Le dossier Subban en 8 questions

P.K. Subban a réclamé l'arbitrage dans ses négociations... (Photo Bernard Brault, La Presse)

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P.K. Subban a réclamé l'arbitrage dans ses négociations avec le Canadien.

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Si P.K. Subban parvient à s'entendre à long terme avec le Canadien avant le 1er août, il pourrait bien décrocher le plus lucratif contrat de l'histoire de l'équipe. Autrement, un salaire à plus court terme sera déterminé devant un arbitre. Son coéquipier Lars Eller est engagé dans le même processus et a demandé lui aussi à ce que sa cause soit entendue en arbitrage. Voici l'enjeu des prochaines semaines pour Subban.

La date de l'audience en arbitrage pour la cause de P.K. Subban a été fixée au 1er août. Le dossier a-t-il de bonnes chances de se rendre jusque-là?

Même si la LNH a maintes fois tenté d'abolir l'arbitrage, sous prétexte qu'il encourage la flambée des salaires, il constitue de toute évidence un mécanisme qui incite au règlement. La grande majorité des cas sont résolus avant audience. L'an dernier, 21 joueurs avaient demandé l'arbitrage et ils se sont tous entendus avec leur équipe respective avant de passer devant l'arbitre. Le dernier joueur à avoir une audience a été Shea Weber en 2011. Cela dit, l'agent de Subban, Don Meehan, n'a pas voulu se dire optimiste quant à un règlement avant l'arbitrage.

Le fait que Subban a réclamé l'arbitrage est-il nécessairement mauvais signe?

Absolument pas. Subban avait jusqu'à 17h, le 5 juillet, pour se prévaloir de ce droit qui, ultimement, lui garantit un contrat au début du mois d'août et l'assure qu'une dispute ne provoquera pas son absence comme ç'avait été le cas il y a deux ans. Du point de vue du Canadien, la demande en arbitrage de Subban l'immunise contre le risque d'une offre hostile à son défenseur-vedette. Est-ce que le fait de s'entendre avec le CH - fût-ce en arbitrage - était plus important que de se placer en position de recevoir une offre hostile? «Disons que ç'a été une décision complexe pour laquelle on a dû tenir compte de plusieurs facteurs, comme le pouvoir de négociation, le timing, la sécurité et la protection des acquis», explique prudemment Don Meehan.

Y a-t-il un risque de déloyauté en se rendant jusqu'à l'arbitre?

Par le passé, certains cas d'arbitrage ont créé de l'acrimonie alors que des équipes ont cherché à dévaluer au maximum l'un de leurs propres joueurs. On craint que ça puisse laisser des traces, et étant donné que Subban et le CH n'en sont pas à une première négociation complexe, il y a là un risque que Marc Bergevin voudra probablement éviter. «Ce n'est pas une situation confortable pour personne, mais je n'ai à peu près jamais vu de cas où c'était vraiment confrontant et destructeur», affirme toutefois un agent dont l'un des clients est susceptible de porter sa cause en arbitrage dans quelques jours.

À quoi peut-on s'attendre du blitz de négociations d'ici le 1er août?

Pour le Canadien, qui ne négocie pas en position de force dans ce dossier, c'est le meilleur moment de viser une entente à très long terme avec Subban. Le prochain contrat peut aller jusqu'à huit ans. Le contrat de transition signé il y a deux ans a fait épargner de l'argent au CH à courte échéance, mais il devra payer davantage pour un contrat à long terme car il devra «racheter» plusieurs saisons privant Subban de l'autonomie complète. Vendredi après-midi, il n'y avait toujours eu aucune négociation depuis le début de la demande d'arbitrage, mais les deux parties avaient convenu de les entamer incessamment.

Si les deux parties ne parviennent pas à un règlement au préalable, de quelle latitude l'arbitre dispose-t-il?

