«Glendale est ruinée»

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(Glendale, Arizona) Une bibliothèque est un drôle d'endroit où se rencontrer pour jaser de hockey. Un bar sportif, d'accord. Un café à la rigueur. Mais une bibliothèque? Quel est le rapport?

Depuis que la petite Ville de Glendale s'est endettée jusqu'au cou pour garder les Coyotes chez elle, tout ici a rapport au hockey: les égouts, les taxes, les bibliothèques. Certains ont même récemment perdu leur emploi. Demandez-leur pourquoi et ils vous diront: c'est la faute du hockey.

Cristian Alejandro Martinez a commencé à être bénévole dans l'une des trois bibliothèques de Glendale il y a six ans. Il était mû par l'amour des livres et cette vague certitude qu'une bibliothèque est «une bonne chose».

C'est cette même certitude qui l'anime aujourd'hui, alors que Glendale, aux prises avec de graves problèmes financiers, s'est mise à diminuer les heures d'ouverture. On a même envisagé un instant de privatiser les bibliothèques. «Ils ont commencé par fermer une journée par semaine il y a un peu moins de deux ans. Ils juraient que ce n'était que temporaire, mais cette année, ils ont réduit les heures encore un peu plus», déplore Alejandro Martinez, qui a fondé un groupe de pression pour sauver les bibliothèques de cette banlieue de Phoenix, en Arizona.

Les bibliothèques ne sont que la pointe de l'iceberg. Depuis la construction d'un aréna en 2003, l'arrivée des Coyotes et un investissement de 200 millions dans un immense complexe de baseball, rien ne va plus à Glendale. La Ville croule sous les dettes et la grave crise financière des dernières années n'a rien arrangé. Son fonds d'urgence est passé de 72 à 6 millions. Quarante-neuf employés municipaux ont été mis à pied au printemps et d'autres licenciements pourraient suivre. Pour garder la tête hors de l'eau, Glendale a même dû hausser la taxe de vente municipale en août dernier.

Et la ville de banlieue de 230 000 habitants n'est pas au bout de ses peines. Le conseil doit se prononcer ce soir sur une nouvelle entente afin de garder les Coyotes en ville. Elle prévoit le paiement de 300 millions sur 20 ans à l'homme d'affaires Greg Jamison, qui se propose de racheter à la LNH l'équipe déficitaire.

«Je pense que le sentiment général à Glendale est la trahison, lance Cristian Alejandro Martinez. On a fait confiance à la Ville et aux élus, mais si les Coyotes nous coûtent tant que ça, s'il faut couper dans les services publics, alors peut-être qu'il est temps de les laisser partir.»

Comment on en est arrivés là

Les ennuis de Glendale ont commencé en novembre 2001. Ce jour-là, le conseil s'est réuni et a adopté à l'unanimité un projet d'aréna.

La Ville injecterait 180 millions dans un amphithéâtre pour le hockey. Les Coyotes, qui jouaient jusqu'alors dans l'antre des Suns de Phoenix, déménageraient dans la petite banlieue.

«C'était un vote unanime, se rappelle Phil Lieberman, qui a siégé 21 ans au conseil de ville avant de démissionner en octobre. On nous disait: "C'est impossible de perdre de l'argent avec le hockey". Et on a voté pour.»

Selon l'entente initiale avec le propriétaire de l'époque, l'homme d'affaires local Steve Ellman, Glendale devait rembourser six millions par année pour l'aréna. Une «peccadille» qu'on croyait récupérer largement avec les revenus induits par la création d'un immense centre commercial en bordure de l'aréna.

Mais le centre commercial a mis des années à être construit. Et l'équipe a fait faillite en 2006. La Ville s'est donc retrouvée avec une facture de 25 millions par année, à payer à la LNH, le repreneur des Coyotes.

«Cette entente était une erreur, croit aujourd'hui Lieberman. Si on ne nous avait pas promis des profits avec le hockey, je n'aurais jamais voté pour en novembre 2001. C'était un mauvais arrangement à l'époque et c'est un mauvais arrangement aujourd'hui.»

La construction d'un immense stade de baseball en 2008 n'a rien arrangé. La Ville a réussi à attirer le camp printanier des Dodgers et des White Sox. Mais elle a perdu beaucoup d'argent dans l'opération. Le complexe lui a coûté 200 millions; la Ville croit pouvoir commencer à rembourser le capital en 2018.

La Ville a perdu son pari

Le rêve de Glendale était de devenir une capitale américaine du sport. Mais la Ville semble aujourd'hui avoir perdu son pari. Des conseillers désirent toutefois avancer encore davantage dans cette voie et prévoient voter pour le «plan Jamison» ce soir au conseil. Pour eux, le virage sportif de Glendale aurait fonctionné sans la crise financière et il est encore temps de sauver les meubles.

Phil Lieberman a quant à lui démissionné en octobre pour déménager en Californie, où vivent certains de ses enfants qui ont quitté l'Arizona. Il a 83 ans et en a vécu 64 à Glendale. L'état de sa ville l'inquiète. Il craint d'ailleurs que le conseil entérine l'entente avec Jamison. Une folie de plus, selon lui.

«C'est une terrible entente. Parce que Glendale est ruinée. Notre fonds de roulement était à plus de 72 millions il y a trois ans et il est aujourd'hui dans le rouge. On n'a pas d'argent.»

«Glendale va perdre si les Coyotes s'en vont, concède-t-il. Mais je suis convaincu qu'on va moins perdre d'argent que s'ils restent.»

> Philippe Cantin: On vote ce soir à Glendale!

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