Des Québécois chez les Condors de Bakersfield

Francis Meilleur (62), des Condors de Bakersfield, contrôle... (Photo: Robert Skinner, La Presse)

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Francis Meilleur (62), des Condors de Bakersfield, contrôle la rondelle devant Chris Francis, des Wranglers de Las Vegas.

Photo: Robert Skinner, La Presse

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(Bakersfield, Californie) La fameuse East Coast League compte maintenant quatre clubs en Californie, dont celui de Bakersfield, où des joueurs québécois tentent leur chance.

S'il y a une phrase qu'on ne s'attend pas à entendre avant un match de hockey professionnel, c'est probablement celle-ci: «Bon matin tout le monde!» Mais c'est ainsi que l'annonceur maison nous accueille en ce petit matin de novembre, à notre arrivée au Rabobank Arena, le domicile des Condors de Bakersfield.

Dans les gradins, l'ambiance est un peu particulière: des élèves d'écoles primaires qui arrivent par centaines, une petite boîte à lunch en carton à la main, et visiblement excités par cette sortie. «Vous n'êtes pas à l'école, vous êtes dans notre maison!», ajoute l'annonceur. Les cris stridents qui suivent nous confirment que le monsieur au micro a bel et bien raison.

D'ordinaire, les Condors font comme tout le monde et jouent en soirée, mais ce match est le «Field Trip Day Game», un événement annuel organisé par la direction du club. Quand on joue au hockey dans une région où le hockey n'a pas nécessairement la cote, il faut trouver une façon de mettre du monde dans la place. C'est ce que font les Condors, le même club qui a récemment offert un contrat à Justin Bieber. Oui, le chanteur.

Des jeunes partisans des Condors de Bakersfield.... (Photo: Robert Skinner, La Presse) - image 2.0

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Des jeunes partisans des Condors de Bakersfield.

Photo: Robert Skinner, La Presse

Se faire un nom

Membres de la division Pacifique de la East Coast Hockey League, les Condors, créés en 1998, tentent de se faire un nom à Bakersfield, petite ville méconnue située à environ deux heures de route de Los Angeles. On y arrive par l'autoroute en traversant des montagnes de gazon jaune, et on remarque que l'aréna du club est situé tout juste derrière la rue Korn, nommée en l'honneur du populaire groupe heavy métal originaire de la ville.

Ce matin-là, les 7426 jeunes partisans s'amusent, dansent le «Gangnam style» pendant une pause et crient presque sans arrêt durant 60 minutes, même quand il ne se passe rien. Leur moment favori: une bagarre entre un joueur des Condors et un joueur de l'équipe adverse, les Wranglers de Las Vegas.

«Ils aiment le hockey par ici, explique l'entraîneur des Condors, Matt O'Dette. Ils aiment les bagarres, ça attire du monde. Ça aide à vendre des billets, comme partout ailleurs.»

O'Dette, lui-même un ancien poids lourd de l'organisation du Canadien - il a jadis été avec les Citadelles de Québec et les Bulldogs de Hamilton, au début des années 2000 -, est celui qui a eu l'idée d'offrir un contrat à Justin Bieber en septembre.

Le jeune chanteur n'a pas répondu, mais O'Dette ne regrette rien.

«Il faut que les gens parlent de nous. Je crois que plus de 25 millions de fans le suivent sur Twitter, et une manière de faire parler de nous, ce serait que Justin Bieber écrive sur Twitter quelque chose à propos de notre équipe. Mais il nous a ignorés.»

En souriant, O'Dette admet qu'il s'agissait avant tout d'un coup de publicité. «Ils en ont parlé sur ESPN. On ne s'attendait pas à ce qu'il accepte, mais c'est un Canadien, il doit être capable de jouer au hockey. C'est vrai qu'il est petit par contre...»

David Toews, des Condors de Bakersfield.... (Photo: Robert Skinner, La Presse) - image 3.0

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David Toews, des Condors de Bakersfield.

Photo: Robert Skinner, La Presse

«Qui sera le prochain?»

