Syndiquer le hockey junior?

«On fait des sacrifices, on mange des coups... (Photo : Martin Roy, archives Le Droit)

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«On fait des sacrifices, on mange des coups de poing sur la gueule. Moi, je n'ai plus une seule dent dans la bouche. Et après ça, ils disent non, pas de bourse d'étude après 18 mois. Ça, c'est le côté plus amer», dit Adam Bourque-Leblanc, un ancien des Saguenéens.

Photo : Martin Roy, archives Le Droit

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Alors qu'un projet de syndicat dans le hockey junior majeur fait grand bruit, que sait-on de la réalité de ces jeunes joueurs? La Presse a invité plusieurs anciens de la LHJMQ à se prononcer. Certains témoignages sont nuancés. D'autres, accusateurs. Mais tous parlent du besoin de changement dans le hockey junior.

Parlez à d'anciens «juniors» québécois, et ils vous diront invariablement la même chose. «Si c'était à recommencer, je le referais demain. Je n'ai aucun regret.»

La Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) représente un rêve pour les jeunes hockeyeurs québécois. Guy Lafleur y a joué, Mario Lemieux et Sidney Crosby aussi. C'est encore le chemin le plus sûr vers la LNH.

Ça, c'est le rêve. La réalité, elle, est différente: seuls 2 % des joueurs de la LHJMQ patineront un jour sur une glace de la LNH. Pour l'écrasante majorité, le hockey junior précède une carrière en Europe ou aux États-Unis, dans une ligue inférieure à la LNH, ou un retour sur les bancs d'école.

Plusieurs ne joueront jamais autant au hockey qu'entre l'âge de 16 et 20 ans. Soixante-huit matchs par année, aux quatre coins du Québec et des Maritimes. Des voyages éreintants en autobus. Des échanges qui vous envoient dans une autre ville, à 1000 kilomètres de distance. Des entraînements de trois heures. Quasiment une carrière de professionnel... mais avec l'école à travers tout ça.

Marc-Olivier Vachon a connu à bien des égards le parcours rêvé du hockeyeur junior. Il a joué pendant cinq ans avec la même équipe, les Voltigeurs de Drummondville, dont il a été le capitaine. Le centre a même soulevé la Coupe du président en 2009.

Ignoré au repêchage de la LNH, Vachon a rejoint les Redmen de McGill. Il étudie en génie minier. «J'étais un de ceux qui avaient plus de facilité à l'école.»

Aujourd'hui âgé de 22 ans, Vachon ne tarit pas d'éloges pour la LHJMQ et, surtout, pour les Voltigeurs. Puis on lui demande comment il réagirait si, encore joueur, un coéquipier lui parlait du projet de syndicat qui circule présentement dans les rangs juniors.

«C'est drôle, parce que lorsque j'étais encore dans la Ligue, dans mes dernières années, on niaisait avec ça, on se disait «quand on va finir, on va se partir un syndicat», raconte Vachon. On disait ça en riant, on ne pensait pas que ça se ferait.

«Mais sincèrement, je considérerais la question. Je pense que si c'est bien fait, si c'est pour le bien-être des joueurs, ça vaut la peine d'être discuté», poursuit-il.

Comme la plupart des anciens joueurs à qui nous avons parlé pour cet article, Vachon montre du doigt les salaires ridiculement bas. Ils n'ont pas changé en 30 ans. À 16 ans, une recrue touche 35$ par semaine.

Puis, il parle des voyages interminables en autobus. Mais ce qu'il aimerait surtout voir changer, c'est le calendrier. «Je ne vois pas en quoi c'est nécessaire de jouer 68 parties. De jouer 55 matchs, par exemple, ça ferait une grosse différence au niveau de l'école, note celui qui a réussi son collégial tout en jouant dans la LHJMQ. Il y aurait moins de voyages et plus de temps pour s'entraîner.»

Juste un numéro sur un chandail

Cet ancien joueur de premier trio, maintenant étudiant à McGill, incarne en quelque sorte «l'idéal» de la LHJMQ - bien que la mission première du circuit reste de former des joueurs professionnels. D'autres anciens joueurs ont connu les côtés plus sombres de la Ligue.

Adam Bourque-Leblanc, 23 ans, a été bringuebalé aux quatre coins du Québec: il a joué pour Baie-Comeau, Shawinigan, Chicoutimi. «Oui, on est bien traités, mais au final, on est juste un numéro derrière un chandail. On est une forme de bétail qui est envoyé à la guerre, dit-il. Et quand ça ne fait plus, on te dit merci, bonsoir et bonne chance.»

