L'épidémie cachée

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Il y a pratiquement autant de commotions au hockey mineur (23,8 par 1000 parties/joueurs) que dans la LNH (29,5). Le Dr Charles Tator, l'un des grands spécialistes mondiaux de la question, n'hésite pas à parler d'une «épidémie».

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Hans Brulé n'oubliera jamais le 11 janvier 2008. Lors d'un match midget AAA, à Lévis, un joueur adverse l'a plaqué dans la bande par-derrière. Inconscient pendant une trentaine de secondes, il est resté étendu sur la glace durant plus de 30 minutes et a eu des convulsions. Il a dû passer un jour et demi à l'hôpital.

Atteint de maux de tête persistants, incapable de se concentrer, il a été mis au repos complet. «Je n'étais même pas capable de jouer aux jeux vidéo car les images défilaient trop rapidement», a-t-il raconté, l'automne dernier, lors d'un séminaire sur les commotions cérébrales organisé par Hockey Canada dans un hôtel montréalais. «Je parlais beaucoup plus lentement, cherchant toujours mes mots. Toujours seul, enfermé chez moi, j'ai fait une dépression...»

Le jeune hockeyeur, aujourd'hui âgé de 19 ans, est revenu au jeu pour son équipe midget seulement huit mois plus tard. «J'étais stressé par le fait de retourner sur la glace. J'ai connu un bon début de saison, mais j'ai été blessé à une cheville et j'ai totalement perdu confiance en mes moyens.»

L'intervention d'un psychologue l'a toutefois aidé à retrouver ses moyens - et sa confiance - pendant les séries. Si bien qu'il a pu décrocher une bourse pour étudier dans une «prep school» américaine, la Hoosac School.

C'est là, dans un petit village perdu aux confins de l'État de New York, du Massachusetts et du Vermont qu'il tente aujourd'hui de reconstruire son avenir.

«Un traumatisme au cerveau»

L'histoire de Hans Brulé n'est malheureusement pas unique. Chaque année, au Canada, des milliers de jeunes sont victimes de commotions cérébrales en pratiquant le hockey ou d'autres activités sportives. Aux États-Unis, on estime à 400 000 par an le nombre de jeunes sportifs victimes de commotion.

Il y a pratiquement autant de commotions au hockey mineur (23,8 par 1000 parties/joueurs) que dans la LNH (29,5). Le Dr Charles Tator, l'un des grands spécialistes mondiaux de la question, n'hésite pas à parler d'une «épidémie». «L'ampleur du problème reste pourtant largement sous-estimée», dit-il.

«Une commotion cérébrale, c'est un traumatisme au cerveau, ne l'oublions pas, avertit le Dr Tator. Contrairement à la croyance populaire, les jeunes sont plus susceptibles de subir ce genre de blessures et c'est une erreur de penser que le cerveau d'un enfant ou d'un adolescent peut guérir plus facilement parce qu'il n'est pas encore complètement développé.»

Le Dr Tator a créé en 1992 la fondation Pensez d'abord pour la prévention des traumatismes crâniens et médullaires. Neurochirurgien à Toronto, il traite régulièrement des jeunes blessés à la tête. «Il n'est pas rare de recevoir des patients qui ont déjà subi trois ou quatre commotions à l'âge de 12 ans», souligne-t-il. «Et comme on sait que l'effet des commotions est habituellement cumulatif, on devine que certains enfants sont vraiment en danger.»

L'un des grands problèmes rencontrés par les spécialistes est la difficulté à diagnostiquer les commotions. «Pour l'instant, c'est une blessure qui se reconnaît par ses symptômes et non par des traces physiologiques», explique Mark Aubry, médecin en chef de Hockey Canada et de la Fédération internationale du hockey sur glace. «Et ce sont les patients eux-mêmes qui doivent reconnaître ces symptômes, dans un contexte où leur perception est souvent perturbée par plusieurs facteurs émotifs ou psychologiques.»

Des conséquences multiples

Quelle que soit la cause d'une commotion, ses conséquences sont particulièrement graves. Les symptômes sont nombreux et connus: maux de tête, étourdissement, sensibilité à la lumière et au bruit, fatigue, nausée, vomissement, confusion, perte de coordination, de concentration...

On sait maintenant que les effets sont aussi grands au plan émotif, avec une grande irritabilité, des changements dans la personnalité, des dépressions. Souvent les patients sont incapables de fonctionner normalement.

Le Dr Tator souligne combien cela peut perturber un enfant ou un adolescent. «Non seulement le jeune ne peut pratiquer son sport préféré, mais il ne peut pas davantage aller à l'école, lire les livres qu'il aime, écouter la musique ou les émissions de télé qu'il préfère.

«À moyen terme, c'est la vie professionnelle de cet être humain qui est menacée et on sait maintenant, grâce aux recherches, que les effets à long terme des commotions peuvent être dévastateurs.

«Heureusement, nous pouvons en faire beaucoup pour prévenir les blessures au cerveau, poursuit le neurochirurgien. Et nous pouvons aussi en faire beaucoup pour traiter ces blessures quand, malheureusement, elles surviennent.»

Ne rien brusquer

Lauren Quintal, 18 ans, est de ces surdouées qui brillent aussi bien à l'école que sur les terrains de sport. Joueuse étoile au hockey et au soccer, elle n'a pu éviter les commotions.

«J'en ai subi deux, quand je jouais au hockey pee-wee et bantam, explique-t-elle. La deuxième a été la plus pénible. J'ai d'abord essayé de jouer quand même, mais ça n'allait pas du tout.

«J'avais de gros maux de tête, la lumière et le bruit me dérangeaient. J'étais aussi incapable de me retrouver dans des foules. J'ai dû arrêter le hockey pendant six mois, le soccer pendant deux ans. J'ai aussi dû arrêter l'école pendant trois mois. Croyez-moi, une commotion, ce n'est pas cool.»

Lauren, qui étudie au cégep John-Abbott, est toujours une surdouée. Elle pense aller à l'Université McGill et sait pertinemment que les Martlets sont la meilleure équipe de hockey universitaire au Canada. «Mais je ne sais pas si j'ai envie de risquer une autre commotion», avoue-t-elle.

L'urgentologue montréalais Scott Delaney est impliqué depuis des années auprès des formations sportives de l'Université McGill et de nombreuses autres équipes, les Alouettes et l'Impact notamment. Intervenant de première ligne, il a traité des centaines de commotions depuis le début de sa carrière.

«C'est vraiment dangereux de reprendre le sport trop vite après une commotion, insiste-t-il. Après une première commotion, une simple claque peut provoquer la deuxième ou la troisième si l'athlète n'a pas pris le temps de laisser disparaître tous les symptômes.»

Le Dr Delaney rappelle aux parents qu'ils doivent être attentifs à tous les signes de blessure. «Un jeune peut subir une commotion en faisant du vélo, du skateboard ou simplement en jouant au parc. Les effets sont évidemment aussi graves qu'une commotion subie au hockey et ils sont cumulatifs.»

Pour lui, le respect du protocole de retour au jeu est essentiel pour espérer une guérison optimale. «Je rencontre souvent des enfants de 8, 10 ou 13 ans qui viennent de subir des commotions et dont les parents ne savent pas trop quoi faire. J'insiste toujours sur l'importance d'être patient, très patient.

Il peut être difficile de faire comprendre à un enfant qu'il ne pourra entreprendre la saison de hockey avec ses copains parce qu'il a encore un peu mal à la tête. Mais c'est son avenir qui est en jeu.»

>>> Consultez la fiche de Hockey Canada décrivant les symptômes d'une commotion cérébrale et le protocole de retour au jeu




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