait une flaque de ketchup...

«Pointu!»

Arrivant en retard à la pratique, comme ça m'arrivait souvent, je me dépêchais à enfiler mon équipement et je me disais: «Je vais y arriver!». J'ai attrapé mes patins et constaté que... mes lacets avaient été coupés en morceaux de la longueur d'un macaroni.

«Pointu!»

Blessé par l'accusation, il me disait toujours, en anglais: «Hey, get the right guy!» (Trouve le bon gars). Ses victimes ne le pinçaient jamais en plein délit.

Un jour, avant un match, Guy est entré dans le vestiaire, espérant que personne ne le remarque. Un à un, nous avons levé les yeux et éclaté de rire. Cet après-midi-là, Guy s'était fait permanenter les cheveux. Plus bouclés, plus gonflés et en forme de boule, sa chevelure était complètement hors de contrôle. On aurait dit qu'il avait un ballon de basket autour de la tête. Impossible d'arrêter de rire. C'était bien avant que le casque soit obligatoire, et Guy n'en portait pas. Il a donc disparu du côté des lavabos et s'est servi d'eau et de Vaseline pour tenter de dompter ses cheveux.

Pendant le match, c'est devenu pire. Avec le fort éclairage et la brise produite par ses déplacements sur la glace, l'eau et la Vaseline se sont évaporées et ses cheveux ont repris leur volume - encore plus de volume! - on aurait dit un parapluie dans une tempête de vent.

Personne d'autre que lui-même n'aurait pu réussir à lui jouer un tel tour.

Le plaisir de jouer ensemble

Une excellente équipe a besoin d'excellents joueurs, entraîneurs, gérants et recruteurs. Pour demeurer excellente et accumuler les victoires, une excellente équipe doit avoir du plaisir. Les joueurs doivent avoir envie de se côtoyer - un peu plus longtemps sur la patinoire après la pratique, un peu plus longtemps dans le vestiaire, un peu plus longtemps au restaurant ou au bar après le match. Grâce à Guy, excellent joueur et extraordinaire personnage, l'équipe était synonyme de plaisir.

Il rejoint maintenant ses coéquipiers, qui flottent dans les hauteurs du Centre Bell - Jean, Henri, Guy, Yvan, Larry, Serge, Bob et moi. Dorénavant, nous aurons là beaucoup plus de plaisir. Si vous êtes amateur de hockey et qu'un soir, lors d'un match, dans 10 ou 15 ans, vous levez les yeux vers les bannières et qu'une d'elles est maculée d'une grosse tache de ketchup, vous saurez pourquoi.

«Pointu!»

En haut, à sa place, le bon gars, c'est Guy!

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