Puisque c'est le clan Subban qui a demandé l'arbitrage, le Canadien peut choisir si le contrat déterminé par l'arbitre sera d'une saison ou deux. Les deux options comportent leur lot de risques. Une entente de deux ans amènerait Subban directement aux portes de l'autonomie complète. C'est très rare, nous dit-on, que des formations prennent ce genre de risque. En revanche, un contrat de deux ans donnerait plus de temps aux deux parties pour s'entendre sur un pacte à long terme qui pourrait être signé dès l'été prochain. En ce qui a trait au salaire, l'arbitre étudie la proposition du joueur et celle de l'équipe (dont le montant diffère de l'offre qualificative soumise à la fin de juin). Contrairement au baseball, où l'arbitre doit trancher en faveur d'un montant ou de l'autre, celui-ci peut déterminer un salaire situé n'importe où entre les deux montants proposés. Il doit rendre son verdict au plus tard 48 heures après l'audience.

Les négociations de contrat, et éventuellement l'arbitrage, sont guidées par des analyses statistiques comparatives. Pourquoi est-ce difficile de trouver des contrats comparables dans le dossier Subban?

Certes, en matière d'âge et de performances, il y a lieu de s'inspirer de Drew Doughty, Erik Karlsson et Alex Pietrangelo - tous des clients de Don Meehan. Or, les contrats à long terme qu'ils ont signés étaient des deuxièmes contrats. Ces joueurs n'avaient pas les mêmes droits que Subban, qui en sera à un troisième contrat. Les ententes comparables qui ont le plus de poids sont toujours celles qui ont été signées dans un contexte où le joueur avait lui aussi droit à l'arbitrage. Qui plus est, la nouvelle convention collective a changé les règles relatives aux contrats, de sorte qu'il n'est pas évident de comparer des contrats dont les paramètres ne peuvent plus être reproduits aujourd'hui.

Dans ce contexte, quels sont les contrats qui se comparent le mieux à ce que cherche Subban?

Les noms à retenir sont surtout Shea Weber et Duncan Keith. Weber a obtenu 7,5 millions de l'arbitre en 2011 alors que, comme Subban, il lui restait deux ans avant l'autonomie complète. Son sommet en carrière jusque-là avait été de 53 points en 81 matchs - le même total que Subban a obtenu en 82 matchs cette année. Or, les 38 points en 42 rencontres qu'a inscrits Subban en 2012-2013 ainsi que le trophée Norris qui a suivi sont des plateaux que Weber n'a jamais atteints. L'été suivant, à la suite d'une offre hostile des Flyers de Philadelphie, le défenseur-vedette a signé un contrat de 14 ans pour rester avec les Predators de Nashville. Le contrat de Keith sera plus utile dans la négociation avec le Canadien que devant l'arbitre. En mars 2009, alors qu'il restait une saison à son contrat et deux ans avant l'autonomie complète, il s'est entendu avec les Blackhawks de Chicago sur une prolongation de contrat de 13 ans. Keith avait 26 ans à l'époque, il n'avait pas encore eu sa saison de 69 points et n'avait pas encore gagné ses deux trophées Norris ni ses deux coupes Stanley. En prenant les devants, les Hawks ont payé un peu moins qu'ils ne l'auraient fait s'ils avaient attendu une année de plus.

Les contrats de 10,5 millions par année signés cette semaine par Patrick Kane et Jonathan Toews auront-ils une quelconque influence?

Non. Les deux vedettes des Hawks allaient devenir joueurs autonomes sans compensation après la saison prochaine et avaient un levier que Subban n'a pas encore. Par contre, ces deux signatures témoignent d'une nouvelle réalité dans la LNH. Les équipes ne peuvent plus conclure des ententes avec leurs joueurs pour plus de 8 ans et n'ont plus le droit d'ajouter des années à un prix dérisoire en fin de contrat. Mais ça ne veut pas dire qu'on assiste à une véritable inflation. Après tout, les 8 premières années du contrat que Shea Weber a signé en 2012 l'assurent d'une moyenne de 11,5 millions par saison. Les salaires n'ont pas autant changé que la façon de les comptabiliser sous le plafond salarial.

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