Il y a dans le vestiaire des Condors un tableau avec 10 photos de joueurs de la LNH. Ces mecs-là ne sont pas très connus, mais ils ont tous un lien en commun: ils sont d'anciens membres des Condors qui ont un jour vécu le rêve de la Ligue nationale.

Quelqu'un a écrit cette phrase à côté du tableau: «Qui sera le prochain?»

Oui, les gars des Condors aiment bien Bakersfield et ses terrains de golf, mais dans les faits, ils ont tous un même objectif: sortir d'ici au plus vite.

«Le but, c'est d'aller dans la Ligue américaine, avoue le défenseur Olivier Dame-Malka, qui a disputé 21 matchs avec les Bulldogs de Hamilton la saison dernière. Mais le lock-out de la Ligue nationale se ressent partout, ici aussi; il y a des gars dans notre ligue qui devraient jouer dans la Ligue américaine, mais ils ont perdu leur place quand ceux de la LNH sont arrivés à cause du lock-out. C'est comme si tout le monde avait descendu...»

L'attaquant Jacob Lagacé, choix de cinquième ronde des Sabres de Buffalo en 2008, ne devrait pas être ici lui non plus.

«Des gars qui auraient dû jouer à Buffalo se retrouvent dans la Ligue américaine. J'aurais dû être dans la Ligue américaine, mais je suis ici. C'est frustrant, mais je vois ça comme une occasion. Ici, j'ai la chance de jouer.»

Un autre Québécois chez les Condors, le défenseur Francis Meilleur, trouve que la vie n'est pas si dure à Bakersfield.

«On n'est pas à Montréal ou à Toronto, c'est clair, admet-il. Le hockey n'est pas si important et au resto, personne ne nous reconnaît. Mais le calibre est bon, mieux que d'habitude. Et la météo rend de bonne humeur. On peut jouer au golf trois fois par semaine. Quand on s'entraîne le matin et qu'il n'y a pas de match en soirée, on finit à 12h30, et on a le reste de la journée pour relaxer.»

«Pas ici pour l'argent»

Bakersfield, ce n'est évidemment pas la LNH. Le Rabobank Arena a une capacité de 8700 spectateurs. La couverture médiatique y est très mince (le matin où La Presse s'est pointée, il y avait trois membres des médias dans le vestiaire des Condors... incluant La Presse). L'argent? En général, les joueurs des Condors reçoivent entre 500 $ et 1000 $ par semaine, appartement fourni.

«Les gars ne deviennent pas riches avec nous, mais ils ne sont pas ici pour l'argent, explique l'entraîneur Matt O'Dette. Ils sont ici pour essayer d'aller plus haut, de gravir les échelons. C'est devenu une ligue de développement, si l'on veut. Il y a cinq ou six ans, les gars étaient plus vieux. Maintenant, on a des joueurs de 22 ans.»

En attendant de savoir si un autre Condor pourra un jour atteindre la LNH, Matt O'Dette, un gars de Toronto, poursuit sa mission. «Les gens en ville savent qui on est. Ils sont fous de hockey par ici.»

Imaginez si Justin Bieber finit par débarquer un jour...

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QUELQUES ANCIENS DE LA EAST COAST..

Oui, il est possible de passer par la East Coast Hockey League pour se faire un chemin jusque dans la Ligue nationale. En tout, près de 500 joueurs ont réussi le coup depuis la fondation du circuit, en 1988. Quelques noms...

> François Beauchemin (Columbus, Montréal, Toronto, Anaheim)

> Martin Biron (Philadelphie, Buffalo, Islanders, Rangers)

> Francis Bouillon (Nashville, Montréal)

> Alex Burrows (Vancouver)

> David Desharnais (Montréal)

> Jaroslav Halak (Montréal, St.Louis)

> Chris Neil (Ottawa)

> Michal Neuvirth (Washington)

> Pierre-Alexandre Parenteau (Chicago, Rangers, Islanders, Colorado)

> Jonathan Quick (Los Angeles)

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