«J'en ai connu, des gars comme ça, qui mangent des coups poings sur la gueule et oups! , l'équipe ne les veut plus. Salut, retourne dans ton coin de pays et bonne vie!»

Lorsqu'il jouait sur la Côte-Nord, il a connu les voyages interminables en autobus. Il se rappelle être souvent rentré à Baie-Comeau au matin après une série de matchs dans les Maritimes. «On revenait et on allait déjeuner au McDo. Beaucoup allaient se coucher, mais d'autres avaient de l'école.»

Le défenseur de 6'3 a tout de même obtenu son diplôme d'études secondaire et réussi quelques cours au cégep. Après son hockey junior majeur, il a décroché une attestation d'études collégiales pour devenir agent correctionnel. Il joue maintenant dans la Ligue nord-américaine de hockey (LNAH), une ligue semi-pro.

Sa plus grande critique envers la LHJMQ? La politique entourant les bourses d'études. Selon lui, aucune raison ne justifie que les anciens joueurs soient privés de leur bourse s'ils ne regagnent pas rapidement les bancs d'école. À l'heure actuelle, ils ont 18 mois pour retourner aux études et toucher ces bourses offertes par la Ligue. Mais pour lui, cette période est trop courte et permet surtout à la Ligue «d'épargner de l'argent».

«Mettez la limite à cinq ans. Tu as tenté ta chance chez les pros, tu as essayé d'être un athlète, ça n'a pas marché... Mais tiens, voilà les bourses pour retourner à l'école.»

Adam Bourque-Leblanc estime que ces bourses sont un droit acquis. «On fait des sacrifices, on mange des coups de poing sur la gueule. Moi, je n'ai plus une seule dent dans la bouche. Et après ça, ils disent non, pas de bourse après 18 mois. Ça, c'est le côté plus amer.»

Plusieurs anciens joueurs ont eu un parcours à la Bourque-Leblanc. Mais lui, comme les autres, ne regrette rien. «C'est sûr que je recommencerais n'importe quand. Le hockey junior m'a formé comme individu, m'a aidé à devenir un homme aussi.»

Mais ça ne veut pas dire que les conditions des joueurs ne puissent pas être améliorées. Parce qu'en définitive, comme le dit Bourque-Leblanc, ce sont les joueurs «qui font de gros sacrifices, qui remplissent les arénas et qui font marcher la Ligue».

Les faits

- La LHJMQ compte 450 joueurs de 16 à 20 ans.

- Une saison dure 68 matchs.

- L'équipement des joueurs est fourni par l'équipe. La pension en famille, où mangent et dorment les joueurs, l'est aussi.

- Les frais scolaires sont remboursés par la Ligue, qui oblige les joueurs à fréquenter l'école.

- Les 16 et 17 ans touchent 35 $ par semaine, les 18 ans, 50 $ et les 19 ans, 60 $. Les 20 ans un peu plus, à la discrétion des équipes.

- 19 joueurs de la LHJMQ ont été sélectionnés au dernier repêchage de la LNH.

Les enjeux

- Le salaire: La LHJMQ préfère parler d'«allocation». En tous les cas, elle n'a pas changé de manière significative depuis trois décennies. La paye ne suffit pas aux joueurs, qui doivent à peu près tous obtenir l'aide de leurs parents.

- L'éducation: Les joueurs peuvent toucher une bourse d'études, d'un maximum de 20 000 $, qui servira après leurs années juniors. Mais ils perdent cette bourse s'ils jouent plus d'un an au hockey professionnel après leur passage dans la LHJMQ. Certains jugent que cette limite est trop restrictive: ces bourses n'ont-elles pas été méritées et gagnées par les joueurs?

- Le calendrier: Ils sont plusieurs à demander un calendrier allégé, avec moins de matchs et des journées à l'aréna plus courtes et mieux encadrées. Faut-il limiter à trois heures par jour le temps passé à l'aréna les jours où il n'y a pas de matchs? Certains joueurs pensent que oui.

- Le transport: Les voyages éreintants et interminables en autobus devraient-ils être limités? L'agent de joueurs Gilles Lupien propose par exemple d'interdire les matchs à plus de trois heures de route pour les jeunes qui finissent leur secondaire. Il aimerait aussi que la LHJMQ dispute les matchs en après-midi le dimanche pour permettre de rentrer au bercail plus tôt.

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